samedi 6 juin 2020

Eh bien, rampez, maintenant






C'était depuis quarante ans au sens figuré, c'est désormais au sens propre : l'humanité occidentale vit à genoux.
Il est d'ailleurs étonnant que certains Noirs apprécient que les Blancs, pour être leurs égaux, estiment devoir se mettre à genoux...

Les flatteries sont rarement l'expression de la sincérité ; elles servent plus souvent l'intérêt du flatteur que l'honneur du flatté. Elle sont un jeu de dupes dont chaque partie ressort rabaissée.
« Il est des reproches qui louent, et des louanges qui médisent » disait La Rochefoucauld à une époque où le goût naturel de l'homme pour la servitude était combattu par des notions telles que l'« honneur » et la « dignité » — des notions évidemment objets de risée pour une « humanité » qui n'aime rien tant que se vautrer dans la soumission la plus absurde et la plus vile, et s'en glorifier.


vendredi 29 mai 2020

La tyrannie des nains


Qui s'ouvre indifféremment au vrai comme au faux est mûr pour n'importe quelle tyrannie.
Georges Bernanos

Nul ne peut céder aux sollicitations du conformisme et demeurer libre.
Oscar Wilde

Quantité de faux prophètes se lèveront, et ils égareront bien des gens.
Matthieu 24,11




Pour contredire Mozart quand il parle musique, il faut un sacré niveau. Ou un sacré ego.

Pour contredire Zidane quand il parle football, il faut être sacrément talentueux. Ou sacrément présomptueux.

Pour contredire l'un des plus grands virologues au monde quand il parle virus, il faut être sacrément compétent. Ou sacrément pédant.

Et pour contredire l'un des plus grands virologues au monde quand il parle VIH et qu'il s'agit, précisément, du virologue qui a découvert le VIH, il faut de sacrées qualifications. Ou une sacrée prétention. Le tout saupoudré d'une bonne dose d'inconscience. Il faut, pour se lancer sans complexe à l'assaut d'un savant d'une telle dimension, prendre de drôles de drogues... bien désinhibitrices... Être doté d'une résistance de fer à l'autocritique. Jouir d'une extraordinaire capacité de déni de ses propres insuffisances. Ignorer son incompétence. Ignorer son ignorance. Ignorer, surtout, la peur du ridicule...

Ou être journaliste.

« Coronavirus et VIH : pourquoi la théorie du Pr Luc Montagnier est invraisemblable. » : ainsi titre le Parisien à propos du Professeur Luc Montagnier — pardon, du Pr Luc Montagnier (on ne va quand même pas orthographier extensivement le titre de ce charlatan) ; quand au verdict de L'Obs, il est sans appel : « Le Pr. Montagnier diffuse des théories fantaisistes. »
Invraisemblable. Fantaisiste. Ce sont les mots que je cherchais. Il tombe en effet sous le sens qu'entre le journaliste et le virologue, l'invraisemblable est du côté du virologue, quand il parle de virus. Qu'entre le Prix Nobel de médecine qui a découvert le VIH, et le plumitif analphabète des pages « Santé » du Figaro, le fantaisiste est de toute évidence le Prix Nobel de médecine. A fortiori quand il parle de VIH. C'est clair, c'est net, ça ne fait pas un pli. Toute personne qui remettrait en cause ces raisonnements d'une logique implacable s'exposerait bien légitimement aux imputations de populisme. De conspirationnisme. Et de complotisme.
Non mais sérieusement ?! Quel être sensé peut croire que le Prix Nobel de médecine qui a découvert le VIH s'y connaît mieux en VIH qu'un journaliste de Libé ? Quel esprit normalement constitué peut, s'agissant de virus, accorder davantage de crédibilité à une pointure mondiale de la virologie qu'à un fact-checker de L'Obs ? Comment, à moins d'être un bas du front incurable doublé d'un gobeur de fake news irrémédiable, comment, donc, peut-on mettre en doute la fiabilité des décrypteurs du Monde et des fact-checkers du Figaro ? Vous savez, ces nouveaux curés du culte progressiste qui nous expliquaient il y a peu que les Printemps arabes amèneraient la démocratie, l'euro la prospérité, l'UE la protection, l'immigration le vivre-ensemble, que l'intégration fonctionnait vachement bien et que Allah Akbar n'avait rien à voir avec l'islam ? Ces modèles de constance et de cohérence qui, il y a encore quelques semaines, traitaient de complotistes ceux qui n'excluaient pas que le virus de Wuhan provienne du laboratoire de virus de... Wuhan (quel cerveau détraqué faut-il avoir, pour former des raisonnements aussi tortueux ?), et titrent maintenant : « Coronavirus : le laboratoire de Wuhan a-t-il joué un rôle dans la pandémie ? » ; « Le coronavirus a-t-il pu s'échapper des centres de recherche de cette ville chinoise d'où est partie l'épidémie ? Le Monde s'est plongé dans cet univers particulier. » Comme si de rien n'était... Et sans mea culpa... Sans s'excuser d'avoir sali des individus dont le seul tort était de raisonner ; et dont, dorénavant, ils s'attribuent les raisonnements... En quelle estime et quel crédit doit-on tenir des gens qui déchaînent tous les recours de la calomnie pour discréditer une thèse puis, quand elle s'avère, la reprennent sans vergogne à leur compte ?

Bref, ces gens fiables et sérieux nous expliquent aujourd'hui — pour demain, on verra — que l'homme qui a découvert le VIH n'est ni fiable ni sérieux quand il déclare avoir... eh bien... découvert le VIH dans le Covid-19. Qu'il s'égare. Qu'il déraille. Il est vrai qu'eux ne peuvent dérailler : ils sont les rails (comme aurait dit Muray). Les rails de la bonne pensée. La seule pensée. L'unique...
Tout leur bilan le prouve : ces esprits omniscients et visionnaires ne sauraient se tromper. Encore moins nous tromper. Oyez donc dévotement leurs très Saintes Paroles : le découvreur du VIH divague, quand il prétend avoir découvert le VIH dans le Covid-19. Il débloque. Il hallucine. Il est complètement fou. Parole de pigiste scientifique. De plumitif chercheur. D'éminent virologue de salle de rédaction. Ah, vous l'ignoriez ? Toutes les salles de rédaction sont équipées d'un « Espace Laboratoire » où les chercheurs en fact-checking peuvent étudier le matériel génétique de n'importe quel virus (ils les ont tous en stock) et, le cas échéant, démentir les théories fantaisistes des Prix Nobel de médecine. Coller sur leurs travaux un gros bandeau « FAKE NEWS ». Tout cela en une heure. À propos d'études qui ont nécessité plusieurs semaines, voire plusieurs années de travail, et qu'ils n'ont même pas consultées. C'est ce que, dans le jargon des fact-checkers, on appelle une démarche scientifique. Sérieuse. Logique et rigoureuse. Ça vous semble rapide ? Vous avez quelques doutes ? Attention, le complotisme vous guette. Ce qu'il faut bien faire entrer dans dans votre sale tronche à fake news, c'est qu'un jeune séminariste du Monde ayant fait vœu de Vérité est guidé par la grâce ; il peut donc accomplir des miracles inaccessibles à un Prix Nobel démoniaque ayant voué sa vie à l'esbroufe et au mensonge. Sans compter — mais sans doute l'ignoriez-vous également, c'est fou ce que vous êtes ignorant — que pour intégrer une école de journalisme, il faut être titulaire d'un BAC+15 de virologie. Quoi, la plupart des journalistes ont environ trente ans ? Eh bien ils sont précoces, voilà tout ! De vrais petits génies ! Bien plus forts et agiles que de grands Prix Nobel ! Comprenez, à la fin, comprenez que les journalistes, ces êtres omniscients et incorruptibles, sont de la nouvelle race des seigneurs : la race des fact-checkers.

C'est donc très injustement qu'Oscar Wilde — ce beauf un peu simplet, à tendance complotiste — qualifiait les journalistes de « plumes consciencieuses d'illettrés » et ajoutait : « Le journalisme justifie sa propre existence par le grand principe darwinien de la survie du plus médiocre. » Et qu'Henri Béraud — bas du front des bas-fonds — déclarait : « Le journalisme est un métier où l'on passe la moitié de son temps à parler de ce que l'on ne connaît pas, et l'autre moitié à taire ce que l'on sait. »
Oui, de tels propos sont injustes pour les journalistes. Injustes et malhonnêtes (tout le contraire des journalistes, en somme). En effet, les journalistes ne sont pas les seuls à mériter de tels reproches. Il faut y ajouter, si on veut être juste, le pullulement des petits potes, des pitres prétentieux, des experts qui se plantent, de tous les savants flous, vagues « chercheurs » sans trouvailles et autres ratés de la médecine qui ne ratent pas une occasion de dire tout le mal possible de ceux qui les dépassent. En l'occurrence, cette horde de roquets jappe à qui veut l'entendre que le grand fauve Montagnier est sénile et débloque car il serait atteint de la Maladie du Nobel. Maladie du Nobel... Tiens... Pourquoi pas, après tout... Il y a longtemps qu'on n'avait pas autant stigmatisé dans les médias, mais bon, la stigmatisation a ses raisons que la raison ignore... Et puis, il faut bien avouer que la psychiatrisation des dissidents rappelle des régimes auxquels on se félicitait d'avoir échappé... pourvu que ça dure...
Bref. Maladie du Nobel, donc. On cherche... on se renseigne... Et on apprend que la Maladie du Nobel consiste, pour un récipiendaire de Prix Nobel, à multiplier les prises de position farfelues sur des sujets très éloignés de son domaine de compétences. Attendez, mais c'est pas la maladie du journaliste, ça ? Ne serait-on pas en présence d'une attaque en miroir de la plus belle eau ? Ah, non, relisons attentivement : avant d'attraper la maladie du Nobel, il faut d'abord attraper le Nobel. Ce qui n'est pas le cas des journalistes (tiens, pourquoi, d'ailleurs ?). Lesquels journalistes présentent donc tous les symptômes de la Maladie du Nobel, mais sans le Nobel. Ces grands originaux ne font décidément rien comme tout le monde... Cela dit, puisqu'on en est à s'envoyer des concepts au blaze, peut-être pourrait-on en profiter pour inaugurer celui de Maladie des Journalistes, avec à peu près la même définition (le Nobel en moins, donc) ? Ah non, suis-je bête : c'est leur état normal.
Passons. Et poursuivons notre lecture attentive : « … sur des sujets très éloignés de son domaine de compétences ». Là, il faut bien avouer qu'on ne comprend plus bien. Luc Montagnier, virologue d'envergure mondiale, s'exprimerait donc sur un sujet très éloigné de son domaine de compétences quand il parlerait de virus ? Plus fort encore, le sujet du VIH serait très éloigné du domaine de compétences de l'homme qui a découvert le VIH ? Si ces « scientifiques » manient les éprouvettes avec autant de rigueur que les concepts, il n'y a plus qu'à prier pour qu'ils ne franchissent jamais la porte d'un laboratoire P4... Ni dans un sens, ni surtout dans l'autre...

