mardi 27 février 2018

Superstitions












Quand on cesse de croire en Dieu, ce n’est pas pour ne croire en rien, c’est pour croire à n’importe quoi.
G. K. Chesterton


Il y a bien longtemps, les civilisations tenaient les catastrophes naturelles pour des manifestations de la colère des dieux. Les phénomènes climatiques étaient regardés comme des punitions divines contre une humanité qui avait beaucoup péché. Aussi, les hommes multipliaient offrandes et rituels dans l’espoir d’obtenir la clémence céleste.

Dans ces temps reculés, la superstition était la norme. L’obscurantisme régnait. Des grands prêtres, appelés « experts », énonçaient le dogme ; ceux qui le contestaient, ou se permettaient simplement d’adopter une attitude réservée à son égard, étaient désignés à la vindicte populaire. Conspués. Diabolisés.
C’étaient des blasphémateurs : ils ne méritaient aucun respect, ni aucune charité. Et encore moins d’être écoutés : dans les civilisations obscurantistes, c’est un fait bien connu que de la bouche d’un blasphémateur ne peuvent sortir que des sottises et des horreurs ; et que symétriquement, de la bouche du clergé n’émanent que des vérités supérieures et indiscutables.

Dans cette époque d’obscurantisme et de superstition, les plus hautes autorités de la Sainte Eglise écologiste enseignaient que le dieu Climat était fâché contre l’humanité. Et que s’il en allait ainsi, c’était parce que l’humanité avait gravement péché contre Sainte Mère Nature. Le péché de l’humanité, en l’occurrence, s’appelait « pollution » : si le dieu Climat devenait fou, fou de rage, c’était parce que les hommes se rendaient perpétuellement coupables du péché de pollution.

Certains accueillaient cet article de foi avec scepticisme. Ils y objectaient qu’il était pour le moins difficile de saisir l’ensemble des motivations du dieu Climat, et donc présomptueux de prétendre maîtriser le fonctionnement d’une entité aussi complexe…
Mais on sait ce qu’il en va du scepticisme, dans une époque d’obscurantisme. On connaît le sort réservé à ceux qui prônent la prudence et la nuance, dans une civilisation qui ne supporte ni l’incertitude ni la complexité, et ne sent à l’aise qu’avec des croyances irréfutables.
Impossible, dans une civilisation si intensément religieuse, de suggérer que le péché de pollution n’était peut-être pas la seule explication à la fureur du dieu Climat. Impossible, dans une civilisation si peu attachée aux faits et à la raison, de faire entendre qu’à des époques antérieures, pourtant totalement vierges du péché de pollution, le Climat avait déjà manifesté des comportements pour le moins erratiques. Impossible, dans une société possédée par un si furieux besoin de croire, de rappeler que le Climat était sans doute le sujet le plus ardu qu’il eût été donné aux hommes d’étudier ; que dans cette mesure, se prétendre capable d’anticiper l’évolution du Climat relevait soit de l’escroquerie, soit d’un orgueil inouï. Et violait en tout état de cause les principes élémentaires de la démarche scientifique : circonspection, honnêteté, humilité, et donc répugnance à se montrer catégorique sur des sujets dont la complexité nous dépasse. Les voies du Climat sont impénétrables ? Tel n’était pas l’avis de la Sainte Eglise écologiste. Elle, était dans le secret du dieu Climat. Elle, savait. Elle édictait donc le catéchisme de l’Eglise climatique, que les paroisses médiatiques s’empressaient de diffuser dans les bulletins paroissiaux — qu’on appelait alors « journaux » :

  1. L’homme, dans son infinie malfaisance, s’est rendu coupable du péché de pollution.
  2. Le dieu Climat, dans son infinie justice, venge l’offense faite à Sainte Mère Nature en déversant sur les hommes toutes sortes de calamités — tempêtes, typhons, tornades, ouragans et déluges — et, plus terrible encore : en réchauffant la planète de 2°C sur 50 ans.
  3. Pour espérer apaiser la colère des cieux, l’humanité doit ériger sans délai et sans modération des monuments à la gloire du dieu Climat et de Sainte Mère Nature.
C’est ainsi que, sur le modèle de la vente des indulgences que pratiquèrent au XVIème siècle certains prêtres indélicats de l’Eglise catholique, le peuple, en ce début de XXIème siècle, se voyait chaque année soutirer des dizaines de milliards d’euros par les prêtres-experts, en échange de l’espoir du pardon divin. L’argent ainsi récolté n’avait cependant pas la même destination : alors qu’au XVIème siècle, il fut employé pour permettre la construction de la basilique Saint Pierre de Rome — édifice somme toute assez minable —, il servait, en ce début de XXIème siècle, à financer des édifices bien plus somptueux : des totems. Des totems par milliers. Par centaines de milliers. Et bientôt par millions.
Des totems qu’on appelait alors non pas totems, mais éoliennes. Mais des totems quand même. De purs objets de culte. Des totems-éoliennes répandus sur toute la planète pour la plus grande gloire la Sainte Eglise écologiste — et à côté desquels les cathédrales, églises, chapelles et oratoires érigés à travers le monde par l’Eglise catholique étaient, de l’avis général, de piteuses pustules. De majestueux totems pour donner de la visibilité au culte de Mère Nature ; de très gracieux totems pour montrer à Mère Nature que l’humanité avait conscience de Lui avoir fait beaucoup de mal, et qu’elle faisait désormais tout son possible pour se racheter — c’était vraiment le verbe approprié. Ces totems-éoliennes coûtaient en effet extrêmement cher. Incommensurablement plus cher que la basilique Saint Pierre de Rome, contre laquelle Luther n’avait pourtant pas de mots assez durs. Mais il est bien connu que quand on croit, on ne compte pas.

