lundi 28 janvier 2013

Créateurs de chaos


C’était il y a un mois. C’était un cortège plein de douceur et d’innocence, de candeur et de bienveillance. Un défilé convivial, pétillant d’allégresse, de joie, de tolérance et d’amour. On y parlait égalité, diversité, lutte contre les discriminations, halte à la stigmatisation, mariage pour tous, avancée sociétale, progrès incontestable. C’était la grande parade des belles consciences, des gentils progressistes, des touchants humanistes, des démocrates ardents, des fervents défenseurs de la fraternité et des droits de l’homme. Bachelot la bouffie, en retrouvant son clone idéologique Pierre Bergé, entrouvrait la grosse corolle de chair pâteuse qui lui tient lieu de bouche et excrétait, avec cette voix horripilante d’autosatisfaction dont elle a le secret, un émouvant « Ca fait plaisir que tu sois là ». Puis elle pontifiait, grisée par son héroïsme et l’avalanche de caméras : « Il est bon de se rassembler en dehors des clivages politiques pour une cause juste ». Cette cause juste, de jeunes enfants la défendaient de la façon la plus attendrissante en brandissant de pimpantes pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Bite dans le cul ou pas, on veut l’égalité des droits ». Et Pierre Bergé, qui n’est qu’amour et bienveillance, candeur et tolérance, posait gravement la question suivante : « Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? ». Suite à quoi, pour lever toute ambiguïté sur sa sublime conception de la femme, il s’empressait d’ajouter : « C’est faire un distinguo qui est choquant ».
On allait le dire. Il est en effet hautement choquant de faire un distinguo entre travail manuel et gestation de la vie. On pourrait aussi dire que c’est ringard. Ou obsolète. Ou désuet. Mais surtout révoltant. Puis ajouter que faire une différence entre les gestes superficiels qu’accomplit l’ouvrier et les bouleversements intimes que vit la femme enceinte, c’est soutenir une vision franchement réactionnaire de la femme. Une vision patriarcale, judéo-chrétienne, stéréotypée, qui n’a plus lieu d’être au 21ème siècle, car le monde change, réveillez-vous ! Poursuivre en évoquant les immanquables relents nauséabonds qu’une distinction entre production d’objets et don de la vie ne peut manquer de susciter (sans parler de celle entre objet et enfant, ce dernier n’étant après tout que le résultat d’un banal processus de production nommé grossesse). Et terminer en ricanant de cette conception dépassée de la femme.
Tout cela sans être désapprouvé par la décidément jamais ambiguë ministre du droit des femmes.
Il faut dire qu’elle-même se bat férocement pour ce formidable progrès que représente l’adoption d’un enfant par un couple homosexuel. Il n’y a d’ailleurs qu’à demander leur avis aux pédopsychiatres, remarquablement absents des débats actuels (à part quelques escrocs médiatiques fanatisés jusqu’au trognon et donc d’avance discrédités) : c’est un progrès, et il est formidable.
Mais ne digressons pas davantage ; poursuivons notre descente dans cet émouvant cortège d’esprits ouverts, tolérants, épris de diversité et débordants d’amour pour l’humanité toute entière. Et tendons l’oreille. Ecoutons par exemple Karine, grande démocrate devant l’Eternel, déclarer au Monde que « sur le mariage homo, aucun débat ne devrait avoir lieu. Il aurait dû être automatiquement inclus dans la loi, sans donner la parole à tout le monde, car cela fait piétiner les choses ». Que cette vibrante avocate du pluralisme et de la diversité d’opinions se rassure, nous piétinons pour mieux sauter ; informons-la cependant que le passage en force qu’elle appelle de ses vœux est typique des régimes autoritaires...