Mais ce sont désormais ces médiocres, ces incompétents, ces nuls que nous écoutons. Ces bureaucrates de la recherche qui n'ont rien accompli, et en ont développé un féroce prurit de vengeance contre celui qui fait. Ce ramassis de chercheurs ratés et revanchards qui se rassemblent en meute pour cracher sur l'homme dense et accompli. Nains stériles et frustrés, tout constipés de haine jalouse...
Quoi, ce sont quand même des médecins ? Quoi, je ne fais depuis le début de mon très chiant texte que décliner des arguments d'autorité ? Arguments d'autorité... Oui, et alors ? Dans argument d'autorité, il y a argument. Or il en va des arguments comme des autorités : il s'en trouve des légitimes. En conséquence de quoi j'assume et revendique mes arguments d'autorité. Et j'aggrave même mon cas en révélant la pensée impure, scandaleuse, blasphématoire qui les sous-tend : tout le monde ne se vaut pas. Non ? Je ne vous convaincs pas ? Vous êtes toujours sceptique ? Vous n'en démordez pas ? Ils sont quand même médecins, tous ces gens qui débinent le Nobel Montagnier ? Bon... Une dernière tentative, alors, pour tenter d'illustrer. Sinon tant pis, pas grave, on reste bons amis... Cali est musicien. Mozart est musicien. Pourtant, qui écouterait Cali s'il disait que Mozart était un imposteur (qui écoute Cali, d'ailleurs) ? De telles sottises, émanant d'un tel médiocre, feraient simplement hausser les épaules de pitié. Ah ? Même pas ? Remarque, peut-être pas, en effet... L'aplanissement médiatique de la parole et des talents a fait son œuvre. Le catéchisme égalitariste a fini par nous rendre aveugles aux différences de compétences et de mérites. Nous accordons désormais la même crédibilité à celui qui fait, et qui fait bien, qu'à celui qui parle, et ne fait rien. Le rouleau compresseur de l'indifférenciation n'a rien laissé debout : la notion même de hiérarchie nous est devenue étrangère. A fortiori l'intuition de la transcendance...

Jadis, l'homme vivait à la verticale ; aujourd'hui, il survit à l'horizontale. Jadis, l'homme croyait en Dieu ; aujourd'hui, il croit aux fact-checkers. À chaque peuple ses références. À chaque époque son prestige. À chaque civilisation sa grandeur. Pas sûr, toutefois, que la foi du fact-checker insuffle à l'Europe la même vigueur et la même inspiration que la foi chrétienne. Pas sûr que la religion du fact-checking engendre des Notre-Dame, des abbayes, des miracles de la musique et des trésors de la peinture. Mais puisque tout se vaut, il ne fait aucun doute que nous verrons bientôt des splendeurs du même ordre — plus somptueuses encore — éclore des cerveaux occidentaux biberonnés au fact-checking. Nourris aux meilleurs sources, donc... à l'excellence journalistique (qui a dit oxymore ?)... Patience. Laissons le progressisme progresser. Et ne perdons pas foi en ses immenses bienfaits. Ils arrivent. L'avenir radieux est En marche. Parole de fact-checker.

Nous nous croyons sans Dieu ni maître ? Jamais, en vérité, « civilisation » ne connut esclaves aussi craintifs, face à un tyran aussi piteux. Un tyran à la fois inculte et arrogant ; un tyran appelé « médias », servi par des larbins appelés « fact-checkers ». Des êtres vides et nuls, incompétents en tout, que toute personne douée d'au moins un atome d'esprit critique devrait immédiatement identifier comme les escrocs qu'ils sont. Et envoyer foutre extrêmement copieusement. Mais n'avons plus un atome d'esprit critique. Nous n'avons même plus d'âme. Nous n'avons donc plus d'armes. L'hypnose médiatique nous a déspiritualisés, déculturés, illettrés, hébétés : nous n'avons plus rien à opposer aux énormités que nous infligent en continu ces ignares menaçants. Ces inquisiteurs venimeux, ces grosses besaces dégoulinantes de moraline et d'indignation vertueuse qui, faute de savoir agencer des idées, manient avec brio l'intimidation et l'hitlérisation, nous sommes condamnés à les subir. À accepter sans broncher la tyrannie de ces nains. Docilement prosternés, tout palpitants d'angoisse à l'idée que germe en nous une pensée sacrilège qui outragerait leurs très saintes paroles. Les fact-checkers : voilà les nouveaux prêtres. Les fact-checkers : voilà nos nouveaux maîtres.

Il n'y a pas si longtemps, les gens se soumettaient car le tyran s'appelait Staline. Aujourd'hui, le tyran est l'un des sept nains et il s'appelle Laurent Joffrin.

S'il fallait une preuve, une seule preuve de la féminisation de la France, elle serait là : dans la soumission de tout un peuple à Laurent Joffrin. Dans l'agenouillement de toute une nation devant des journalistes ineptes — pléonasme — par peur de finir non pas au goulag, mais traité de réac. Voilà l'exacte mesure du courage des Français, au XXIème siècle. En 1978, Soljenitsyne (qui, lui, avait connu le vrai Staline et le vrai goulag) prononça à Harvard un discours magistral, qu'il publia ensuite sous le titre Le déclin du courage et qui recensait avec une précision chirurgicale les premiers symptômes du désastre actuel : « Le déclin du courage est peut-être ce qui frappe le plus un regard étranger dans l'Occident d'aujourd'hui [ …] Ce déclin du courage semble aller jusqu'à la perte de toute trace de virilité […] Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? » Quarante ans plus tard, le déclin du courage est fini. Il ne peut pas aller plus bas. Symétriquement, l'autosatisfaction atteint des sommets inédits. L'homme d'Occident n'a jamais été aussi déshonoré, ni aussi fier de lui. Étrange alliance que celle qui se donne à voir aujourd'hui, du narcissisme et de la lâcheté... De l'amour fanatique de soi, et de la perte de toute dignité... Étrange spectacle que celui d'un peuple orgueilleux de ramper, de se vautrer dans le suivisme, de se soumettre corps et âme (enfin, ce qu'il en reste) à des maîtres minables. Et qui, corrélativement, dénigre ceux qui tentent de rester debout, tournés en dérision ou traités de réacs. De passéistes. De populistes. De complotistes. De fascistes.

Le peuple français ne débat plus : il s'aligne.
Le peuple français n'articule plus des raisonnements : il répète des mots d'ordre.
Les opinions du peuple français ne procèdent plus de réflexion, mais de soumission. Soumission à des injonctions médiatiques chaque jour plus absurdes, plus vicieuses, plus sadiques.
Comment, en effet, qualifier autrement que de sadiques des discours intimant à un peuple autochtone de s'effacer au profit d'un peuple allochtone ? Quoi, sinon le sadisme, motive ces exhortations permanentes à laisser notre place à une autre civilisation ? Et de surcroît en s'excusant ? Et en passant, repassant, re-repassant à la caisse ? Et en disant merci ? En répétant avec entrain « Chance pour la France !! » ; « Richesse culturelle exceptionnelle !! » ? À quoi, sinon au médiasadisme, imputer l'avalanche de crachats qui s'abat sur le peuple français depuis quarante ans, ces incessants sermons culpabilisateurs selon lesquels il est raciste de préférer la France à l'Afghanistan, populiste de trouver Molière plus marrant que Mahomet, fasciste de mépriser l'islamisme, sexiste de dénoncer la transformation des femmes en barbaque à burqa, complotiste d'avoir des yeux pour voir qu'un grand remplacement de civilisation est non seulement à l'œuvre, mais déjà accompli dans d'innombrables fractions de l'Hexagone ? D'où viennent, sinon du sadisme de nos maîtres-chanteurs, ces chantages au racisme, au fascisme, au sexisme, au populisme et, depuis peu, au complotisme — la dernière étiquette diffamatoire en date ? Que signifient ces intimidations ? Ces dénigrements de toute fierté d'être français ? Ces disqualifications de toute velléité de défendre un héritage sublime ? Une civilisation somptueuse ? Et une histoire grandiose autant que tortueuse ? Une histoire à la fois obscure et lumineuse (comme toute histoire humaine), mais une histoire magnifique (comme peu d'histoires humaines) ? Pourquoi est-il proscrit d'être orgueilleux d'un héritage glorieux ? Au nom de quoi nous interdit-on d'admirer un pays qui a longtemps tutoyé les plus hauts sommets de la civilisation ?
Et comment, sinon par sadisme, peut-on inciter un peuple à bazarder cette civilisation exceptionnelle pour la remplacer par la barbarie ? Par quelle haine de la grandeur et de la beauté faut-il être possédé pour réclamer un tel saccage ?