Les prélats de l’Eglise écologiste, devenus soudain extrêmement riches (allez comprendre), martelaient qu’il n’y avait pas d’autre choix, pour conjurer la vengeance du dieu Climat, que de tapisser la Terre de totems-éoliennes. Et ils n’avaient rien à démontrer : leur qualité d’experts valait démonstration. Elle leur conférait une crédibilité suffisante pour que le peuple souscrive sans examen à leurs énoncés : dans les époques religieuses, on ne contredit pas le clergé. Certains clercs, cependant, daignaient enrober l’édification de ces millions de totems de justifications pseudo-scientifiques, pour conférer un vernis de rationalité à un choix qui relevait exclusivement du sacré.
Ainsi, sur injonction des prêtres-experts, les peuples finançaient l’installation de totems-éoliennes pour laver la planète du péché de pollution. Effet collatéral non négligeable, ils embellissaient ainsi Mère Nature, puisque ces éoliennes procédaient d’un sens esthétique très sûr, d’une immense douceur envers la Nature, et d’une infinie délicatesse envers ses paysages. Certains blasphémateurs avaient pourtant l’insolence de critiquer ces objets sacrés, suggérant que leur « laideur » (disaient-ils, ces gens sans goût) ravageait les paysages, défigurait la nature, et entrait donc en contradiction avec la vraie écologie.
Mais qui étaient-ils, ces hérétiques, pour se prétendre les dépositaires de la vraie écologie ? Etaient-ils membres du clergé écologiste ? Etaient-ils experts ? Non. Alors de quoi se mêlaient-ils ? Leur rôle était de réciter les évangiles écologistes ; pas de définir le dogme, encore moins de critiquer les décisions des autorités ecclésiastiques.

Certains infidèles, pourtant, n’hésitaient pas à aggraver leur cas : non contents de souligner le paradoxe de ces éoliennes eco-friendly qui tranchaient les oiseaux et balafraient les paysages, ils mettaient en lumière une autre contradiction, bien plus préoccupante selon eux. Prenant à rebours l’orthodoxie écologiste, ces mécréants prétendaient en effet que les éoliennes, loin de combattre le péché de pollution, l’aggravaient. Que ces objets sacrés, qu’on présentait comme des amis de Mère Nature, étaient dans les faits ses pires ennemis. Ils en voulaient pour preuve que les pays les plus vertueux selon la morale écologiste étaient en réalité les plus polluants…
Et encore ne parlaient-ils pas là de pollution visuelle. Ni des déséquilibres provoqués sur la faune et la flore locales par la présence massive d’éoliennes. Non. Ils parlaient gaz à effets de serre. Taux de CO2 par quantité d’énergie produite. Soit précisément les thèmes qu’invoquait la Sainte Eglise écologiste pour justifier la multiplication débridée de ces totems. Ils faisaient état de ce phénomène, en apparence paradoxal, que le taux de CO2 par quantité d’énergie produite croissait avec le nombre d’éoliennes installées… Ils s’empressaient de vider ce soi-disant paradoxe en en exposant les raisons : la production éolienne étant par nature intermittente, puisque tributaire du vent, il faut, quand le vent ne souffle pas, activer rapidement des moyens de production de substitution, lesquels doivent ensuite pouvoir être désactivés aussi vite. Répondant à ces critères, il y a les barrages — mais la puissance disponible des ouvrages installés, qui exploitaient déjà l’essentiel du potentiel hydraulique, était insuffisante —, et les centrales électriques fonctionnant au gaz, au fioul et au charbon. Toutes énergies davantage noires que vertes…
Pour fonctionner, une éolienne a besoin de charbon. C’est avec ce slogan que les hérétiques tentaient de démonter le mythe de l’éolienne autonome ; et d’imprimer dans les esprits l’image de l’éolienne accompagnée de son inséparable ami : le gros tas de charbon. Avec son noir nuage de pollution. Ces impies, en effet, bien que contestant le credo écologiste, étaient sincèrement attachés à la protection de la planète ; ils considéraient donc comme une urgence d’alerter l’opinion de la catastrophe engendrée par les dogmes de l’Eglise écologiste. Aussi hurlaient-ils — mais dans le désert — que le recours à des combustibles fossiles pour compenser les intermittences de la production éolienne provoquait une inquiétante explosion de la pollution dans les pays les plus respectueux des commandements écologistes…
Mais ni ces faits, ni ces raisonnements n’ébranlaient la foi des éolâtres. Toutes les démonstrations que pouvaient tenter les mécréants étaient vaines. Vouées d’avance à l’échec. Car on n’argumente pas contre des dogmes — ni pour, d’ailleurs... On n’oppose pas de démonstration à des évangiles. On ne conteste pas une foi avec des raisonnements. Face à ce qui relève du sacré, l’attitude dialectique n’est pas seulement inutile : elle est hors-sujet.

