samedi 2 février 2019

Peine de mort


Chaque année, en France, 500 individus sont accusés de viol. Jugés. Reconnus coupables. Et ne vont pas en prison.
Chaque année, dans le Pays des Droits de l'Homme, 84 000 viols sont commis. 230 par jour. 10 par heure. En France.
Chaque année, en France, 13 % seulement des victimes de viol portent plainte. Et 2 % des violeurs sont condamnés. Parmi eux, donc, 500 ne vont pas en prison. Leur peine est aménagée.

Pourquoi rappeler ces chiffres — ou, plus sûrement, les faire découvrir (nos médias préférant, en termes de condition des femmes, dénoncer la ô combien plus scandaleuse persistance des stéréotypes sexistes dans les catalogues de jouets) ?

Parce que ce laxisme révoltant aurait pu, pour une fois, nous sembler réjouissant. Parce que cette jurisprudence infâme aurait pu, pour une fois, nous sembler adéquate.
Parce que l'indulgence délirante dont bénéficient les auteurs de tournantes aurait pu, appliquée à ces deux policiers, nous sembler raisonnable.

Ces deux policiers qui, eux, n’ont pas traîné de force une adolescente dans un local à poubelles avant de lui briser le nez, de lui casser les côtes, puis d’appeler tous les gadjos de la cité pour la faire tourner pendant sept, huit, dix heures, ravageant ses trois orifices avec une férocité inouïe, et la finissant aux glaviots et à la pisse.

Ces deux policiers qui ont, comme vous et moi, un soir d'ivresse, été attirés par une fille lascive ; l'ont enlacée ; l'ont embrassée ; et, enhardis par sa complicité sensuelle, lui ont proposé d'aller plus loin. Entre trentenaires. Entre adultes. Entre gens expérimentés qui savent bien que quand une rencontre voluptueuse débouche sur une invitation, et sur une acceptation de cette invitation, ce n'est pas pour aller prendre le thé... Que quand un homme et une femme s'invitent et se suivent à trois heures du matin, c'est en général pour faire d'autres choses... Des choses que seuls les jaloux, les hypocrites et les puritains feignent d'ignorer.

La vérité est que ces deux policiers sont vos frères. Votre fils. Votre ami.
La vérité est que ces deux policiers, vous les connaissez.
Ces deux policiers, c'est vous, c'est moi.
Ces deux policiers viennent d'être condamnés à sept ans de prison ferme.

Sept ans ferme, après cinq ans d'une procédure exténuante qui était déjà, par elle-même, un châtiment — si châtiment il devait y avoir... Une procédure qui avait commencé par un non-lieu, et finit par une condamnation à sept ans ferme. Une procédure où l'expertise psychologique de la plaignante avait diagnostiqué une personnalité instable, dotée d'une forte propension à la mythomanie ; une procédure qui conclut que, tout bien considéré, cette femme dit la vérité. Sept ans ferme.

On connaît le sort réservé aux violeurs dans les prisons. Il est atroce. On connaît le sort réservé aux policiers dans les prisons. Il est indicible. Alors des policiers violeurs...

Par leur décision, c'est la peine de mort que les magistrats ont appliquée à ces policiers. Le savaient-ils ? Bien sûr que non. Il est évident que des magistrats, dont le travail consiste à décider s'ils doivent envoyer un accusé en prison, n'ont aucune idée de ce qui se passe en prison. Pas davantage ne savent-ils qu'en prison, les violeurs — les pointeurs, comme on dit là-bas — sont traités avec une cruauté inouïe. Ni que les criminels, qui constituent par définition la majorité de la population pénitentiaire, ne rêvent que de se faire un flic.

C'est donc en toute innocence, sans le moindre atome de malveillance, que ces magistrats ont prononcé à l'encontre de ces policiers une sentence de mort. Et pas une mort pépère...
Une mort précédée de tortures à côté desquelles les supplices du Moyen-Âge sont de douces plaisanteries. Une mort à laquelle ces deux policiers auraient pu échapper, s'ils avaient eu la chance de compter parmi ces 500 condamnés pour viol qui chaque année, après condamnation, ne vont pas en prison.
Mais cette chance, ils ne l'auront pas. La place est déjà prise. Par d'autres violeurs dont la culpabilité, elle, ne fait aucun doute. D'autres violeurs dont l'accusatrice n'était pas une adepte de plans à trois. D'autres violeurs qui n'ont pas échangé de french kiss ardents avec leur victime, ni ne lui ont laissé la liberté de les suivre...

C'est officiel : la peine de mort est rétablie en France. Et dans des modalités bien plus barbares, bien plus impitoyables qu'au Moyen-Âge ; avec des bourreaux bien plus cruels, bien plus vicieux, bien plus dégénérés.

Vous trouverez sans doute ces propos excessifs, donc insignifiants. Vous ne devriez pas. Cette « justice », puisqu'il faut bien se résoudre à appeler les choses par le nom qu'on leur donne, c'est celle de votre pays. C'est celle qui vous jugera si un jour, une fille avec laquelle vous avez couché vous accuse de viol. Ah mais vous, c'est différent ? Vous, vous n'êtes pas un violeur ? Mais ces policiers disent la même chose ! Ces policiers disent comme vous. Vous ne les croyez pas ; pourquoi vous croirait-on ?

Il faut craindre une justice qui condamne à mort 2 policiers pour un viol improuvable, mais laisse chaque année 500 violeurs libres. Il faut craindre une justice qui maintient en détention Christophe Dettinger, père de famille ayant boxé un CRS en armure, casqué, et muni d'une matraque, au motif qu'il présenterait une « personnalité extrêmement inquiétante et dangereuse » mais libère quotidiennement, quelques heures seulement après leur interpellation, des racailles lyncheuses de flics. Il faut craindre une justice à deux vitesses qui, envers certains citoyens, manifeste une rigueur confinant au sadisme et, envers d'autres, un laxisme confinant à la complicité. Il faut craindre une justice aussi partiale, partisane, militante ; il faut craindre une justice aussi haineuse d'une partie du peuple français. C'est la nôtre.


Sources :

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/02/08/01016-20170208ARTFIG00128-une-victime-de-viol-sur-cinq-n-a-jamais-parle-de-son-agression.php

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2019/01/28/01016-20190128ARTFIG00318-viol-au-36-les-temoignages-divergents-d-un-pere-d-un-ex-ami-et-d-une-policiere.php