Mais le plus déconcertant n'est pas là. Le plus étonnant n'est pas la fureur destructrice qui anime nos élites. Le plus troublant n'est pas leur aversion inextinguible pour l'Occident. Le plus inquiétant n'est pas que, pour en effacer toute trace de christianisme, elles soient disposés à livrer la France à l'islam. Le plus déconcertant, le plus troublant, le plus inquiétant est le consentement du peuple à ce cauchemar. Son approbation hébétée du meurtre de la France. Davantage que son approbation, sa participation. Davantage que sa participation, sa détermination à détruire la France. Sa constance dans les choix nocifs, les votes délétères et les décisions assassines qui, en moins de quarante ans, ont mené la France au bord de l'abîme ; une constance dans la nuisance qui constitue le peuple français en ennemi numéro 1 de la France. Son ennemi le plus tenace. Et le plus efficace. Son seul ennemi, en vérité.
Car regardons les choses en face : ce ne sont pas les élites qui, tous les cinq ans, remettent une pièce dans la machine à islamiser la France : c'est le peuple français. C'est le peuple français qui, tous les cinq ans, glisse bien gentiment son bulletin « Vive le halal » dans l'urne. Allez hop ! Ou plutôt Allah hop ! C'est reparti pour un tour ! Youyou ! Par ici la polygamie ! Le manège des qamis ! La farandole des burqas ! + 400 000 (pas par quinquennat, hein, par an, sinon c'est pas drôle) ! Allez, venez, entrez ! Vous êtes ici chez vous ! Ah, quelle ivresse ! Quelle allégresse ! Quel bonheur !

Le peuple français beugle et s'indigne que le clientélisme électoral de Jean-Christophe Lagarde et de mille autres élus est répugnant et que ces traîtres à la France méritent les pires sévices. Mais qui a fait venir en France cette clientèle électorale ? Qui depuis quarante ans vote immigrationniste ? Est-ce Jean-Christophe Lagarde, ou est-ce le peuple français ? Jean-Christophe Lagarde colle-t-il un flingue sur la tempe des électeurs pour qu'ils votent immigrationniste ? Qui, à chaque fois qu'il a le choix, prend la décision de poursuivre l'islamisation de la France ? Qui, de Jean-Christophe Lagarde et du peuple français, est le traître à la France ? Si les Français voulaient sincèrement combattre le clientélisme électoral et couper l'herbe sous le pied de tous les Jean-Christophe Lagarde passés, présents et à venir, rien ne leur serait plus aisé : il leur suffirait de ne pas voter « La France halal ». Les Français peuvent toujours se réfugier dans l'irresponsabilité comme les esclaves infantilisés qu'ils sont, ils peuvent tant qu'ils le souhaitent imputer leurs propres torts à leurs élites honnies, la vérité est que lesdites élites ne font qu'exploiter la situation que crée le peuple français. La halalisation de la France est l’œuvre du peuple français. Et de lui seul. De ses votes immigrationnistes. De ses appels obstinés, fanatiques, suicidaires, à toujours plus d'islam en France. Ce ne sont pas les élites qui trahissent la France : c'est le peuple français.

Ce ne sont pas les élites, mais le peuple français qui, entre Mohammed et Jean-Marie, a toujours choisi Mohammed. C'est le peuple français qui, entre Marine et Merah, a toujours préféré Merah. Et préférera toujours Merah. Il a pourtant eu l'occasion de voir de quoi il était capable, Merah, le peuple français... Il l'a bien observé en action... tout l'éventail de ses talents... Il en a même, souvent, fait l'expérience dans sa chair... dans celle de ses enfants... de sa fille... elle ne dort plus... elle n'aimera plus... Mais le peuple français en est persuadé : Marine, ce serait pire. Alors il vote Merah. Systématiquement. Depuis quarante ans.
Le Français est ainsi câblé que, s'il devait choisir entre Marine et Merah pour passer ses vacances, il choisirait Merah. Une compagnie vachement plus sympa, c'est vrai... vachement plus courtoise et bienveillante... Et puis paisible, aussi... pacifique, même... Entre Marine et Merah, le moindre mal, c'est Merah : voilà comment « pense » le Français. Et donc comment il vote.

« Les Français sont des veaux. » disait De Gaulle. De Gaulle avait tort : on n'a jamais vu des veaux courir vers l'abattoir. Les Français ne sont pas des veaux : ils sont mille fois plus cons. Mille fois plus insensés, dégénérés, mille fois plus aliénés que le plus trisomique des veaux. Face au danger, le veau fuit. Le Français fonce. En ouvrant grand les bras. Et la bouche en sourire. Et puis il engueule ceux qui le préviennent... qui lui conseillent de ralentir... de rebrousser chemin... Rabats-joie ! Intolérants ! Racistes ! Fascistes ! Complotistes ! Populîîîîîstes ! Ah il s'indigne, le Français, il s'indigne férocement, il en devient dingo d'indignation, qu'on veuille ainsi lui sauver la mise ! Enfin, il s'indigne... il fait son cinéma, surtout, c'est plutôt ça... Il récite bon toutou sa leçon médiatique... bien apprise par cœur... qu'il faut vraiment être une ignoble ordure populiste et fasciste pour ne pas s'enthousiasmer de l'islamisation de la France... que seules les plus pires charognes racistes et xénophobes remplies de préjugés ne voient pas que l'islamisme est un humanisme... seuls les odieux machistes pleins de fantasmes islamophobes peinent à comprendre que l'islamisme est un féminisme ; et que de l'islamisation de la France résultera une enchanteresse émancipation des femmes, lesquelles goûteront enfin les joies de la liberté et de l'insouciance. Qu'il faut enfin, crime suprême, être un affreux pessimiste pour croire que l'islam sera pour la France autre chose que ce qu'il fut pour le Qatar, l'Arabie saoudite, le Maroc, l'Algérie, l'Afghanistan et tous les pays où il a « triomphé » : un facteur de régression intellectuelle, de sclérose de la pensée et d'enfermement des femmes. Bref, de barbarie. « L'Islam est la chaîne la plus lourde que l'humanité ait jamais portée. » « L'Islam est la plus complète négation de l'Europe. » « L'Islam ! Cette religion monstrueuse a pour toute raison son ignorance, pour toute persuasion sa violence et sa tyrannie, pour tout miracle ses armes, qui font trembler le monde et rétablissent par force l'empire de Satan dans tout l'univers. » « Émanciper le musulman de sa religion est le meilleur service qu'on puisse lui rendre. » Ces phrases épouvantablement islamophobes sont de deux Français parmi les plus illustres : Renan et Bossuet. Deux esprits éclairés, lumineux, brillantissimes. Qui ne parlent pas en vain. Qui sont prudents dans leurs propos. Qui se renseignent un peu, avant de prendre la plume. Une plume délicate, élégante, tempérée. Pas vraiment encline à l'hyperbole. Mais le Français du XXIème siècle s'estime à juste titre beaucoup plus éclairé, lumineux et brillantissime que ces crétins obscurantistes nommés Renan et Bossuet. C'est que le Français du XXIème siècle, lui aussi — surtout lui —, se renseigne à fond avant de délivrer sa brillantissime — et profondissime — pensée. Nourri de cette pensée brillantissime et profondissime, il peut alors prononcer un verdict subtil et éclairé sur les analyses grossières et archaïques de ses honteux ancêtres : discours de haine islamophobes. Quant à leurs auteurs, son jugement est là encore lucide et perspicace (et très sophistiqué) : bas du front islamophobes. Renan et Bossuet sont, pour le Français du XXIème siècle, des ignorants remplis de haine. Le Français du XXIème siècle, lui, n'a de haine pour personne — à part pour toute l'humanité qui l'a précédé. Lui, surtout, n'est pas ignorant : n'ayant jamais lu le Coran ni la vie du Prophète, ne s'étant jamais renseigné sur les modalités concrètes de la vie en terre d'islam, ne sachant pour ainsi dire rien sur l'islam, il sait pourtant deux choses : la première, c'est qu'il connaît mieux l'islam que Bossuet le bas du front, Renan le raciste et Saint Louis le fasciste. La seconde, c'est que tous les souverains et peuples d'Europe qui pendant 1 400 ans se protégèrent de l'islam, le firent par pure méchanceté. Par ignorance. Par islamophobie. En aucun cas parce qu'ils avaient un peu étudié leur sujet, et en avaient déduit la nécessité impérieuse de tout faire pour enrayer la propagation de « la Terreur du monde » (le petit nom que les Européens donnaient aux Ottomans). Grâce au Français du XXIème siècle, l'idiot malentendu qui a fait tant de mal à l'humanité est enfin dissipé. Oyez donc sa Révélation : l'islam est une religion de paix. D'amour. Et de tolérance. Et les milliards d'Européens qui pendant 1 400 ans vécurent dans la terreur de l'islam — les Siciliennes enlevées direction le harem, les Provençaux massacrés, ramenés comme esclaves ou transformés en eunuques, les dhimmis de Hongrie traités pire que des chiens — étaient tous ignorants et avaient tous tort. Puisque lui a raison.

Il ne manque plus qu'une chose, pour que le démonstration du Français du XXIème siècle soit parfaite : qu'il nous indique dans quel pays musulman il souhaiterait voir grandir sa fille. Et qu'il aille y vivre.

Et qu'il nous raconte comme c'est bien.

Tout esprit libre observant l'islam dans le temps et l'espace en conçoit rapidement une certitude absolue : tout vaut mieux que l'islam. Il faut tout faire, absolument tout, pour épargner à son pays un avenir islamique. Tout faire pour empêcher que l'islam régisse sa vie, celle de ses enfants ou de ses petits-enfants. Priorité des priorités. Enjeu suprême, auprès duquel toute autre considération est secondaire, tertiaire ou quaternaire. D'autant plus que l'islamisation, par un effet domino aisément observable (il suffit de regarder... partout), entraîne une déroute généralisée qui rend inatteignables les autres objectifs d'une société (économiques et féministes, entre autres...).