Ce rabougrissement sans précédent du champ de la raison et de la controverse argumentée n’était cependant pas unanime. Certains fidèles de l’Eglise écologiste étaient moins sectaires, moins obtus que leur clergé. Soucieux de paraître ouverts et tolérants, ils écoutaient les hérétiques, et allaient même parfois jusqu’à leur répondre. Honnêtes, ils reconnaissaient alors que le bilan des éoliennes était désastreux ; que leur impact écologique était dévastateur, à l’exact opposé des promesses des « experts ».
Mais après cette brève concession à la raison, le dogmatisme reprenait le dessus. Il est en effet structurellement impossible à un esprit superstitieux de mener jusqu’au bout la critique des objets sacrés ; et donc, en l’occurrence, d’admettre que les éoliennes puissent être largement — et avantageusement — dispensables.
Aussi ces éolâtres s’empressaient-ils, après leur très légère atteinte au dogme, d’ajouter que le problème n’était pas qu’il y avait trop d’éoliennes, mais qu’il n’y en avait pas assez ; qu’il suffisait d’en installer beaucoup plus pour que, de nocives pour l’environnement, elles deviennent bienfaisantes.
Ainsi reprenaient-ils mot pour mot la rhétorique de fuite en avant des dévots du communisme, quelques décennies plus tôt (lesquels avaient d’ailleurs également leurs experts officiels, dont un dénommé Lyssenko au bilan également édifiant…). Ces derniers, en effet, s’accordaient également sur le diagnostic de l’échec du communisme — car ils savaient que le contester revenait ipso facto à se discréditer — ; mais de la même manière, ils imputaient cet échec à un manque de communisme. Si le communisme n’avait pas fonctionné, s’il avait provoqué tous ces génocides, ces massacres, ces famines, cette ruine généralisée, c’était parce qu’il n’y en avait pas eu assez. Il eût donc fallu poursuivre et amplifier l’expérience communiste pour une durée indéterminée, sans tenir compte des horreurs qu’elle engendrait, jusqu’à ce que ce que l’utopie se réalise. Discours relevant de la pensée magique, que l’on peut résumer ainsi : en s’obstinant dans l’erreur, on obtient un succès.
Discours procédant également de paresse intellectuelle, et d’une volonté bien compréhensible de protection narcissique : comment, sans perdre la face ni livrer trop d’efforts, faire le deuil d’illusions qui ont si longtemps, si profondément pétri nos cerveaux ? Comment reconnaître qu’on a eu tort, dans une civilisation hyper-narcissique ? Comment accepter de remettre en question le tissu de contrevérités qui a composé notre routine intellectuelle pendant tant d’années ?

Ainsi les éolâtres, refusant de renier leur foi en les saintes éoliennes, soutenaient l’idée qu’en installant des totems-éoliennes partout, il y en aurait toujours un nombre suffisant que le dieu Eole honorerait de son souffle, ce qui finirait par rendre inutile le recours au charbon. Ils ajoutaient que, pour les épisodes de fort vent où la production de ce pullulement d’éoliennes excéderait la demande d’électricité, on pouvait envisager de stocker l’énergie superflue dans des batteries. Les hérétiques leur répondaient, un brin ironiques, que les batteries étaient bien connues pour leurs vertus écologiques de la production au recyclage (sans parler des conflits pour l’accès aux matières rares — donc de plus en plus rares — qui les composent). Quant à l’idée de se passer du charbon en installant des éoliennes sur des étendues de plus en plus vastes, les hérétiques opposaient l’argument — certes affreusement vulgaire et honteusement terre-à-terre — des coûts : coûts d’installation, coûts de maintenance, coûts de renouvellement des éoliennes ; et coût des réseaux électriques à édifier pour raccorder ces éoliennes. Des réseaux renforcés, pour encaisser leurs variations brutales de production ; des réseaux, malgré tout, usés prématurément pour les mêmes raisons.

Alors, les hérétiques osaient la question qui tue : combien d’euros, pour combien d’énergie ? Et pour combien de temps ? Pour quel amortissement ? Oui, quelle est la durée de vie d’une éolienne ? Au bout de combien d’années faut-il remplacer ses roulements, refixer son mât, changer les pales endommagées ? A ce moment, quel est son bilan économique et énergétique ? Combien a-t-elle coûté, et combien a-t-elle produit d’énergie ? Et quid du coût de main d’œuvre, pour entretenir un parc de production disséminé sur des milliers de km2 ?
Mais ces considérations étaient balayées d’un revers de main : les fidèles paieraient. Il suffirait d’augmenter les taxes autant que nécessaire. Par conséquent les ressources étaient illimitées : le financement n’était pas un sujet.

Les hérétiques devaient donc trouver d’autres arguments, pour dénoncer les agissements néfastes de la Sainte Eglise écologiste. Brièvement, l’idée leur traversait l’esprit d’invoquer le respect de l’esthétique des paysages et de l’équilibre des écosystèmes ; mais ils y renonçaient aussi vite, sachant que ces thématiques n’entraient pas dans le champ de l’écologie officielle, telle que définie par les experts de la Sainte Eglise écologiste.

Alors, ils essayaient les chiffres. Et les faits. Les faits chiffrés. Ces naïfs n’avaient pas compris que s’il y a bien une chose à laquelle un esprit religieux est totalement hermétique, ce sont les faits et les chiffres. Pleins d’une candeur touchante, ils se mettaient donc en tête de démontrer, chiffres à l’appui, que comme le communisme, l’éolianisme est une utopie. C’est-à-dire une pure vue de l’esprit qui coûte beaucoup au peuple, rapporte beaucoup à quelques cyniques, et laisse de son passage des cicatrices durables. Pour donner un maximum de poids à leur propos, ils prenaient l’exemple de l’Allemagne, pays le plus dévotement écologiste, vanté par l’Eglise écologiste comme un modèle de sainteté. L’Allemagne, laboratoire de l’écologie certifiée conform(ist)e, avant-garde de l’Avenir radieux dans l’harmonie avec Mère Nature… A ce sujet, les hérétiques tenaient à peu près ce langage :

« Depuis des décennies, le peuple allemand se voit ponctionner des montants faramineux pour subventionner l’installation d’éoliennes et de panneaux solaires. En 2018, ce sont déjà plus de 200 milliards d’euros (et, d’ici 2025, plus de 500 milliards) qui ont été dépensés pour bâtir un monumental outil de production « renouvelable » : 100 GW (gigawatts) de puissance éolienne et solaire. Soit la moitié plus que la puissance du parc nucléaire français — 63 GW.