De tels discours à haute teneur dictatoriale, on en retrouve un peu partout dans ce cortège, comme par exemple chez Aude et Corinne, mères de deux enfants obtenus par GPA avec donneur anonyme — vous ne voudriez quand même pas qu’elles subissent une grossesse comme de vulgaires mères-porteuses. Après s’être étonnées que des jeunes puissent être contre cette réforme (toujours ce même chantage au ringard, cette certitude indécrottable qui habite les idéologues d’être à l’avant-garde d’un combat grandiose pour un monde meilleur — le vingtième siècle nous a assez montré comment tout ça finit…), ces douces proclament sans vergogne leur désir de voir au plus vite leurs délires anthropologiques transposés en terreurs juridiques. « Les lois, clament-elles, sont souvent en avance sur les mentalités. Elles contribuent à faire bouger les choses. » On ne saurait trop leur donner raison : faire passer, à grands renforts de lois, la propagande d’une minorité pour la norme, criminaliser toute pensée dissidente, menacer de sanctions pénales toute opinion divergente, museler l’expression de toute idée non conforme, c’est instaurer un terrorisme intellectuel qui contribue, en effet, à faire bouger les mentalités. Certains régimes font même ça très bien. On les appelle des totalitarismes.
Pendant ce temps passe une banderole sur laquelle on peut lire l’intelligent slogan « Liberté, égalité, fécondité pour toutes et tous ». Une telle sottise, une telle ânerie utopique, une telle apothéose de la pensée magique et du principe de plaisir est révélateur de l’infantilisme des zélateurs du mariage homosexuel, de leur incapacité d’accepter les limites et les contraintes de la vie réelle, à commencer par la réalité biologique.
De cette haine du réel, de cette frénésie de voir ses caprices triompher de la réalité, on trouve une illustration encore plus flamboyante dans Libération. Ce journal drolatique, grand pourvoyeur de tribunes maboules au soutien de causes justes, publie un texte d’une inconnue nommée Beatriz, philosophe autoproclamée et surtout femme de goût (elle officie dans un musée d’art — pardon, d’Art — contemporain). Cette grande dérangée croit dur comme fer à l’existence d’une « police du genre » dont les méfaits iraient, tenez vous bien, jusqu’à « façonner les corps afin de dessiner des organes sexuels complémentaires ». Mais bien sûr, c’est évident ! S’il existe une complémentarité entre les organes sexuels des hommes et des femmes, c’est à cause de l’odieuse police du genre ! Ces bataillons bien connus d’« hétérocrates » chargés de perpétuer « l’hégémonie hétérosexuelle » ! De propager « l’idéologie de la différence sexuelle » ! Car ce n’est qu’une idéologie, ne l’oubliez pas ! Ce que vous voyez n’existe pas ! La différence des sexes n’est qu’une illusion ! Une construction sociale ! Une norme imposée et puis voilà ! Depuis plusieurs milliers d’années ! Une dégueulasse propagande qui n’a que trop duré ! Et ainsi de suite.
Cette tribune ahurissante, ce tissu de délires paranoïaques et de perles lexicales est tellement excessif qu’on pourrait croire à une farce. Et se contenter d’en rire. Mais une phrase nous en empêche. Dans sa transe d’hystérique, cette givrée en vient en effet à s’indigner de ce que ces salauds d’hétérocrates empêcheraient l’enfant « de faire un usage libre et collectif de son corps, de ses organes et de ses fluides sexuels ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que l’usage collectif du corps d’un enfant ? De ses organes ? Et de ses fluides ? De quoi s’agit-il exactement ? On aimerait bien le savoir. On a en tout cas comme une impression de déjà vu. Comme si ce n’était pas la première fois que les pages de Libération accueillaient des propos pour le moins étranges (on n’ose pas dire « nauséabonds » ; ils ne s’en remettraient pas) sur l’enfant, sur l’impérieuse nécessité de son émancipation, de son affranchissement des conditionnements bourgeois et hétéro-patriarcaux… attendez… Mais oui, souvenez-vous ! C’était à la fin des années 70 ! Vous n’étiez peut-être pas né, mais Libération s’occupait déjà de votre avenir ! Cet ardent défenseur des causes justes et des formidables progrès publiait alors des petites annonces demandant des mineurs de 12 à 18 ans, et assurait la publicité du très juste, très formidable et très progressiste Front de libération des pédophiles ! « Aucun rapport, me direz-vous. Tout ça n’a rien à voir ! » Peut-être. Peut-être pas. Mais nous verrons, n’est-ce pas ? Nous verrons bientôt. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’on retrouve parmi les apôtres du mariage homosexuel nombre de charlatans bien connus et d’apologistes ébouriffés de soi-disant causes justes qui très vite tournèrent au cauchemar : communisme, pédophilie, antiracisme à sens unique, tolérance bidon, printemps de la charia, euro etc. Une telle constance dans l’erreur devrait nous avertir. Nous rendre suspects tous ces prétendus humanistes. Leur extraordinaire don de se planter systématiquement devrait nous dissuader de suivre ces entrepreneurs en désastres.  Nous inciter à aller voir derrière leurs masques. A découvrir la fureur que cachent leurs sourires, le ressentiment que camoufle leur joie factice, le sectarisme que couvre leur tolérance postiche, la violence que dissimule leur pathos.