Traduction politique de cette philosophie ? C'est qu'un seul critère compte, dans un projet politique : l'arrêt de l'immigration. Tout programme politique doit être jugé à l'aune de ce critère, et de ce critère avant tout ; tout programme qui ne coche pas cette case peut être jeté à la poubelle. Doit être jeté à la poubelle. Sauf à considérer la mort de sa civilisation comme une vétille.
Déclinaison électorale de cette approche par élimination ? Elle s'appelle Le Pen. Aïe... Je sens d'ici les crispations du lecteur... J'entends d'ici ses Vade retro... Et qu'il va sur le champ cesser de lire ce texte d'un suppôt de Marine... D'un idolâtre de la blonde en chemise brune... Cet fumier qui nous pond tout un texte pour seulement nous servir sa sale soupe militante... Ah, le salaud, il croit nous avoir comme ça ? Allez ! Salut ! Et puis mets-toi bien ce que je pense bien là où je pense ! Et bien profond !...

Idolâtre, moi ? De Marine, en plus ?... Soyons sérieux... Les individus que j'idolâtre s'appellent Mozart, Beethoven, Pergolèse, Rubens, Mozart, Raphaël, Mozart, Le Corrège, Le Titien, Le Tintoret, Mozart, Giambologna, Mozart, Borromini, Botticelli, Le Pérugin, Baudelaire, Mozart, Molière, Mozart, Céline. Et Mozart. Vous croyez vraiment que Marine est dans la shortlist pour intégrer mon panthéon ? Vous me voyez vraiment, moi, admirateur ébouriffé et inconditionnel d'un quelconque homme politique ? Moi groupie de Marine ? Surtout après l'effarant désastre du second tour ? Vous croyez vraiment que j'ignore les carences, faiblesses et insuffisances de la blondasse facho ? Je ne les ignore pas, évidemment, je les vois bien et c'est à pleurer ; mais j'affirme que ces carences, faiblesses et insuffisances ne sont rien en regard des nuisances que représentent tous les autres choix. Des nuisances que les Français devraient quand même finir par voir... Des nuisances qui s'étalent sous leurs yeux désespérément fermés, des nuisances extraordinaires, prodigieuses, monstrueuses qui devraient les révolter et les horrifier et les faire hurler et les précipiter dans les bras de Marine, ne serait-ce que par répulsion pour les « partis de gouvernement » qui ont accouché d'un tel cauchemar.
Cauchemar économique, social, sécuritaire, éducatif, culturel, identitaire, civilisationnel : ils ont tout ravagé. Tout est à terre. Tout est en ruines. Tout gît piteusement, misérable, pitoyable, dans un pays qui compta longtemps parmi les plus glorieux. Comment peut-on encore avoir confiance en ces Attila 2.0 ? Comment peut on persister à confier son avenir à ces fléaux ? Comment peut-on être dénué d'esprit critique au point de croire que Marine serait pire que ces cataclysmes en costard ? Elle est nulle en économie, ressasse bien connement tout le chœur des couillons. Mais comment peut-on être plus nul en économie que ces calamités qui ont désindustrialisé la France en moins de trente ans ? Ces experts sentencieux qui n'ont que la performance à la bouche et nous ont mis à poil intégral ? Au point qu'il nous faut désormais attendre docilement que la Chine veuille bien nous envoyer des masques pour protéger nos vies ? Et, pendant ce temps (qui se compte non pas en jours, ni même en semaines, mais en mois), rester confinés comme des bagnards, plaçant ainsi sous assistance respiratoire une économie déjà fracassée par quarante ans de leurs conneries ? Comment Marine pourra-t-elle être plus misérable que ces générateurs de misère ? Comment pourra-t-elle faire pire que ces tiers-mondiseurs de la France ?
Marine n'a pas la stature, disent-ils aussi très lucidement, ces experts en stature présidentielle qui ont propulsé dans le fauteuil de De Gaulle le polichinelle survolté nommé Sarko, l'ectoplasme hébété nommé Hollande et le mioche colérique nommé Macron. Ah c'est sûr qu'eux ils représentent, niveau stature ! Qu'ils incarnent grave la fonction, ces trois pitres ! Ouuuhhwahhw ! La classe ! Le fifils à Brigitte qui zozote, ça dis donc c'est du chef d'État ! Et puis « Kastoa pov'kon », il faut bien avouer que ça pose son homme. On sent tout de suite le raffinement... Et puis l'autre besace molle et ses numéros de clown rue du cirque... bon... faut-il vraiment ajouter quelque chose ?... Ah, non, vraiment, ça crève les yeux : les Français, ces délicats au goût très sûr (comme quoi il n'y a pas que dans l'éducation que le niveau monte), auraient vachement plus la honte avec Marine qu'avec ces prodiges d'élégance et de charisme ! Et d'efficacité... Car oublions mes méchantes digressions sarcastiques, et recentrons-nous sur l'essentiel : l'efficacité. L'efficacité, dont le préalable est la hiérarchisation des enjeux. Et la boussole, la recherche du moindre mal (étant entendu qu'en dehors des contes de fées, aucun programme politique ne coche jamais toutes les cases). Le moindre mal : voilà ce qu'il faut rechercher. Voilà ce dont il faut se contenter la plupart du temps, et singulièrement dans les époques de débâcle où le moindre mal est le mieux que l'on puisse espérer. Or si nous ne vivons pas dans une époque de débâcle, c'est bien imité... Quand on voit la mouscaille dans laquelle nous nous débattons depuis que nous avons confié la barre aux saltimbanques du progressisme, il est clair que ce n'est pas eux, le moindre mal. Puisqu'ils sont le mal absolu. N'oublions pas, en effet, qu'ils refusent de cocher la seule case qui compte : l'arrêt de l'immigration. Ce qui suffirait à les disqualifier, si nous n'avions pas vu dans tous les autres domaines de quoi ils sont capables, ou plutôt incapables.

Voir le plus grand danger, choisir le moindre mal : c'est cette maxime qui devrait guider les choix démocratiques d'un peuple éclairé. Cette maxime seule, à l'exclusion de toute niaise vénération, culte de la personnalité ou idolâtrie puérile de je ne sais quel Jupiter... Voir le plus grand danger, choisir le moindre mal... Au XXIème siècle, le plus grand danger pour la France est son islamisation : par conséquent, le moindre mal est Marine Le Pen. Ce n'est pas vouer un culte à Marine Le Pen que dire cela : c'est exercer sa lucidité. Ce n'est pas du lepénisme, de dire et de penser cela, ce n'est même pas du marinisme : c'est du pragmatisme. De la hiérarchisation élémentaire des enjeux. De l'instinct de survie, au bord du précipice. C'est, répétons-le, le choix du moindre mal. La France est en danger de mort. Sa civilisation peut désormais périr. L'heure n'est plus à la fine bouche ni aux pinaillages sur l'économie (notre continuité civilisationnelle est infiniment plus essentielle). L'heure n'est plus au dédain ricaneur pour cette femme supposément vulgaire (l'est-elle plus que Sarko et Hollande ? Et est-elle moins charismatique que l'écolier Macron ?). L'heure n'est plus aux arguties sur son programme économique supposément faiblard (l'est-il plus que celui mis en œuvre depuis quarante ans ?). Les furieux de l'économisme qui, ignorant le passé de la France, lui rêvent un futur de start-up, ces monomaniaques ébouriffés qui ne savent que gueuler « Économie ! Économie ! Économie » et croient que Steve Jobs vaut Saint Louis feraient bien de s'aviser qu'elle sera belle, l'économie, quand le pays sera islamisé... et qu'elle sera fougueuse, l'innovation... confer l'éblouissante vigueur économique des pays musulmans... leur excellence technologique... Lors de la campagne d'Égypte, Napoléon remarqua qu'ils avaient du blé, mais pas de moulins... c'est ballot... De même sans la technologie occidentale, les émirs seraient des clodos. Assis sur un tas d'or. Noir. Et même leurs attentats auraient une gueule piteuse, sans armes à feu ni camionnettes ni avions — tous occidentaux.

Nous avons changé d'époque. De thématique majeure. L'enjeu de notre temps n'est pas économique : il est civilisationnel. Il ne s'agit pas de sauver une monnaie : il s'agit de sauver deux mille ans de splendeurs. L'urgence n'est pas de retrouver la croissance : elle est de ne pas perdre notre essence.

Nous avons changé d'époque. Le futile est fini. Le tragique est de retour. Mais nous ne le voyons pas. Nous ne le sentons pas.

Nous avons changé d'époque, mais nous ne le savons pas.
Immergés de naissance dans le matérialisme et le crétinisme éducatio-médiatico-publicitaire, tous nos capteurs sont anesthésiés. Nous n'avons plus de flair. Nous n'avons plus d'instinct. Nous n'avons plus la densité des hommes du passé. Déracinés du terreau de notre Histoire, nous sommes fanés, desséchés, rabougris. Frêles feuilles mortes errant au gré des propagandes. Vidés de toute épaisseur historique, nos schémas de « pensée » sont indigents. Nous ne savons plus rien, nous ne pensons plus rien et, bien plus gravissime, nous ne sentons plus rien.
L'histoire est tragique : il y a dans cette phrase deux mots que nous ne comprenons pas. Deux concepts étrangers à notre univers mental. Deux notions incompatibles avec notre représentation du monde. Deux personnages que notre imaginaire étriqué n'a pas prévus.
L'histoire et le tragique font irruption dans notre vie comme des fous dans un dîner en ville. Et nous les accueillons comme les bourgeois obtus que nous sommes devenus : avec haine ou mépris. Sauf que Churchill nous avait prévenus : « La grande leçon de la vie, c'est que parfois, ce sont les fous qui ont raison. » L'histoire et le tragique sont des fous. Des fous qui ont raison. Des fous qui finissent toujours par avoir raison. Et qui, alors, rendent fous ceux qui, contre eux, avaient tort. Fous de stupeur ou de panique. Fous d'avoir traité ces deux fous par le dédain, et de les voir devenir leurs maîtres... C'est précisément ce qui arrive à l'Occident... le jardin d'enfants tourne asile de fous...