Tous ces euros, pour combien d’énergie ?

Cette puissance éolienne et solaire colossale — 50 % de la puissance installée en Allemagne — assure… 20 % de la production allemande.
A titre de comparaison, la puissance du parc nucléaire français — 50 % de la puissance installée en France— assure… 70 % de la production française.

Pour le dire avec d’autres chiffres, les 63 GW de puissance du parc nucléaire français produisent chaque année une quantité d’énergie de 380 TWh (térawattheures), pendant que les 100 GW du parc éolien et solaire allemand produisent 145 TWh…

Cette « performance », que la bonne foi oblige à qualifier de piteuse, s’explique par l’intermittence de la production éolienne et solaire : quand le vent ne souffle pas, quand le soleil ne brille pas, ces moyens de production extrêmement coûteux sont comme inexistants. A la différence près qu’ils sont bien visibles… Ce qui, certes, ne peut que ravir les esthètes et autres amoureux des paysages naturels…

Tous ces euros, pour combien de CO2 ?

S’il consomme énormément d’argent pour produire très peu d’énergie, ce modèle « écologique » est en revanche extrêmement efficace pour produire du CO2 — principal gaz à effet de serre. En effet, pour compenser la production intermittente de son parc renouvelable, l’Allemagne recourt massivement aux combustibles fossiles. Gaz, fioul et charbon représentent ainsi plus de la moitié de la production électrique allemande. Le charbon, à lui seul, contribue à hauteur de 37 %… En conséquence, le taux de CO2 par quantité d’énergie produite est en Allemagne l’un des plus calamiteux d’Europe : 450 grammes de CO2 par kWh. Près de quatre fois celui de la France : 120 grammes de CO2 par kWh… Autrement dit, pour produire une même quantité d’électricité, l’Allemagne « écologique » émet quatre fois plus de CO2 que la France. L’Allemagne est ainsi le pays le plus écologique médiatiquement, et l’un des moins écologiques factuellement (ce qui ne surprendra que ceux qui, n’ayant jamais pris de recul critique sur les médias, n’ont toujours pas réalisé que ceux-ci étaient de très performantes boussoles pour indiquer le Sud). Le modèle énergétique de l’Allemagne, référence écologique officielle, présente dans les faits l’un des bilans économiques et écologiques les plus désastreux de la planète. Les choix « écologiques » de l’Allemagne sont un véritable fléau pour l’environnement (et, accessoirement, pour les finances du peuple allemand). »

La plupart des fidèles n’étaient pas du tout décontenancés par ces chiffres. Ce tableau d’un désastre total ne les émouvait pas le moins du monde. Avec cet aplomb caractéristique du vrai croyant, que rien ni personne ne peut faire douter, ils rétorquaient placidement que si le parc éolien et solaire actuel fournissait 20 % de la production, il suffisait de bâtir cinq fois ça pour arriver à 100%. Il suffisait… En suivant cette idée, on parviendrait à une puissance installée de 500 GW, pour 83 millions d’habitants. A titre de comparaison, la puissance installée en France est de 130 GW, pour 67 millions d’habitants… De surcroît, pour acheminer l’énergie d’un parc de production aussi étendu, il faudrait développer de gigantesques réseaux électriques, dont la production et l’installation ne sont pas exactement eco-friendly
Et encore, ce chantier titanesque ne suffirait pas. En effet, les panneaux solaires et les éoliennes sont positionnés en priorité là où l’ensoleillement et le vent sont les plus puissants. Aussi, à mesure qu’on en installe sur le territoire, diminue leur « efficacité », si l’on peut dire… Pour parvenir à 100% de production renouvelable, c’est donc beaucoup plus que cinq fois la puissance actuelle qu’il faudrait installer.
Ainsi, on mobiliserait des financements monumentaux (à renouveler sans doute quelques décennies plus tard, au moins en partie, et auxquels il faut ajouter les frais d’entretien) pour installer dans tout un pays des machines qui fonctionneraient 17 % du temps (moins de 4 heures par jour), et modifieraient radicalement la physionomie des paysages… les dénatureraient, c’est tout à fait le cas de le dire… Il deviendrait en effet abusif, dans un tel pays, de persister à qualifier les paysages de « naturels »… La locution « paysage naturel » finirait donc par disparaître, en même temps que la réalité qu’elle recouvre…Tout cela au nom de l’écologie, de la protection de l’environnement et de l’amour de la nature… Sans parler de la pollution engendrée par l’extraction des terres rares qui composent les aimants des éoliennes. Des terres rares qui, comme leur nom l’indique, verront leur cours augmenter à mesure que le business modèle écologique des éoliennes se développera, faisant s’envoler les coûts d’ores et déjà prohibitifs dudit modèle…