Mais cette prise de conscience se fera. Elle a commencé. Elle est en cours. Les flics médiatiques et les faussaires de l’Elysée vont avoir du boulot.

lundi 14 janvier 2013

Anthropophobie

Il faut toujours écouter les donneurs de leçons. Attentivement. Religieusement. Les observer calmement exalter l’humanisme, la solidarité, la tolérance, le respect, la gentillesse, l’ouverture d’esprit, l’amour de la diversité, et tout le charabia du philanthrope breveté… Puis, une fois imprégné de cet éloge implicite d’eux-mêmes, aller voir ce qu’ils font. Concrètement. Au-delà des mots. Lister leurs méfaits, recenser leurs destructions, inventorier leurs ravages. Et se demander quand, dans la longue nuisance à laquelle se résume leur vie, ils mettent en pratique leurs magnifiques principes. La réponse vient très vite : jamais. C’est d’ailleurs un signe qui ne trompe pas, un efficace révélateur de crapulerie : lorsque vous entendez quelqu’un faire l’éloge des grandes valeurs, glorifier les droits de l’homme, clamer son amour de l’humanité et multiplier les déclarations d’altruisme et de tolérance, vous pouvez être certain que vous avez affaire à un fumier.
Cette règle se vérifie de manière particulièrement lumineuse avec le débat actuel sur le mariage pour tous. Quoi qu’en disent les médias aveugles, il y a en effet bien plus impressionnant que le cortège des opposants : c’est celui des tartuffes égalitaires, des charlatans de la tolérance, des humanistes postiches, des artistes engagés et autres bouffons philanthropes qui paradent sur les plateaux-télé en s’extasiant de leur ouverture d’esprit et persuadés, en soutenant le mariage homosexuel, de mener le combat héroïque du progressisme radieux contre l’obscurantisme le plus rance. Sauf que leur combat, en l’occurrence, c’est contre l’humanité qu’ils le mènent. Contre l’anthropos. Ces grands novateurs, d’une subtilité d’analyse à toute épreuve, accusent originalement leurs adversaires d’homophobie. Et personne ne pense jamais à leur répondre que la haine qui les ronge, eux, est bien plus grave, bien plus générale, bien plus essentielle que cela : ils sont anthropophobes. En refusant l’évidence de la différence sexuelle, en niant le rôle décisif joué par celle-ci dans le développement psychique et intellectuel de l’enfant, en luttant farouchement contre les déterminants génétiques, biologiques et anthropologiques de l’être humain, c’est à l’essence même de l’Homme qu’ils s’attaquent. Aux racines les plus profondes d’anthropos. Et ils voudraient faire croire qu’ils sont philanthropes. La bonne blague.