Pour tenter de conjurer cette humiliation, et nous épargner une remise en question intellectuellement éprouvante (et sans doute impossible pour la majorité), nous nous adonnons à une surenchère de déni et de dénigrement de ceux qui, par leurs paroles ou leur simple existence, évoquent l'histoire et le tragique. Nous les couvrons d'insultes et de sarcasmes. Déferlantes de haine et d'ironie. Fascistes, populistes, complotistes. Qu'ils disparaissent. Qu'on n'en parle plus. Comment nous, quintessence du Progrès, pouvons-nous reconnaître que sommes archaïques ? Que notre progressisme est obsolète ? Que notre modernité est dépassée par l'avenir ? Comment pouvons-nous accepter que nos idéologies si novatrices et dont nous sommes si fiers sont bonnes pour la poubelle (de l'histoire) ? Que nos grilles de lecture ne répondent à aucune des questions du futur ? Que notre arsenal conceptuel est inadapté aux défis de demain ? Comment, surtout, admettre sans trembler que nous ne sommes pas prêts ? Toute notre vie nous avons fait du pédalo ; comment naviguerons-nous, dans la tempête qui vient ?... Oh, il reste bien quelques individus qui savent diriger.... manœuvrer par gros temps... et proposent leurs services pour limiter la casse... nous invitent, avant qu'il ne soit trop tard, à monter sur le navire « France ». Mais c'est ridicule, ça, « France ». Vraiment risible. Et puis en plus c'est réac. Ringard. Pas moderne. « France » c'est lourd, c'est chiant, c'est beaucoup moins riant et beaucoup moins pimpant que nos pédalos progressistes. Et puis nous sommes plein, comme ça, nous sommes des millions d'Occidentaux à pédaler trop cools dans nos barques en plastique : nous ne pouvons quand même pas tous avoir tort, si ?! Hein ? C'est bien connu, non, que la majorité à toujours raison (« surtout si elle est bien conne », ajoutait Céline) ?! Soyons donc pleinement confiants dans nos Valeurs, solides et éternelles ! La lame de fond peut bien venir : notre armada de pédalos fera face ! N'en déplaise aux Cassandre et autres nostalgiques d'une « France éternelle » chimérique et illusoire et fantasmée et qui n'a jamais existé. Et qui de toute façon était nauséabonde.

C'est l'ironie sanglante de notre époque, que cette irruption du tragique dans la civilisation la plus superficielle qui ait jamais été. Cet éclair de gravité foudroyant l'océan de notre futilité. Éclat éblouissant. Sidérant. Terrifiant. Depuis quarante ans nous vivons à Disneyland ; et voici que déboulent les armées de Daesh. Comment allons-nous faire, nous si amorphes et ahuris ? Comment, ayant perdu toute profondeur historique, allons-nous affronter des menaces que nous ne sommes même pas capables de comprendre ? Comment allons-nous réagir, confrontés à des enjeux civilisationnels qui échappent à notre système de représentations ?
Déni et dédain. Voilà nos premières réactions. Voilà notre stratégie, pour le moment. Pas sûr que ça suffise...
Mais à vrai dire peu nous importe. « Ce n'est pas la croissance qu'il faut sauver : c'est la civilisation » ?! Mais qui est le connard lyrique qui a dit ça ? Que de sottises en peu de mots ! Que d'inepties ! Ni l'une ni l'autre, qu'il faut sauver ! Ce qu'il faut sauver, c'est sa réputation ! Tout ce qui compte ! Sa réputation, et sa vie sociale ! Plaire aux journalistes, ne dire que ce qu'ils disent, ne faire que ce qu'ils veulent, voter comme ils nous montrent, voilà le secret d'une vie bien remplie ! Une vie accomplie ! Une vie de liberté ! Et puis de vérité ! Ah, être aimé des journalistes ! Quelle félicité ! Applaudi des fact-checkers ! Quel épanouissement ! Que désirer de plus ? Le fact-checker est mon berger : je ne manque de rien.

Et mon berger me mène à l'abattoir. Et je lui obéis. Le suis amoureusement.
Tous les choix politiques des Français pour plaire aux fact-checkers, décodeurs et autres décrypteurs, tous les aveuglements dans lesquels ils s'obstinent pour ne pas contredire leurs paroles sacrées, cette harmonie de conformisme lâche et de votes suicidaires les livrent chaque jour un peu plus à l'islam. Mais quelle importance ? Il est si doux de mourir en martyr du fact-checking. Si héroïque d'avoir été jusqu'à son dernier souffle un mouton exemplaire. Et puis, très entre nous : plaire à un fact-checker, quoi de plus enchanteur ?

Le Français a choisi : son portefeuille, plutôt que son pays. Sa vie sociale, plutôt que sa civilisation. Son confort conformiste d'ahuri de troupeau, plutôt que l'avenir de ses enfants. Le consentement muet à l'islamisation de la France, plutôt que la contestation des Évangiles médiatiques.
La France du panache, la France de l'audace, la France de Molière et de Cyrano ne produit plus que des pleutres enfiottés. Des petites branlures conformistes, vivant à quatre pattes, toutes tremblotantes d'épouvante à l'idée de prononcer un mot de travers. Le Français du XXIème siècle est un vague ectoplasme craintif. Bien effacé, bien moutonnier. Le Français ne dit rien. Le Français vote bien. Le Français se soumet.
Le Français ne veut pas de vagues ; ses enfants encaisseront le tsunami. Qui sème le vent récolte la tempête ? Qui ne sème pas de vagues récolte un tsunami, c'est plutôt ça la vérité. Mais le Français s'en cogne, du tsunami qui vient : il ne pense qu'à sa tronche. À son micro-nombril. À son petit bien-être immédiat et mesquin, hors de toute considération pour les conséquences à long-terme de sa lâcheté criminelle. Dans quelle civilisation vivront les générations futures ? On s'en fout ! Question grandiloquente de branleur philosophe ! Divagation abstraite de donneur de leçons ! Non mais pour qui il se prend là le prophète blogger ? À s'exciter comme ça, moulinets dans le vide ? Les générations futures et la « civilisation », le Français s'en tape comme de son dernier attentat islamiste. Après lui le déluge. Déluge de sang. Déluge de larmes. Mais pas pour lui, donc. Sa petite-fille en jogging éponge et son arrière petite-fille en burqa, lui aura sauvegardé sa minable respectabilité. Il sera resté bien peinard, bien à l'écart, bien vautré dans la tiédeur émolliente du consensus, à s'admirer si humaniste et fraternel et solidaire et tolérant. Un vrai saint progressiste. Pour ses enfants et ses petits-enfants, ce sera une autre histoire... une autre Histoire... un changement d'Histoire... Encore quelques quinquennats d'immigration, et la musique aura bien changé en France... plutôt gutturale... Et le paysage, tiens... pas beaucoup de talons, je remarque... quant aux jupes... et aux décolletés... pas vu... Bonne ambiance, comme on dit... Tiens mais au fait : où sont passées les féministes ?...

Pour le Français, la suprême infamie n'est pas d'infliger un futur islamique à ses enfants : c'est de mal voter.
Le Français préfère détruire l'avenir de ses enfants que de déplaire aux journalistes. Mettre fin à mille ans d'une Histoire grandiose, plutôt qu'à la dictature de ces nains.
Le Français a plus peur des polémiques que de l'État islamique.
Le Français a plus peur de Marine que de Merah.

Le Français du XXIème siècle mène la France au carnage, mais avec la bénédiction des curés médiatiques. Sous les Alléluia des prêtres journalistes. Et c'est tout ce qui lui importe. Il mourra égorgé façon halal, mais il mourra en homme de bien. De bien-pensance. Il finira kalachniké en défenseur de la vérité. De la vérité officielle. Avec son certificat de bonne moralité autour du cou. Enfin, plutôt autre part, vu ce qu'on va lui faire, à son cou... Les compliments des fact-checkers le stimulent, le galvanisent, il en pâme de bonheur quand ils lui disent « Bravo ». Il est ainsi, le Français : un bon élève sage et rangé... Fier et très lisse premier de la classe, tout en œillades enamourées aux pigistes ses maîtres... minauderies... petites courbettes dévotes... Il se lance...  « L'islam est une religion de paix ! ». J'ai bon ? J'ai dit ce qu'il fallait ? 10/10 ? TB ?! Ah ah ! Attendez, attendez ! J'en ai d'autres ! C'est que j'en sais, des choses, à force de lire Libé la Bible ! Et les homélies du Monde ! Et les sermons du Figaro ! La preuve regardez : « Marine Le Pen est une fasciste ! » Hein ?! Alors ? J'ai pas bien appris ma leçon, dites ? Attendez ! Écoutez ! C'est pas fini ! Ceux qui vous contestent, ô vous journalistes sacrés : des complotistes ! Et ceux qui vous critiquent, ô fact-checkers sanctifiés : des populistes ! Il en frémit de fierté, le bon élève français, de ses performances en par cœur...

Plaire aux fact-checkers : voilà la plus haute ambition existentielle du Français. Vivre en bigot de la religion médiatique, rampant de dévotion pour ses curetons en carton et ses Évangiles en PQ : voilà sa vocation.
Le Français a abdiqué toute pensée personnelle, au profit d'une soumission frénétique au credo médiatique. Le Français sacrifie la France sur l'autel de son conformisme. Oh, il s'en défend, bien sûr. Il prétend même qu'il déteste les médias, ou au moins qu'il nourrit envers eux une très lourde défiance, pour reprendre la terminologie des instituts de sondages. Les sondages... Les sondages disent également que le Français ressent une semblable défiance pour la classe politique... et même que le Français ne veut plus d'immigration...
Voilà comment le Français parle...
Et puis, le Français vote...
Les sondages, c'est les blasphèmes ; le vote, la confession. Pas pour rien que l'isoloir a une tête de confessionnal... confessionnal républicain... Le Français y entre plein de péché, et en ressort purifié. Son petit bulletin vertueux en main. Certificat de bonne moralité... Tamponné « Valeurs de la République »... Hop ! Qu'il glisse bien gentiment... ça rentre... là... Allez ! Voi-là ! Pas besoin de vaseline... A voté ! Merci ! C'est reparti pour cinq ans ! + 400 000 ! Par an...