Face à cette nouvelle déferlante de faits et d’arguments, les fidèles de l’Eglise écologiste restaient un peu sonnés. Malgré leur dogmatisme, malgré la puissance de leur foi, ils ne savaient plus trop quoi dire. Ces esprits superstitieux — donc infantiles —, qui avaient depuis des années rompu les amarres avec le principe de réalité pour barboter tranquillement dans le principe de plaisir, vivaient très mal cette incursion du réel dans leurs abstractions idéologiques. L’âpre réel, le vulgaire réel, venait troubler le doux sommeil de leur raison. Comme un invité malpoli qui viendrait perturber l’entre soi bourgeois d’un dîner en ville, en assénant quelques vérités bien saignantes réduisant en miettes leur prêt-à-penser de moutons dominants…
On sait ce qu’il advient, en de telles circonstances, du fauteur de dissonances : il est impitoyablement exclu, et au surplus copieusement insulté. Qu’il ait raison ou tort n’a aucune importance : du moment qu’il empêche le groupe de tourner en rond, il doit être rejeté, et détesté. C’est la loi de la meute. Inclination latente dans tout groupe humain, mais qui s’épanouit sans bride dans les époques de barbarie. Dans les civilisations déshumanisées. Dans ces époques barbares, dans ces civilisations déshumanisées, le consensus remplace l’argumentation : à un individu réputé méprisable, le consensus d’hostilité qui entoure sa personne dispense de répondre. Mieux : il commande de ne pas répondre. Car adopter à son égard une attitude dialectique serait lui concéder une légitimité. Ce serait donc, implicitement, envisager que le groupe puisse avoir tort. Et ce serait, en tout état de cause, perturber les habitudes intellectuelles de ce dernier… remettre en cause son confortable catéchisme… Ce qui n’est évidemment pas envisageable.
Ainsi dans ces époques, les manifestations d‘intolérance, de mépris et de haine à l’endroit de certains individus sont non seulement approuvées, mais encouragées. La meute est incitée à se déchaîner contre ceux qui dérogent au pacte de non-pensée. A déployer la plus grande violence, symbolique ou réelle, contre les insolents qui ont l’audace de faire usage de leur esprit critique (et donc, fatalement, de se retrouver au moins ponctuellement en désaccord avec les idées convenues de la communauté). Les couvrir de glaviots, les lyncher verbalement, voire physiquement, est un gage de prestige social. Bien sûr, il convient en cette matière de ne jamais se rendre sur le terrain des idées ; de ne jamais contester sur le fond l’empêcheur de tourner en rond. Ce serait prendre un risque inutile : pas besoin d’arguments, quand on est du bon côté du consensus. Le consensus vaut tous les arguments. Aussi il suffit et il est même préférable, quand on est du côté de la meute, de répondre à la contradiction par l’insulte.

Par quoi on voit que ces époques sont aussi des époques de haine de l’intelligence. En effet, dans les périodes de l’humanité où prévalent l’intelligence et la raison, nul n’ignore que le recours aux insultes est un aveu d’échec. Qu’on insulte parce qu’on enrage de ne pas avoir d’arguments. Qu’on ne passe aux invectives qu’une fois épuisées les ressources de la culture et du raisonnement (ce qui, chez certains, vient assez vite). Aussi, dans les époques d’intelligence et de raison, celui qui insulte (et non celui qu’on insulte) est disqualifié. Discrédité. Déshonoré. Dans les époques de déshumanisation, ce système de valeurs est retourné : insulter n’est pas honteux, mais glorieux. Ne réfléchir à rien, ne rien savoir, et par conséquent n’avoir que des injures à opposer à la contradiction, est valorisé socialement. Dans ces époques de barbarie, on est fier d’insulter. Celui qui n’argumente pas, et passe son temps à invectiver, est montré en exemple. Ce phénomène est encore amplifié dans les régimes religieux, où tous ceux qui sont identifiés comme blasphémateurs, infidèles, mécréants, peuvent être traités sans la moindre loyauté, ni le moindre respect.

Ainsi les fidèles de l’Eglise écologiste, après avoir joué la tolérance et l’ouverture à la discussion tant qu’ils n’étaient pas en difficulté, revenaient brutalement à leurs réflexes de croyants, dès lors qu’ils étaient acculés par les chiffres des mécréants. A court d’arguments, ils quittaient le terrain des idées, et investissaient celui de l’injure. Et le verdict tombait : « climatosceptique ». Sceptique, c’est-à-dire non-croyant. Ou tout au moins mauvais croyant.
Sceptique, c’est-à-dire mécréant.