Remarquez, par exemple, qu’on n’entend jamais ces grands amoureux du genre humain évoquer ce qui est pourtant le seul enjeu dans cette affaire : le devenir d’un enfant élevé par un couple homosexuel. Personne pour parler des ravages psychiques engendrés par l’impossibilité pour l’enfant d’identifier chez ses parents la différence des sexes. Personne pour parler de l’indifférenciation comme entrave majeure au développement intellectuel. Des dangers inouïs auxquels l’enfance se retrouvera exposée quand cette merveilleuse loi sera passée (car il ne fait aucun doute qu’elle passera, menant ipso facto à l’adoption par les homosexuels), il n’est jamais rien dit. Quand le pitre Peillon semble enfin découvrir la notion d’intérêt de l’enfant, c’est pour s’inquiéter de ce que la terrifiante, l’abominable, la terriblement malsaine Eglise catholique pourrait les « prendre en otage » dans les écoles. Les influencer. Les intimider. Les endoctriner. On pourrait être cruel et faire remarquer à cet exemplaire ministre de l’éducation que l’intérêt de l’enfant ne semblait pas tant le tarauder quand il pesait les bienfaits de la légalisation du cannabis…
Mais soyons indulgent, et encourageons cette providentielle prise de conscience de l’intérêt de l’enfant : en poussant son cervelet dans ses ultimes retranchements, notre humaniste en herbe s’apercevra peut-être que si prise d’otage il y a, elle réside dans la carte blanche donnée aux associations communautaristes pour venir répandre leur catéchisme de timbrés dans les salles de classe. Rappelons en effet que la très toxique et déjà oubliée Najat Vallaud Belkacem, comique troupière au ministère des droits des femmes (l’existence d’un tel ministère mériterait d’ailleurs un ample développement ravageur), expliquait récemment au JDD son plan de lutte contre le sexisme dans les manuels scolaires, d’apprentissage de l’égalité dès la maternelle (grâce à un programme expérimental intitulé « ABCD de l’égalité », comme elle l’expliquait très gravement et donc très comiquement), de déconstruction des stéréotypes et autres âneries pour bobos désœuvrés. Elle déclarait que « les associations sont les mieux placées pour faire ce type de prévention », et qu’en conséquence, « les établissements scolaires doivent leur ouvrir davantage leur portes ». Puis elle concluait autoritairement : « Nous y veillerons ».
Que de réjouissances ! Dès la maternelle, donc, les enfants seront pris en charge par les associations ! D’une neutralité irréprochable, ces associations ! Pas du tout idéologisées, elles ! Hautement représentatives, elles (contrairement à la religion qui a donné naissance à notre civilisation, et qui est aussi la plus pratiquée au monde). Ne développant pas une conception partisane des grands sujets de notre temps, elles. Ne cherchant pas du tout à endoctriner, elles. Ni à influencer. Ni à intimider.
Ce n’est bien sûr pas violer les consciences que de confier l’éducation des enfants à des associations gays et féministes. Ce n’est pas, ça, donner des pouvoirs exorbitants à des minorités fanatisées. Ni contrevenir à l’exigence de neutralité. Ce n’est surtout pas embrigader les enfants, ça. Mais c’est, sans aucun doute, respecter leur liberté de conscience. Il faudrait vraiment être paranoïaque pour parler d’endoctrinement à propos de l’enseignement imposé de la théorie du genre. Et carrément fou pour voir du dressage idéologique dans la bénédiction officielle, par les plus hautes autorités, des délires anthropologiques de quelques désaxés.
On attend en tout cas avec impatience les résultats de l’enseignement de ces nouveaux évangiles anthropophobes. Pour qu’enfin les masques tombent. Pour que la haine de ces prétendus philanthropes éclate au grand jour. Pour que tout le monde comprenne que les discours sirupeux de ces humanistes autoproclamés ne servaient qu’à couvrir le développement d’une barbarie inouïe. Il est hélas à craindre que, pas plus que par le passé, la clairvoyance ne soit au rendez-vous pour tirer les enseignements de cette énième escroquerie.