Mais le Français est possédé par le diable populiste : sitôt sorti du bureau de vote, il se remet à blasphémer. Ah les ordures ! Ils m'ont bien eu ! Tous les mêmes ! Tous vendus ! Tous pourris ! Ah, la prochaine fois on ne m'y reprendra pas ! Je sais, maintenant, ce qu'il faut faire ! Je voterai pour le diable ! Le diable populiste ! Et puis tant pis ! Et puis cette fois vraiment ! Non parce que là c'est plus possible ! Vrai, là, cette fois, c'est différent ! On ne m'y reprendra pas, promis juré ! J'ai bien compris ! Vous pouvez me croire ! C'est décidé ! Et puis arrive l'isoloir. Confessionnal laïc. Tout penaud et honteux de ses pensées impures, le Français se flagelle... se dégonfle... Floff. Petit bulletin « Valeurs de la République »... C'est dans l'urne. Vous êtes pardonné ; allez en paix, mon fils. Rendez-vous dans cinq ans.

Tous les cinq ans, le même cinéma. Tous les cinq ans, le peuple français vote pour sa disparition. Pour sa halalisation. + 400 000 par an... Sans compter les naissances...

Et puis, entre ses votes de fiotte, le Français fanfaronne. Entre deux prosternations, le Français parade, le Français montre ses muscles, le Français joue au dur. Le Français bluffe. Le Français est un rebelle de bac à sable. Un pitre plastronneur, tissé de vantardise et de lâcheté.
Il paraît que les Italiens sont les maîtres incontestés de l'esbroufe. Que depuis la commedia dell'arte, ce sont eux les maestros du chiqué, des rodomontades vaines, des forts effets de manche jamais suivis d'effets. C'était peut-être vrai, il y a bien longtemps. Mais les temps changent... Je ne voudrais pas vexer les habitants du plus beau pays du monde, mais nous les surpassons désormais largement, question grimaces et simagrées. Pour les « Retenez moi, ou je fais un malheur », c'est vraiment nous les plus balèzes. Champions du monde des jactances menaçantes qui débouchent sur du vide, des promesses de tornade qui finissent en court pet. Les Italiens, eux, ne se contentent pas de se plaindre : ils votent Salvini. Sans ergoter pendant quarante ans sur les faiblesses du personnage. Sans pinailler qu'il est mal rasé et que son bouton de chemise va bientôt sauter. Ils ne chipotent pas, les Italiens, ils n'exigent pas capricieusement l'homme providentiel. C'est que contrairement à leurs voisins transalpins, ils ont passé l'âge de croire aux super-héros. Et puis surtout, ils ne sont pas assez vaniteux pour estimer mériter un homme providentiel. En adultes responsables et cohérents, les Italiens composent avec le réel, le réel imparfait, choisissant ce qu'il y a de mieux — ou de moins pire — pour défendre leurs idées et leurs priorités. Voir le plus grand danger, choisir le moindre mal... Les Français, eux, pleurnichent comme des mioches que la vie est vraiment trop injuste, tout en crachant sur les solutions qu'on leur propose. Jamais assez bien pour eux... Le mieux est l'ennemi du bien, dit la sagesse populaire. De ce proverbe, la situation de la France après quarante ans de théâtre antifasciste est sûrement l'illustration la plus tragique qui se puisse trouver dans l'Histoire... « Le peuple blâme quelquefois ce qui lui est le plus utile et même nécessaire », disait Richelieu il y a une éternité, quand par son action la France allait devenir la plus grande puissance d'Europe... Quels mots trouverait-il aujourd'hui, pour parler de ce peuple français ? Jamais, à ma connaissance, on ne vit un peuple rejeter avec une telle fureur ceux qui voulaient le préserver de l'invasion. Jamais on ne vit autant de haine se déchaîner contre ceux qui voulaient lui éviter la soumission. Jamais on ne vit ainsi traînés dans la boue ceux qui voulaient lui assurer la sécurité, la sérénité, la paix civile et la continuité civilisationnelle ; bref, lui permettre de vivre.

Mais le peuple français veut-il vivre ? Le veut-il réellement ? Quel est le sens profond de ces quarante années d'autodestruction ? Comment interpréter cette obstination à ne pas se sauver ? À systématiquement cracher sur les mains tendues ? À choisir toujours non pas le moindre mal, mais la pire option ? Que cela révèle-t-il de la psyché française ? Au-delà des mots, des déclarations et des dénégations...

Car il fait peu de doutes que le peuple français répondra qu'il veut vivre, si on lui pose la question. Mais ce seront des paroles ; et nous avons déjà vu ce que valent les paroles du peuple français, au XXIème siècle... Nous ne sommes plus au Moyen Âge, quand la société était fondée sur le caractère sacré de la parole... Aujourd'hui moins que jamais, parler n'engage : aujourd'hui plus que jamais, la vérité d'un homme se révèle dans ses actes. Idem pour un peuple.
Un peuple qui, dans les sondages, prétend qu'il ne veut plus d'immigration, et qui dans l'isoloir vote immigrationniste non pas une fois (l'erreur est humaine...), mais systématiquement depuis quarante ans (… la persévérance est diabolique), un tel peuple révèle sa volonté de mourir. Même s'il s'en défend, même s'il est sincèrement convaincu de penser le contraire, les faits sont là, solides, éloquents. Irréfutables. Même s'il vous chante sur tous les tons qu'il ne veut évidemment pas être envahi et remplacé, que ce ne serait pas rationnel (mais l'homme est rarement rationnel, et la foule l'est encore moins), il suffit d'examiner ses actes pour connaître sa vérité. La vérité du peuple français, c'est qu'il souhaite l'invasion. La soumission. Et la disparition. Les paroles expriment le conscient ; les actes trahissent l'inconscient. Les enquêtes d'opinion, c'est les paroles ; les bulletins dans l'urne, c'est les actes... Des actes accablants. Des actes terrifiants.  Des actes désespérants. Des actes qui révèlent l'inconscient suicidaire du peuple français.

Certains hommes se suicident ; pourquoi pas certains peuples ? Pourquoi pas, même, certaines civilisations ? Des civilisations gagnées par la lassitude, le dégoût de soi, et la fascination pour le gouffre. Comme certains hommes...
« En général, aucune civilisation n'est détruite du dehors sans s'être d'abord ruinée elle-même, aucun empire n'est conquis de l'extérieur, qu'il ne se soit préalablement suicidé. Et une société, une civilisation ne se détruisent de leurs propres mains que quand elles ont cessé de comprendre leurs raisons d'être, quand l'idée dominante autour de laquelle elles s'étaient organisées leur est devenue comme étrangère. » Ainsi parle l'immense historien René Grousset. C'est peu dire que le peuple français, arraché à son histoire et à ses racines catholiques, a cessé de comprendre ses raisons d'être ; peu dire que l'idée dominante autour de laquelle il s'était organisé — le catholicisme — lui est devenue comme étrangère. Bien plus qu'étrangère, la religion catholique lui est devenue un objet de répulsion. De répugnance. De haine. Comme atteint d'une maladie auto-immune, le peuple français rejette ce qui l'a fait. Ce qui constitue, qu'il le veuille ou non, son essence, sa singularité, sa personnalité. Le peuple français a perdu son âme. Ne sachant plus qui il est, il devient ce qu'on lui demande. Aujourd'hui, un esclave du marché ; demain, un esclave de l'islam. Et après-demain, un esclave du marché aux esclaves de l'islam.

Il paraît que le peuple français entretient une relation orageuse avec ses élites. On le comprend : il sait ce qu'elles lui ont fait. Ou plutôt, il sent ce qu'elles lui ont fait. Confusément, il sent qu'il n'était pas comme ça, avant : que son goût du désastre et sa fascination du pire lui viennent d'en haut. Que ce sont les élites qui lui ont inoculé cette haine de la grandeur et de la beauté. Cette étrange complaisance pour la destruction... ce froid détachement devant les tragédies... nonchalance nihiliste...
Le virus est transmis. Le corps français est infecté. Le sadisme des élites est devenu le masochisme du peuple ; le masochisme du peuple s'est aggravé en inclination au suicide. Et on voit mal ce qui, désormais, pourrait enrayer l'engrenage fatal. Empêcher le peuple français d'aller jusqu'au bout de sa logique autodestructrice. Il peut toujours la contester, claironner qu'il aime la France, qu'il veut la perpétuer, et conspuer ses élites qui l'ont contaminé : c'est trop tard. Il est malade. Et il mourra. Car il refuse obstinément le seul remède à son nihilisme : le catholicisme. Cet anticorps surpuissant, mais qu'il n'a plus en lui qu'à l'état de traces... s'estompant un peu plus à chaque génération...

L'humanité occidentale est chrétienne ; déchristianisée, elle se déshumanise.
La France est catholique ; décatholicisée, elle disparaît.
C'est ce qui nous arrive. Le nihilisme a remplacé le catholicisme comme moteur de la France. Un moteur un peu moins vigoureux... Le peuple français est devenu à l'image de ses élites : un pervers nihiliste. Un saccageur de grandeur. Un amant passionné de l'absurde. Qui prétend vouloir vivre, mais fait tout pour hâter sa mort. Monstre d'incohérence et de mauvaise foi, rejetant pour des points de détail les ultimes mains tendues avant le cataclysme... Dilapidant pour des détails futiles un héritage sublime. Sacrifiant sans état d'âme deux mille ans d'histoire grandiose sur l'autel de sa minuscule respectabilité. Tout en larmoyant que c'est triste, que c'est vraiment du gâchis de voir ainsi la France disparaître. « Pauvre France, ouin, ouin », la gueule en grimaces. Comme s'il n'y était pour rien. Comme s'il n'était pas responsable, comme s'il n'était pas coupable de la mort de la France. Comme si le peuple français n'était pas davantage complice que victime de ces « élites » qu'il vitupère ; comme si celles-ci n'étaient pas moins ses maîtres que les exécutants qu'il s'est librement choisis pour satisfaire ses aspirations obscures... « Les dictateurs sont les domestiques du peuple », disait Baudelaire...