Cette destinée du qualificatif « sceptique » est révélatrice de la haine de l’intelligence et du sens critique qui prévalait à cette époque. Elle trahit la nature profondément irrationnelle, que dis-je, anti-rationnelle de l’Occident du XXIème siècle.
Le scepticisme, en effet, est une modalité essentielle de la réflexion et de la connaissance. Il s’oppose à la crédulité, à l’adhésion sans examen (ex-Amen : hors du « Je crois ») aux prétendues « vérités » émanant d’autorités « supérieures ». Aussi, une civilisation favorable à l’intelligence, à la réflexion, à la pensée, ne peut que considérer le scepticisme avec bienveillance ; à l’inverse, les civilisations essentiellement religieuses voient d’un très mauvais œil l’attitude sceptique, l’identifiant à juste titre comme le meilleur moyen de ridiculiser leurs foutaises superstitieuses. Et, partant, de mettre en échec leurs tentatives d’endoctrinement. Voilà pourquoi les civilisations obscurantistes tendent à discréditer le scepticisme, et à promouvoir la crédulité.
« Eurosceptique », « climatosceptique » : il n’est pas difficile de savoir de quel côté penchait la civilisation occidentale, en ce début de XXIème siècle. La charge péjorative que l’Occidental moyen associait spontanément au vocable « sceptique », l’emploi exclusivement dépréciatif qui en était fait dans le débat public, prouvent mieux que toute longue démonstration l’état déplorable dans lequel se trouvaient la raison et l’intelligence, dans cette époque obscurantiste. « Eurosceptiques », « climatosceptiques » : dans une civilisation de raison et de pensée, ces locutions eurent été considérées comme flatteuses, car synonymes de sens critique, d’exigence intellectuelle. Et les eurocrédules, et les climatocrédules, eurent été ridicules. Dans l’Occident du XXIème siècle, où régnait sans partage la superstition, c’étaient les crédules qui tenaient le haut du pavé. C’étaient eux qui avaient le beau rôle. Le prestige. La gloire. Pour être estimé, respecté, intégré socialement, il fallait et il suffisait d’être un bon dévot. De réciter docilement le catéchisme médiatique. La moindre dose de sens critique, en revanche, pouvait être fatale : l’étiquette « sceptique », c’est-à-dire « mécréant », s’abattait sur quiconque articulait l’esquisse d’une question. Le moindre doute émis sur la véracité des évangiles médiatiques, valait à son auteur l’imputation immédiate de « complotisme ». Bref, toute manifestation d’un esprit critique ou d’une démarche intellectuelle individuelle étaient impitoyablement châtiées.
Pour s’agréger harmonieusement au troupeau des fidèles, il fallait croire et répéter. Croire sans comprendre, croire sans savoir. Croire sans chercher à comprendre, croire sans chercher à savoir. Et justifier cette paresse intellectuelle en invoquant l’autorité des prêtres, c’est-à-dire des experts. Ces experts à qui il était consacré un véritable culte (sur le modèle du culte des saints et des prophètes en des temps antérieurs), et envers qui la seule attitude acceptable était la prosternation bien basse et bien rampante.

L’Eglise catholique, à la fin du XIXème siècle, avait proclamé le dogme de l’infaillibilité des papes ; au début du XXIème siècle, l’Eglise écologiste proclamait le dogme de l’infaillibilité des experts. Ceux-ci, pourtant, se trompaient beaucoup plus que ceux-là. Et beaucoup plus souvent. Et beaucoup plus lourdement. Mais le propre d’un dogme est de se trouver hors de portée de la critique ; de ne pas être soumis au verdict des faits.

Cette régression vertigineuse du champ de la raison, et cette expansion corrélative du champ du sacré, de ce qu’il est formellement interdit de soumettre à l’esprit critique, signait l’entrée dans des temps bien sombres. Des temps sans précédent. Après 1 500 ans d’un mariage heureux entre foi et raison, l’Europe devenait le théâtre d’un divorce majeur : la foi se séparait de la raison, et poursuivait sa route seule.
Bien sûr, il ne s’agissait dès lors plus de la même foi, puisque la foi catholique, qui avait façonné l’Europe pendant 1 500 ans, impliquait la raison ; mieux, elle la contenait. En effet, et contrairement aux poncifs diffamatoires répandus sur le catholicisme par la propagande post-révolutionnaire, la raison est une modalité essentielle de la foi catholique. Car sans raison, comment rendre gloire à Dieu ? Comment, sans raison, ériger des cathédrales qui tiennent debout mille ans ? Comment une civilisation méprisant la science peut-elle inventer les arcs-boutants, comment peut-elle édifier la cathédrale de Reims et la Sainte Chapelle de Paris, comment peut-elle bâtir la basilique Saint-Pierre à Rome et la Karlskirche à Vienne ? Comment, sans faire une place éminente à la raison, aux sciences physiques et aux  mathématiques, Brunelleschi aurait-il pu, dès 1420, concevoir la coupole de la cathédrale Santa Maria del Fiore ? La coupole du Duomo, ce prodige d’ingénierie qui restait encore un épais mystère pour les hommes de 2018 ?... Sans recours à la raison, comment des marécages seraient-ils devenus Venise ? Comment, en rejetant la raison, des hommes auraient-ils pu bâtir sur des marais cette constellation féerique d’églises et de peintures ? Et comment, sans raison, maîtriser la chimie des couleurs ? Comment créer des tableaux dont les couleurs persistent pendant cinq-cents, six-cents, sept-cents ans ? Comment, si l’on est dénué de raison, peut-on composer des partitions, des chants, des messes, des Requiem ?

