mercredi 5 avril 2017

Contre-Réforme

« J'ai la conviction que nous pouvons ramener la France au plein-emploi.
Pour cela, nous devons diminuer le coût du travail, simplifier et alléger notre droit du travail. » 
François Fillon

« La folie consiste à faire encore et toujours la même chose
en s’attendant à des résultats différents. »
Albert Einstein


Il faut faire des réformes. Et encore des réformes. Et puis d’autres réformes. Assouplir les conditions d’embauche et de licenciement. Aller vers une plus grande flexibilité de l’emploi.

Ainsi parlent nos bons maîtres. Nos spécialistes. Nos experts.

Vous savez, tous ces sachants qui nous annonçaient le plein-emploi par l’euro et l’apocalypse en cas de Brexit. Tous ces petits marquis nous expliquant le plus sérieusement du monde que si en moins de trois décennies l’œuvre industrielle de De Gaulle et Pompidou a été détruite, si nos industries textiles, sidérurgiques, automobiles se sont évaporées, si le chômage n’a jamais cessé d’augmenter, c’est simplement parce que nous n’avons pas fait assez de réformes. Que notre Code du travail est trop protecteur. Que nous ne sommes pas assez souples. Pas assez flexibles. Bref, que les Français sont de grosses feignasses.

Si nos experts étaient lettrés, ils paraphraseraient Oscar Wilde et nous diraient qu’« en France, rien n’est impossible, sauf les réformes ». Cela donnerait un peu de finesse à leurs énormités.
Car nos experts, tous experts qu’ils sont, ne profèrent que des énormités. Tout intelligents et diplômés qu’ils se présentent, il y a bien longtemps que ces parangons de sérieux ont quitté les rivages du principe de réalité pour barboter dans le principe de plaisir et la pensée magique.
On peut en effet être très intelligent, et gouverné par un psychisme infantile. C’est leur cas. Considérons par exemple Pierre Gattaz et son pin’s anticrise. Non, ça ne vous rappelle rien ? C’était en 2013. Le gros poupon postillonnant Pierre Gattaz, membre éminent du clergé ultralibéral, nous promettait qu’en échange d’une baisse des charges aux entreprises, il créerait un million d’emplois. La preuve ? Il portait un pin’s « 1 million d’emplois ». Sacré argument. Puissante démonstration. Rationnelle, carrée, cartésienne et tout et tout. En tout cas, il fallait le croire : grâce à ce super pin’s magique, l’emploi allait réapparaître. Abracadabra ! On allait voir ce qu’on allait voir.

Eh bien on a vu. Ou plutôt, on n’a rien vu. Enfin si, on a vu les charges baisser, et le chômage augmenter. On a vu que malgré la baisse des charges, malgré l’assouplissement des conditions d’embauche (85% des contrats signés en 2016 étaient des CDD), malgré la mise en œuvre de l’enchanteresse flexi-sécurité (ne riez pas), le chômage continuait sa course folle, battait tous les records, crevait tous les plafonds. 6,5 millions de chômeurs en 2017… Manifestement, il ne suffit pas de porter un pin’s antichômage — aussi élégant soit-il — pour créer de l’emploi. Ni d’inventer des néologismes oxymoriques du type « flexi-sécurité ». Ni de hurler « 1 million d’emplois ! ». Ni aucune autre formule magique.
La prochaine fois, gaga Gattaz pourra nous faire la danse de l’emploi, comme d’autres font la danse de la pluie, cela ne fera pas davantage revenir l’emploi, comme il dit de manière très révélatrice…
Car nos experts vont devoir s’y faire : l’emploi n’est pas un dieu vengeur auquel il faudrait offrir des sacrifices toujours plus cruels pour qu’Il « revienne ». C’est terrible pour eux, mais l’économie relève davantage des mathématiques que de la mystique. En conséquence de quoi le grand bébé Gattaz et ses camarades de nursery Macron et Fillon seraient bien inspirés, plutôt que de s’enivrer d’incantations aussi ridicules que leur bilan, d’essayer de résoudre ce problème de maths de niveau CP : « Si le coût d’un ouvrier français est cinq fois supérieur à celui d’un ouvrier bulgare, la baisse des charges suffira-t-elle à aligner le coût du Français sur celui du Bulgare ? ». Ils comprendraient alors qu’aucune baisse des charges — pas même leur annulation — n’est susceptible de nous rendre aussi compétitifs que des Bulgares ou des Chinois. Que si nous souhaitons rivaliser avec des travailleurs payés trois à dix fois moins cher que nous, il faut aller beaucoup plus loin que de baisser les charges : il faut démanteler le Code du travail, abroger la durée légale du travail, précariser les contrats, abandonner toute protection sociale, renoncer à toute norme sanitaire et piétiner toute contrainte environnementale.
Et encore, il est à craindre que ce chemin du nivellement par le bas soit sans fruit, et sans fin : car il y aura toujours un pays moins cher où délocaliser. La Pologne l’expérimente actuellement, qui avait fait de gros efforts pour séduire les vautours de l’ultralibéralisme mais, aujourd’hui, se voit à son tour délaissée pour d’autres pays encore moins chers…