La relation entre le peuple français et ses élites est celle, ambivalente, qui lie le toxicomane au dealer : il déteste ce truchement de sa déchéance, mais il ne peut se passer de sa came. Il voudrait s'en sortir, mais il est accro. Piégé. La dépendance s'est insinuée. Est devenue une seconde nature. Drogué au nihilisme, le peuple français est condamné à se schnouffer, à s'étioler, et à mourir sans dignité. Même malgré lui. Même en maudissant ses dealers. Même en fustigeant leur drogue, qu'il exècre et aime tant... Schizophrénie du toxico, qui ne veut pas mourir mais ne sait plus comment vivre. N'a plus ni force, ni volonté. Ni idéal. Prend de fermes et tonitruantes résolutions, et aussitôt rechute. Tous ses élans brisés. Et pour se cacher sa déliquescence, se ment à lui-même. S'englue dans les mensonges et les doubles discours. En devient allergique à ceux qui parlent franc. Ne veut plus entendre que des finasseurs, des sophistes, des illusionnistes, des baratineurs. Des fact-checkers, plutôt que des Prix Nobel. Patrick Cohen, plutôt que Didier Raoult. Laurent Joffrin, plutôt que Luc Montagnier.

« Qui s'ouvre indifféremment au vrai comme au faux est mûr pour n'importe quelle tyrannie. » disait Bernanos. Et il ajoutait : « La passion de la liberté va de pair avec la passion de la vérité. » Le peuple français n'a pas la passion de la vérité : il a la passion du mensonge. Le peuple français ne s'ouvre pas indifféremment au vrai comme au faux : il s'ouvre exclusivement au faux. Le peuple français est donc prêt, non pas pour n'importe quelle tyrannie, mais pour la forme de tyrannie la plus puissante, la plus raffinée, la plus irrémédiable : le totalitarisme.

Qu'est-ce que le totalitarisme ? C'est l'autogestion de la dictature. C'est le stade ultime du dressage de la masse, quand elle a si bien intériorisé la propagande qu'elle n'a plus besoin de coercition pour se soumettre. Quand parfaitement conditionnée à fuir la vérité — donc la liberté —, elle organise elle-même sa propre servitude. En toute autonomie. Horizontalement. Dans un totalitarisme abouti, ce n'est plus une autorité hiérarchisée, mais le peuple lui-même qui veille à l'uniformité des comportements et des « pensées ».
En France, 7% des citoyens osent affirmer que l'incendie de Notre-Dame était criminel. Ce qui signifie que 93% des citoyens français, tétanisés à la perspective de se voir taxer de complotisme, préfèrent renoncer à toute pensée. Proclamer sans sourciller qu'un mégot de cigarette peut enflammer un tronc de chêne. Et bigler avec des yeux ronds celui qui a l'impudence de ne pas réciter leur leçon de thermodynamique médiatique. Des yeux ronds qui tournent menaçants, si le récalcitrant a de plus l'insolence d'y opposer des connaissances en thermodynamique scientifique. Alors jaillit, comminatoire, l'insulte redoutée : « Complotiste ! » Ce qui, en bon français, signifie : « Rentre dans le rang ! ».

Le peuple français ne débat plus : il patrouille et punit. Il punit toute dérogation à la pensée unique, toute infraction aux règles du mentir-ensemble. Il multiplie les sanctions pour délit de clairvoyance, les condamnations pour excès de lucidité, les procès verbaux pour abus de pensée personnelle. Et applique la peine de mort sociale pour crime d'esprit critique. Raciste / Fasciste / Sexiste / Conspirationniste / Complotiste / Populiste : celui dont le casier intellectuel comporte une de ces mentions est fini. Perpétuité.

Le vrai symptôme du totalitarisme n'est pas l'État policier : c'est le peuple policier. C'est le peuple policier qui fait le régime totalitaire. C'est quand le mensonge n'émane plus de l'État, mais du peuple, c'est quand ledit peuple exerce un chantage à la vie sociale pour abolir toute pensée individuelle et obtenir la récitation docile de ses mensonges non pas d'État, mais de peuple, c'est à ce moment là qu'on peut vraiment parler de totalitarisme. C'est quand le peuple assure spontanément la police de la pensée que le régime totalitaire devient effectif. Et irréversible. Car alors la tyrannie est autonome. Autogérée. Auto-entretenue. Plus grave encore, la tyrannie est diluée : elle n'est plus incarnée par un dictateur odieux et tortionnaire, mais par un peuple indolent et pépère ; partant, elle devient extrêmement difficile à combattre. Comment s'opposer à un tyran qui, bien plus fort que l'Hydre de Lerne, compte plusieurs dizaines de millions de têtes ? Comment un peuple peut-il se soulever contre un despote quand le despote, c'est le peuple ? Peuple-deposte dont le mensonge est le milieu naturel (et ce mensonge s'appelle consensus), qui engendre lui-même sa propre propagande, et s'automanipule pour s'autosuggérer qu'il a raison de s'autobâillonner pour s'autodétruire en toute bonne conscience ? D'où, dans ces conditions, peut venir la résistance ? Et contre quoi peut-elle être dirigée ?

Pol Pot avait les Khmers rouges, Lénine la Tchéka, Staline le KGB. Et le goulag, aussi. Et Mao le laogai. Contre les dissidents — réels ou supposés — , ces prodigieux fumiers recoururent à la torture. Aux exécutions sommaires. Aux famines provoquées. Aux déportations-abandons au beau milieu des vides plaines sibériennes (vous imaginez la durée de survie). Pour que leur régime ne meure pas, ils exercèrent sur l'humanité une violence sans précédent dans l'Histoire ; et leur régime mourut... Ils n'avaient pas compris, ces pauvres brutes butées, que la violence est un aveu d'échec. Plus qu'un aveu, une garantie d'échec. Que le recours à la violence ne doit être que transitoire. Qu'il ne peut devenir le principe du pouvoir. Qu'un régime qui recourt perpétuellement à la violence sera perpétuellement perçu comme abject, et donc perpétuellement combattu. Aucune autorité ne peut se maintenir éternellement par la brutalité. Un totalitarisme violent est un totalitarisme inachevé. Un totalitarisme violent est un totalitarisme raté. Le communisme fut un totalitarisme raté. Primaire, tortionnaire, génocidaire : raté. La preuve : il a disparu (la Chine contemporaine est aussi communiste que la France contemporaine est chrétienne...).

Il en va tout autrement du totalitarisme progressiste, qui accomplit sous nos yeux grand fermés ce que le totalitarisme communiste n'a jamais réussi : la transformation de l'homme en automate approbateur.

Éteindre l'âme de l'homme, afin d'éteindre en lui toute idée de révolte : c'est cela, la quintessence du totalitarisme. C'est cela qui assure son hégémonie, et le rend irréversible. C'est ce point de non-retour que le totalitarisme progressiste est en passe d'atteindre en France (si ce n'est déjà fait).
Contrairement à ce totalitarisme pressé que fut le communisme, le progressisme prend son temps. Son échelle est moins la décennie que le siècle : il se déploie lentement, délicatement, et d'autant plus irrémédiablement. Il s'infuse dans les mentalités par les séductions d'une propagande lancinante, omniprésente et émolliente, en évitant autant que possible d'employer la force. Certes, son acte de naissance, il y a deux cents ans, fut écrit en lettres de sang. C'est même le totalitarisme progressiste qui perpétra le premier génocide de l'Histoire, envoyant ses Colonnes infernales exterminer les Vendéens, les Chouans et tous ceux qui avaient le mauvais goût de ne pas entrer dans l'épure de son si désirable (et si fraternel) Progrès. Très vite cependant, le progressisme s'apaisa ; et n'usa plus de la violence qu'à titre sporadique.

Lénine et Staline, pour imposer l'enfer communiste, prétendaient imiter « la glorieuse Révolution française ». Ils le firent, et avec brio, accomplissant le tour de force de la dépasser en horreur (mais il y a fort à parier qu'à technologie équivalente, la Révolution eût fait aussi « bien »). Ce que ces tyrans n'avaient pas compris, ou plus probablement ne voulaient pas comprendre, c'est que la Révolution française n'était que le premier acte du totalitarisme progressiste. Premier acte d'une violence inouïe, mais transitoire. Or c'est moins par cette violence originelle que par le long et patient travail de dévitalisation des âmes qui s'ensuivit, que le progressisme imposa son hégémonie sur la France (et, dans une moindre mesure, sur le reste de l'Occident). Trop heureux d'étancher leur soif de sang en brandissant l'excuse d'une filiation prestigieuse, les ordures communistes (pléonasme) se bornèrent à singer la violence inaugurale du progressisme. Restant bloqué à cette première étape, leur totalitarisme ne parvint jamais à conquérir les esprits. Sa propagande certes vertigineuse, mais finalement très fruste, échoua à pénétrer les régions intimes de la conscience. À domestiquer la pensée. À détruire le goût de la vérité et de la liberté. Imposée brutalement non par des chirurgiens de l'âme, mais par des bouchers sanguinaires, la greffe communiste ne prit jamais ; le communisme en mourut. C'est l'une des rares bonnes nouvelles du XXème siècle.

La violence engendre la résistance. Pour l'emporter, le totalitarisme doit renoncer à la violence. Pour renoncer à la violence, le totalitarisme doit façonner le peuple jusqu'à ce que le mensonge devienne chez lui une seconde nature.

Le vrai totalitarisme ne châtie pas la dissidence : il la rend impossible. En abolissant la vie intérieure, il abolit le sens du vrai et du faux ; alors, l'idée même de révolte devient aberrante. Contre quoi se révolter quand tout se vaut ?  Quand l'absurde est la norme ? Comment un sentiment de révolte peut-il naître chez un peuple qui trouve normal d'affirmer qu'un mégot de cigarette peut enflammer un tronc de chêne, que le découvreur du VIH n'y connaît rien en VIH, que l'islam est une religion de tolérance, que Jean d'Ormesson a du talent, qu'un infectiologue de calibre mondial est plus ignare qu'un fact-checker et même que Michel Cymes ? Contre quoi peut se rebeller un peuple aussi drogué à l'imposture ? Un peuple qui n'a d'yeux que pour les charlatans ?