Baudelaire, qui s’y connaissait un peu question création, affirmait que « tout ce qui est grand et noble est le résultat de la raison et du calcul. » Or y a-t-il plus grand et plus noble que l’héritage catholique ? Y a-t-il, sur toute la planète et dans toute l’histoire de l’humanité, plus grand et plus noble que le patrimoine esthétique, artistique, architectural, pictural et musical que nous a légué le catholicisme ? Rome, capitale du catholicisme et de la beauté… Florence. Venise. Vienne. Prague. Ces milliers de villages délicats, harmonieux, enchanteurs, parce que le catholicisme y a laissé sa douce empreinte… Qui peut croire que ces sommets de grâce et de beauté sont les fruits de l’obscurantisme ? Quel individu doué d’un esprit logique peut soutenir que ces splendeurs procèdent de mépris pour l’homme ? Quel être rationnel peut penser que ces créations magistrales ont été possibles sans le recours massif au raisonnement et à la science ?
Bien sûr, le catholicisme est beaucoup plus que cela. La raison et la science, ne sont pas, pour lui, des objets de vénération ; ils ne sont pas des fins en soi : ils sont des moyens. Des moyens au service d’un mystère… au service d’une foi… D’une foi qui, par sa nature, suscite chez l’homme une aspiration à s’élever, à déployer son âme, et à créer de la beauté. Si a contrario le progressisme voue un culte à la raison, c’est parce qu’il n’a rien de plus élevé, rien de plus grand dans quoi investir le besoin de croire inscrit en tout homme. D’où le fait qu’avec le progressisme, les domaines de la foi et de la raison empiètent l’un sur l’autre, jusqu’à parfaitement se confondre… D’où le fait que dans la civilisation « moderne », la superstition parle le langage de la science…
Le catholicisme, lui, donne pleine expansion à la raison, mais l’ordonne à des finalités plus hautes : des finalités qui, par leur nature, échappent à la raison. Car si le catholicisme rend indéniablement hommage à la raison (tout son patrimoine artistique, architectural et philosophique en témoigne de manière éblouissante), il estime également que l’homme ne se limite pas à cette composante ; qu’il porte en lui bien davantage que la seule raison… Que l’homme peut être bien plus grand, qu’il peut aller beaucoup plus haut que là où la simple raison  est capable le mener… Ainsi, dans le catholicisme, la raison s’accomplit en se mettant au service d’un mystère, et de la beauté qu’il recèle.
Foi, raison et beauté : c’est l’autre Trinité du catholicisme. Par conséquent, en Europe, foi et raison n’ont jamais été antagonistes ; plus exactement, elles ne le sont que depuis l’extinction du catholicisme, et le triomphe du Progressisme. Depuis lors les peuples, endoctrinés par l’Eglise progressiste et son catéchisme anticatholique, ont cru devoir dissocier foi et raison. Et ont évidemment choisi la foi. Qu’ils ont immédiatement renommée « raison », pour s’autosuggérer qu’ils incarnaient le sommet de la logique et de la rationalité ; la vérité étant que leur cerveau ne faisait désormais qu’errer d’une superstition à l’autre ; et que jamais, avant eux, la religiosité, l’obscurantisme et la superstition ne s’étaient déployés aussi librement.
Mais cette vérité, en 2018, était indicible, et de toute façon inaudible. Il était en effet, en ces temps religieux, un principe de tartufferie bien connu et abondamment appliqué : exalter avec emphase les valeurs auxquelles on déroge en permanence, est le meilleur moyen d’écarter tout soupçon sur ces dérogations. Ainsi les fascistes d’alors se qualifiaient d’« antifascistes » (et y croyaient) ; les destructeurs de la planète se proclamaient « écologistes » (et y croyaient) ; et certains membres d’ONG « humanitaires », qui prêchaient bruyamment les droits de l’homme, la fraternité, la solidarité, la parité, l’égalité, la tolérance, la dignité intrinsèque à chaque être humain, se comportaient en vérité comme les pires charognes…
De même, si la religion du Progrès ne cessait d’exalter la raison, c’était pour mieux cacher qu’elle avait rompu tout contact avec elle.

Car on aura beau tenter d’ensevelir le catholicisme sous un torrent de stéréotypes odieux, d’énormités historiques et de clichés dépréciatifs : la vérité est que le catholicisme est incommensurablement plus rationnel que le progressisme. Il fait une place bien plus grande à la réflexion, à la pensée, à l’intelligence. Essayez donc, aujourd’hui, de trouver des individus capable de construire un édifice aussi raffiné qu’une cathédrale, et de le faire tenir mille ans… et, surtout, de lui insuffler une âme… Essayez donc, aujourd’hui, de trouver un esprit capable de composer un tableau digne de Rubens… ou une messe digne de Mozart… Essayez donc de trouver un artiste dont les œuvres seront encore admirées dans trois, quatre, dix siècles…

La vérité est que si le catholicisme avait été aussi obscurantiste que le progressisme, il aurait construit des éoliennes jetables et des iPhone à obsolescence programmée, pas des cathédrales millénaires. Si le catholicisme avait été aussi médiocre que le progressisme, il aurait produit et mis à son service des technocrates illettrés, des experts nullissimes, des secrétaires d’Etat insipides et des ministres stériles ; pas des individus nommés Mozart, Rubens, Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci, Le Titien, Le Tintoret, Brunelleschi, Ghiberti, Fra Angelico, Lippi, Botticelli, Le Pérugin, Le Corrège, Le Bernin, von Erlach, et encore bien d’autres génies… Si le catholicisme avait été aussi recroquevillé, aussi peu porté vers les sommets que le progressisme, il aurait engendré Juncker et Macron ; pas Jules II et Raphaël. Si le catholicisme avait autant méprisé l’homme que le progressisme, s’il l’avait voulu aussi rabougri et aussi vulgaire, il lui aurait offert des hochets narcissiques du type Facebook et Instagram ; pas les plus grands chefs-d’œuvre de la musique, de la peinture et de l’architecture. Si le catholicisme avait voué à l’humanité autant de haine que le progressisme, il aurait ravagé sa planète à grands coups d’éoliennes hideuses, de tours aseptisées, de centres commerciaux infâmes et de villes durables qui tombent en ruines en un temps record ; il ne l’aurait pas délicatement embellie de chapelles, d’églises, de cathédrales, de tableaux somptueux et de villes enchanteresses.