Concurrencer des esclaves : voilà le but qu’ont fixé à l’Europe occidentale les fanatiques de la concurrence libre et non faussée qui ont pris les commandes il y a trente ans. But poursuivi par toute la classe experto-médiatico-politique depuis le virage libéral de Mitterrand (1983) et l’Acte unique de Jacques Delors (1986). Avec le bilan catastrophique qu’il faut vraiment avoir les yeux remplis des Echos ou de Challenges pour ne pas voir…

Mais ce bilan ne gêne pas du tout nos experts. Pas davantage qu’il ne les incite à la remise en question. Ni à la modestie. Au contraire, ils en sont très fiers. Avoir détruit en un temps record le chef-d’œuvre industriel de De Gaulle n’empêche pas ces piteux de se croire très compétents. Invariablement épatés d’eux-mêmes, et souverainement indifférents au désastre qu’ils ont occasionné, ils continuent à s’admirer, à plastronner, à pontifier, à donner des leçons d’économie à la terre entière. En prenant soin, évidemment, de ne jamais aborder les vrais enjeux : en obnubilant l’opinion sur des considérations exclusivement microéconomiques — droit du travail, fiscalité —, ces Lyssenko de l’économie organisent la méconnaissance des causes essentielles de la débâcle économique que nous vivons depuis trente ans.
Leur formidable travail de diversion sert d’une part à les exonérer de leur immense responsabilité dans la ruine de la France, d’autre part à occulter cette réalité capitale et extrêmement dérangeante pour eux : l’hyper-chômage et l’hyper-fiscalité sont les conséquences de leur libre-échange sans frontières. En mettant en concurrence libre et non faussée des Français avec des Chinois travaillant 80 heures par semaine pour 80 euros par mois, le libre-échange sans frontières provoque des délocalisations massives, qui elles-mêmes engendrent un chômage massif, dont le financement nécessite des prélèvements sociaux toujours plus massifs, et un endettement massif.

6,5 millions de chômeurs ; 2 000 milliards d’euros de dette ; une pression fiscale asphyxiante : faute d’avoir eu la poigne d’un de Gaulle pour nous opposer au démantèlement de nos barrières douanières, la richesse que nous ne produisons plus — et le manque à gagner fiscal résultant —, nous les compensons par des ponctions confiscatoires sur les travailleurs restants, et par de la dette.

C’est désormais l’Etat (donc les contribuables, particuliers et entreprises, via les impôts et… les charges) qui supporte le coût du libre-échange sans frontières ; à l’inverse, les multinationales qui ont mis en place ce système infect engrangent des profits colossaux, puisqu’elles produisent à bas coûts, et revendent dans des pays où les prestations de chômage maintiennent un relatif pouvoir d’achat.

Privatisation des profits, étatisation des pertes : c’est cette répartition des rôles qui explique que la pression fiscale et les dettes des Etats atteignent des sommets inconcevables il y a encore vingt ans, comme le fait la concentration des richesses.

Exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs : voilà en quoi consiste la merveilleuse concurrence libre et non faussée. Voilà le modèle économique répugnant auquel est acquise la quasi-totalité de la classe experto-médiatico-baratino-politique. Dans ce modèle, la seule façon d’enrayer la progression du chômage est de nous aligner sur le moins-disant mondial : il faut bien comprendre que tant que nous poursuivrons cet objectif vain, nous ne pourrons espérer recréer des emplois solides et durables. Au contraire, nous continuerons de voir fuir l’emploi à l’étranger, de nous infliger des réformes aussi cruelles qu’inutiles, et de nous enfoncer dans l’austérité.
Réforme… austérité… Baudelaire aurait sûrement trouvé que tout cela « pue le protestantisme » ; et il aurait eu raison, comme toujours. Il faudrait en effet un long développement pour exhumer le substrat protestant de cette affaire de concurrence libre et non faussée… De cet idéal de réduction au plus petit dénominateur commun… de ce goût pour la souffrance inutile… absurde… et perpétuelle…

Il est temps de briser cette spirale infernale du nivellement par le bas. Il est temps de réaffirmer la dignité de l’homme, qui n’est pas voué à être un esclave ou un chômeur. La mondialisation sauvage doit enfin être civilisée par le protectionnisme. Le pragmatisme le réclame ; l’humanisme l’exige. Donald Trump et Theresa May ont ouvert la voie ; Marine Le Pen pourrait bientôt être la prochaine actrice de ce mouvement historique. Dans le cas contraire, vous reprendrez bien un peu de réformes ?

2 commentaires:

  1. Très bien vu. Merci pour ce billet.

    Mais Marine Le Pen pense-t-elle vraiment ce qu'elle dit sur le protectionnisme et le rôle de l'état (quand on voit ce qu'affichait son père)? Ou parle-t-elle seulement à une partie de la population (un bon tiers) se sentant abandonnée ?

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  2. Les réformes c'était il y a 45 ans qu'il fallait les faire,il y a 45 ans je reviens du cm2 et sur mon chemin je vois ce maghrébin,il fait un travail que l autochtone ne veut pas faire car il est dur pour le smic qu'il rapporte,l autochtone le ferait s'il pouvait bénéficier du salaire complet que propose Georges Lane,celui ci revient a supprimer la fonction monopolistique de la SS,merveilleuse idée jamais mis en place.
    Lane ( et autres semblables libéraux ) ne dissèque pas mais que moi je peux décrire bien mieux,est les méfaits considérables que la SS va provoquer sur la volonté de l ouvrier employé peu importe,j'ai parcouru plusieurs boutiques et je peux vous detailler comment l ouvrier devient aveulit devant la tâche du travail a accomplir,un certain pourcentage de ces aveulits cela dit.
    L aveulit aura approbation du médecin complaisant cela va sans dire mais mieux en le disant.Santé de l aveulit sera impacté euuh ah non vous aimez pas cet adjectif :-) il sera diminué alors,santé devenant chetive.
    Une large fange euuh frange de la petite classe sociale manouvriere est ainsi devenue,aveulit devant le boulot manuel qui paie pas assez.Je passe a propos de ceux qui optent par connerie incommensurable de se trouver hypocondriaque a vie,je connais un cas personnellement,il allait a la même école que moi,actuellement il se vend chez les routiers...un déchet,une bouche inutile.
    Ces résidu,la SS va en produire des monceaux,le sang du peuple s'en trouve fortement infecté,pour redonner vigueur a un peuple rien de tel qu'une saignée écrira Mirbeau,a défaut de coup de lancette ( écoutez sur litteratureaudio Aurelien Scholl parler de la lancette,dans Un cas de névrose,nouvelle qui me parait allé dans le sens de Bloy et de La médecine est un sacerdoce...ça_sert_d_os a rogner ? Il en faut bien un paraît-il) comme palliatif a la saignée donc,ben un autre sang venu d autre continent fera la substitution,voilà ou on en est.
    Ne suis-je pas un peu feignasse? : obligé de me mettre en arrêt maladie deux mois pour éviter de perdre mon emploi de chauffeur routier,sur recommandation de mon responsable,car je suis orgueilleux,suite a un malheureux moyen excès de vitesse ceci dit,jamais en arrêt depuis 15 ans cet emploi.
    Y compris dans mon actuel emploi mais les autres passé,je vous nomme de nombreux et nombreuses bobolâtres que je côtoie,adeptes de l arrêt maladie factice vous aurez compris.Et la complaisance,au plus pur sens du mot,des medecins...lamentable je ne vois que ce mot.
    Ouvriers aveulits,lourd populo domestiqué..ça a 130 ans environ cette phrase,mais ca tient encore,encore.
    UnLorrain.

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