Le vrai totalitarisme ne détruit pas les corps : il dissout les esprits. Il les plonge dans un bain de mots vides, de raisonnements creux et d'idées fausses qui, à terme, rongent l'âme. L'accoutument au mensonge. La rendent accro aux ergotages oiseux, aux arguties pompeuses, aux bafouillages sans fin ni but. Lentement, le totalitarisme dévitalise ses victimes, les engourdit, tisse avec elles une connivence mortifère qui ressemble à celle liant l'esclave heureux à son maître... Le totalitarisme développe un amour de la servitude et de la fourberie. Un désir d'escroquerie. Une volupté masochiste d'être sans cesse trompé. Et un rejet corrélatif de toute parole nette, incisive, tranchante. Libre. L'être totalitaire déteste la clarté. Il voue une animosité sans bornes à la simplicité. Tout raisonnement qui n'est pas entortillé au point de n'y plus rien comprendre lui semble une faute de goût. Et une preuve de bêtise. Tout énoncé tranquille d'un fait irréfutable lui donne de l'urticaire. Sa phrase favorite est « C'est plus compliqué qu'ça. » Slogan totalitaire par excellence. Phrase de con sentencieux. De castré de la pensée. De fanatique des finasseries qui débouchent sur du vide.
Il n'est pas étonnant que la France, patrie littéraire par excellence, soit particulièrement encline à se perdre dans les mots. À se payer de mots. À se truffer la tronche de charabia pour se cacher sa vérité... en l'occurrence, de se raconter qu'elle n'est pas en train de crever...

Churchill disait : « Vous pouvez forcer les gens à se soumettre et à vous obéir ; vous ne pouvez pas les forcer à être d'accord. » Les forcer, non ; les former, oui. Les formater. Les transformer. Les transformer en machines à dire oui. En approbateurs fous. En soumis frénétiques. Leur inoculer un goût de la servitude tel que toute parole libre leur semble une monstruosité ; que toute contestation des plus grotesques propagandes leur apparaisse comme un délire complotiste.
Le vrai totalitarisme ne force pas les individus à être d'accord : il détruit en eux toute possibilité de ne pas l'être. Il détruit la lucidité, il détruit l'esprit critique. Il détruit la passion de la vérité et son corollaire : le courage.
Le vrai totalitarisme dénature l'homme au point de ne plus lui apparaître odieux. Alors, la résistance devient impossible. Et la violence inutile.
Le vrai totalitarisme ne brise pas les corps : il vide les âmes.
Le vrai totalitarisme, c'est le progressisme. Le premier totalitarisme en passe de s'imposer en Occident. En France plus qu'ailleurs. Ce qui n'a rien d'étonnant, puisque c'est en France qu'il a fait ses premières armes (c'est le cas de le dire). Et n'a, depuis, jamais perdu l'avance qu'il avait prise.
Les Français, pionniers du totalitarisme progressiste, conservent deux siècles plus tard une belle longueur d'avance. Aucun peuple occidental n'a été aussi loin dans la déchristianisation, donc dans la dépersonnalisation, que le peuple français. Aucun peuple ne s'est dépouillé avec autant d'ardeur de ses déterminants identitaires les plus essentiels. 70 ans de communisme n'ont pas suffi : les Russes sont restés russes ; Poutine se revendique fièrement orthodoxe. En Italie, Salvini proclame sans complexe sa foi catholique ; sans complexe, les Italiens votent Salvini. Idem en Hongrie avec Viktor Orban. Tous ces peuples sont restés des peuples ; tous les individus qui les composent ont conservé un lien, même ténu, avec le substrat chrétien de leur identité. Seuls les Français ne sont plus français. Seuls les Français, quand vous leur parlez de leurs racines chrétiennes, vous regardent comme si vous étiez fou. Seuls les Français, quand vous leur dites qu'ils ont une identité, vous regardent comme si vous étiez un monstre (un monstre populiste, comme de bien entendu). Seuls les Français se sont vidés de leur sève catholique jusqu'à la dernière goutte. Prêts à être remplis de n'importe quoi...
Étrangers à leur histoire, haineux de la religion qui a fait leur civilisation, les Français incarnent la version la plus aboutie de l'homme nouveau. Ils sont l'archétype de cette page blanche dont rêvent tous les totalitarismes pour y écrire leur histoire atroce. Peu importe que cette histoire s'intitule « Progressisme » ou « Islamisme » : du moment qu'elle est sous-titrée « Totalitarisme », elle fera l'affaire. Car elle fera l'enfer. Elle satisfera la sourde aspiration de l'homme à se rabougrir, à s'enlaidir, à s'avilir chaque jour un peu plus. Elle conviendra à ses penchants barbares. À son goût de la bêtise et de la sauvagerie. Tous les totalitarismes font le même job, à quelques nuances près ; à quelques nuances près, tous les totalitarismes se ressemblent. Ce qui les sépare, en tout cas, est bien moindre que ce qui les rassemble. D'instinct ils se comprennent... se respectent... se ménagent... Jamais vous n'entendrez un progressiste critiquer l'islam... Progressisme et islam, en revanche, traitent tous deux assez âprement le christianisme... Coïncidence, ou connivence ? Hasard, ou hommage du vice à la vertu ?

Décatholicisée, la France millénaire est devenue une start-up. Décatholicisée, plus rien ne s'oppose à ce que la fille aînée de l'Église devienne la fille adoptive de l'Oumma. Du progressisme à l'islamisme... De l'Occident à l'Orient... Collusion et fusion des totalitarismes... La mondialisation de la barbarie touche au but. Comme toujours depuis deux siècles, les Français sont à l'avant-garde de cet ensauvagement. Ce sont eux qui, en 1789, accouchèrent du premier totalitarisme occidental : qui, plus qu'eux, pouvait se sentir des affinités avec le totalitarisme oriental ? Qui, mieux qu'eux, pouvait lui dérouler le tapis rouge ? Rien n'arrive par hasard ; ce n'est pas par hasard que la France est le pays le plus islamisé de l'Occident.

S'acharnant depuis deux siècles à détruire leur identité, les Français sont de moins en moins un peuple, et de plus en plus une meute totalitaire. Une gigantesque armée de cons qui, par sa gigantesque connerie, garantit aux totalitarismes — progressiste aujourd'hui, islamiste demain — une fantastique prospérité. Tous les totalitarismes dans l'histoire avaient leur armée ; mais le totalitarisme progressiste a réussi à lever l'armée la plus redoutable de tous les temps : l'armée des cons. Une armée dont les généraux s'appellent « journalistes » et les maréchaux « fact-checkers ». Une armée qui a développé contre la vérité une arme de destruction massive : l'imputation de complotisme.
Aucune vérité ne résiste à l'imputation de complotisme. Aucun raisonnement n'en ressort vivant. Muni de cette arme fatale, tout affront à la logique devient envisageable ; et est assuré de la victoire. L'imputation de complotisme détruit n'importe quelle démonstration, n'importe quel argument, n'importe quelle preuve, et jusqu'aux faits les plus irréfutables. « Complotiste ! » : voilà le cri de guerre qui fissure les plus solides pensées. Brise comme du verre les plus limpides évidences. Pulvérise en un instant tous les fruits de l'esprit critique. Opposer l'esprit critique à l'imputation de complotisme, c'est opposer le lance-pierres à l'arme nucléaire. L'imputation de complotisme est la bombe nucléaire qui règle son compte à toute tentative de discussion. L'imputation de complotisme est le Hiroshima de la pensée.

Qui lance son intelligence à l'assaut de l'armée des cons doit savoir qu'il en ressortira déchiqueté. C'est-à-dire complotiste. Ou populiste. C'est la même chose. C'est la même mort. Sociale, pour le moment. Mais il convient de rester prudent : les cons ne rigolent pas. Jamais. C'est même à ça qu'on les reconnaît. Et on n'a jamais vu les cons tenir la bride à leurs instincts, quand le signal de la curée était donné...

La dictature des cons a commencé. Elle ne finira pas. Confortée dans sa connerie par ses maîtres à non-penser — philosophes pigistes, savants journalistes et penseurs fact-checkers —, l'armée des cons voit ses rangs grossir jour après jour. Le recrutement des cons bat son plein : les cons de France font venir par millions des cons du Sud pour assurer à leur connerie une prospérité perpétuelle. La France chrétienne et de Molière est terminée. Le royaume des lis est devenu le royaume des cons. Les rois et le catholicisme ont fait la France d'hier ; les racailles et l'islam feront la France de demain. Sous les applaudissements des cons. Il est trop tard pour espérer enrayer la marche triomphale de la connerie : l'armée des cons tient la France. Partout, elle a déployé ses batteries de missiles, prêts à faire feu. « Complotiste ! » « Populiste ! » Détonations atroces... terrifiantes... Les rares résistants à la tyrannie des cons se tiennent cois. Ils ont compris. L'armée des cons détient l'arme nucléaire. Il n'y a rien à faire. Il faut se résigner. Se résigner à laisser mourir la vérité, l'intelligence, la liberté et la beauté sous les assauts des cons. Les cons du progressisme et les cons islamistes. L'union sacrée des cons. Pour en finir avec la civilisation. L'armée des cons ne lâchera rien dans son combat contre la grandeur de l'homme. Depuis quarante ans, elle enchaîne victoire sur victoire ; pourquoi s'arrêterait-elle en si bon chemin ? Bientôt elle exterminera les derniers tenants du sens critique. Alors nous vivrons dans l'hégémonie sans mélange de sa connerie menaçante. Plus qu'une question de temps. L'armée des cons a la majorité pour elle. Elle a la détermination. Elle a pour elle le consensus des cons, et son corollaire : le refus obtus de toute discussion. L'armée des cons n'écoute que sa connerie. L'intelligence n'a aucune prise sur l'armée des cons. L'armée des cons donne à l'homme ce qu'il veut : être toujours plus con. L'armée des cons a l'avenir pour elle. Il n'y a rien à opposer à l'armée des cons. L'armée des cons vaincra. L'armée des cons régnera. L'armée des cons est invincible.