On juge l’arbre à ses fruits. On juge une civilisation à ce qu’elle produit. Rend-elle l’homme plus humain, ou plus barbare ? Le rend-elle, pour reprendre les mots de Baudelaire, plus grand et plus noble, ou plus petit, plus mesquin ? Fait-elle de l’homme un individu délicat, élevé, vertical, ou une créature de troupeau vautrée dans la médiocrité, la bêtise et l’autosatisfaction ? Incite-t-elle l’homme à multiplier les témoignages de sa dignité, ou ceux de sa bassesse ?
Oui, tout bien considéré, quel est son bilan ? Splendeurs ou horreurs ? Fait-elle du monde en endroit plus habitable, ou plus atroce ? Plus respirable, ou plus asphyxiant ? Y ajoute-t-elle de la beauté, ou de la laideur ? Au-delà de ses déclarations d’intention, à quel type de vie — ou d’existence… — invite-t-elle l’humanité ? Quel accomplissement lui propose-t-elle ? Abolit-elle l’âme humaine, ou l’amplifie-t-elle ?

C’est en répondant à ces questions que l’on peut discerner les principes fondamentaux d’une civilisation. Distinguer l’idée qu’elle se fait de l’homme… Découvrir si ce qui l’irrigue est essentiellement l’amour, ou la haine de l’homme… Et, partant, identifier à quel dieu elle a prêté allégeance…

Avec quelques décennies de recul, il est évident que la civilisation dite « moderne » suintait la haine de l’homme et de la Création. Et débordait de son corollaire : le mensonge. Elle glorifiait la raison, mais proscrivait l’esprit critique. Elle vénérait la logique, mais détruisait les capacités de raisonnement. Elle encensait le savoir, mais n’engendrait que des incultes. Elle célébrait l’individu, mais transformait l’humanité en un troupeau indifférencié. Elle exaltait la liberté, mais faisait de l’homme un esclave. Esclave de son crétinisme, de son ignorance, et surtout de son égocentrisme inouï.
Quant à son héritage esthétique, il n’en restait heureusement pas grand chose. Comme il arrive souvent aux œuvres des esprits médiocres et étriqués, la plupart de ses productions architecturales avaient disparu. Dans celles qui restaient, la sécheresse, la stérilité, l’atonie de l’humanité d’alors se faisaient nettement sentir. Il était clair que cette humanité n’était animée d’aucune transcendance, et donc d’aucune aspiration à s’élever ni à créer de la beauté. Cette atrophie du sens du Beau, qui tournait souvent au culte de la laideur, était particulièrement perceptible dans les traces laissées par le fanatisme écologiste. Ce fanatisme écologiste qui, au début du XXIème siècle, avait déchaîné une violence sans précédent contre la nature… Devant l’évidence du désastre, même les plus enragés avaient fini par abandonner l’utopie écologiste. Mais si le martyre de la nature était fini, ses stigmates persistaient : quand on sortait des villes pour parcourir ce qui, jusqu’au XXème siècle, s’appelait « nature », l’œil était sans cesse perturbé par la présence d’objets disgracieux. Parfois épars, souvent pullulants. Tout au long de la route, les scènes de désolation se succédaient : ici, dépassant des herbes folles, des mâts d’éoliennes droits comme des « i » ; là des mâts couchés, enchevêtrés par centaines, comme si une immense bataille d’éoliennes avait fait rage… Là encore, des fragments de pales émergeant de la boue. Et puis plus loin, jusqu’à l’horizon, d’immenses marées noires de panneaux solaires. Des panneaux solaires abandonnés, inutiles, absurdes, mais que personne n’avait eu le courage de retirer. Des panneaux crevés, empoussiérés, hideux, à perte de vue. Comme un gigantesque épandage de sacs poubelles. Les hommes du XXIème siècle avaient transformé la Terre en décharge. Au nom de l’écologie. Au nom de l’écologie, ils avaient violenté la nature comme aucune civilisation avant eux. Ils l’avaient outragée, violée, saccagée, irrémédiablement défigurée. Tout en prétendant n’avoir à cœur que de l’aimer, la défendre, la préserver.
Dans cette civilisation, la destruction parlait le langage de la protection. La haine parlait le langage de l’amour. Et les créateurs d’enfer promettaient le paradis.
Comment Baudelaire nommait-il le diable, au fait ? Ah oui : le prince des contrefaçons.

Paris, 27 février 2316.

8 commentaires:

  1. Et une excellente chronique de plus. Merci ! Vous devriez les rassembler en volume.

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  2. Tout ce que je pense des soi-disant écologistes qui nous bassinent à longueur d'année, vous le démontrez avec éclat, merci.

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  3. Hauteur de vue, hardiesse à penser à contre-courant (pléonasme: on ne peut aujourd'hui, si l'on pense, que penser à contre-courant), prose sereine et souveraine... Merci !

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  4. Bravo! Absolument magistral. Comme toujours.

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  5. Bien que la démonstration scientifique ne soit pas présente alors qu'elle existe ce long texte à l'avantage d'être convainquant en mettant les rieurs de son côté.

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  6. Bravo ! Chronique intelligente écrite avec passion et énergie . Une fête !

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  7. Bravo! Chronique écrite avec passion et énergie . Une fête !

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  8. La religion a ses mystères, et le plus grand des mystères de la religion écolo est celui-ci : comment des partis qui, à eux tous, n’atteignent pas les 5% de suffrages, obtiennent-ils un tel pouvoir, pour parvenir finalement à un tel degré de nuisance ?

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