samedi 26 mars 2016

Angélisme et barbarie



« Qui veut faire l'ange fait la bête. »
Pascal


« Toutes les guerres depuis le Déluge ont eu pour musique l'Optimisme... Tous les assassins voient l'avenir en rose, ça fait partie du métier. »
Céline

L’utopie multiculturelle s’effondre.

Quarante ans d’angélisme, d’aveuglement et de déni nous explosent en pleine face.

Quarante longues années d’une immigration massive, donc non assimilée, ont enfanté ces poudrières islamistes qui, partout en Europe, sont maintenant mûres pour la grande offensive.

Quarante ans de manipulation, de propagande, de terreur idéologique ont permis d’occulter ce cauchemar qui, lentement, s’échafaudait.

Quarante ans de sommeil de la raison ont engendré le monstre dont nous faisons aujourd’hui la connaissance.

Il faut maintenant, et de toute urgence, envoyer foutre les utopistes à la bouche en sucre et les fanatiques du déni : ils sont les fauteurs de guerre. Ce sont eux qui, par leurs chantages à la tolérance et à la diversité, ont interdit tout discours critique sur l’immigration massive et son corollaire : le défaut d’assimilation. Suivi du repli identitaire. Puis de Molenbeek. Puis de Sevran, Trappes, Les Mureaux, Marseille, Le Mirail, Roubaix, Vénissieux. Puis du Bataclan. Et de tous les carnages à venir.

Ce sont eux qui, en traitant de raciste toute personne déplorant la fragmentation communautariste des pays d’Europe (singulièrement de la France, du Royaume-Uni et de la Belgique), ont pendant trente ans rendu impossible tout examen serein des formidables mutations à l’œuvre dans les « zones de non droit ».

Ce sont eux qui, en fascisant toute inquiétude relative à l’islamisation des « territoires perdus », ont tétanisé les esprits, et sclérosé le débat pourtant vital — c’est désormais tout à fait le cas de le dire — qui aurait dû avoir lieu sur la pertinence d’importer en masse, sans volonté d’assimilation, des populations d’une aire culturelle que tout sépare de l’Occident.

Ce sont ces aveugles qui, en criminalisant les clairvoyants, nous ont empêché de réagir quand il était encore temps.

C’est leur terrorisme intellectuel qui a engendré le terrorisme. Ce terrorisme qui, cette semaine encore, a emporté plusieurs dizaines de malheureux, mutilé des centaines d’autres, et traumatisé des milliers d’autres. D’un terrorisme l’autre… de l’utopie à la barbarie… Le relais est passé… Harmonie parfaite...  Obscure solidarité…

Les fanatiques du multiculturalisme doivent désormais se taire. Et à plus forte raison, cesser d’intimider ceux qui ouvrent les yeux. Car ce sont eux qui devraient raser les murs. Ce sont eux qui devraient demander pardon.
Bien sûr, ils ne se tairont pas. Encore moins raseront-ils les murs. Leur indécence est sans limite. Leur aplomb est à la mesure de leur inhumanité. Leur utopie a accouché de l’enfer ? Leur angélisme a enfanté la barbarie ? Peu leur importe : ils continuent, imperturbables, à réciter fièrement leurs évangiles multiculturels, dégoulinants de bonne conscience, persuadés d’être de grands humanistes. Comme sous hypnose, souverainement indifférents au réel, ils redoublent d’aveuglement, cet aveuglement qui nous a menés à la catastrophe. Cela dit, et aussi odieuse soit-elle, leur réaction est banale : elle est celle de tout idéologue devant son utopie qui s’effondre. Celle de tout fanatique confronté au réel. Déni, puis surenchère de dogmatisme ; exhortation à intensifier ce qui, précisément, a provoqué le désastre (sur le modèle indépassable des dévots du communisme). De plus en plus féroce et ridicule à mesure que le réel enterre leurs illusions.

Entièrement gouvernés par le principe de plaisir, ces êtres infantiles — donc monstrueux — ne sortent pas de la pensée magique. De l’univers des contes de fées. La dimension rationnelle d’un événement leur est étrangère ; la recherche des causes ne les intéresse pas. Il n’y a qu’à les écouter : pour eux, le terrorisme n’a pas de religion. Ni même de motivation. Le terrorisme n’est pas un mode opératoire au service d’une cause. Non. C’est une créature autonome, malfaisante et arbitraire qui frappe au hasard, comme ça, par pure méchanceté.
Une fatalité sans causalité.
Ce n’est donc pas l’islamisme qui a frappé cette semaine : c’est le terrorisme. Et puis d’ailleurs non, ce n’est même pas vraiment le terrorisme : ce sont des bombes. Des bombes autonomes, des méchantes bombes sans pensée sous-jacente. Sans intention. Sans histoire. Sans projet. Des bombes de dessin animé.

Cette indifférence de fer au réel n’est pas la seule expression du psychisme infantile de l’Occidental contemporain. Il se révèle également dans son incapacité à concevoir l’altérité. Comme celui du bébé, en effet, l’univers psychique de l’anthropoïde contemporain est exclusivement narcissique et exhibitionniste.
Ainsi, sa première réaction à un attentat n’est  pas la sidération, ni la douleur ou la colère, encore moins la compassion (le bébé est incapable de compassion) ; c’est de chercher sans délai le tweet qui fera mouche, celui qui montrera à quel point il est créatif, original, atypique et décalé.
Mardi matin, dix minutes après que des bombes aient explosé dans l’aéroport de Bruxelles, emportant vingt personnes et mutilant des centaines d’autres, on pouvait lire sur les hideux réseaux sociaux, ces accablants miroirs de l’ « humanité » contemporaine : « Parce que ces barbares n’auront jamais notre esprit surréaliste, inondons nos réseaux de frites ! ».
Cette phrase suffit. Elle condense tout. Toute la laideur, tout le grotesque, toute la bêtise, tout l’angélisme, toute l’indécence, toute la barbarie de l’humanité contemporaine s’y récapitulent. Dix minutes après un carnage apocalyptique, le bipède contemporain est déjà retourné à ses pitreries narcissiques routinières.
« Inondons nos réseaux de frites ! » (notez bien l'immonde point d'exclamation, guilleret et enthousiaste) : voilà donc son hommage aux victimes. Poignant. On l’imagine, frétillant derrière son écran, tout épaté de lui-même, tout ébouriffé de son exquise créativité. Tout pantelant d’ivresse narcissique. Et pendant que les victimes agonisent, que les secours, dans la fumée et les gémissements, découvrent le carnage, il guette fiévreusement les like et les retweets. Cent cinquante, déjà. La journée va être bonne.

Vous me direz, cet artiste twitteur a quelque raison d’être satisfait : sa création d’impuissant vaut toujours mieux que les « Je suis belge », « Je suis Bruxelles » et tous ces slogans relevant de la compassion totalitaire. Ces chefs-d’œuvre de pathos, en effet, ne sont pas des mots d’amour : ce sont des mots d’ordre. Quand des millions de clones au garde à vous expriment leur soi-disant compassion en reprenant le même hashtag égocentrique (« Je suis… »), il est évident qu’il ne se trouve pas un atome de compassion là dedans.
L’indifférenciation des comportements est arrivée à son terme. Même notre compassion est standardisée. Notre capacité à souffrir pour autrui, qui relevait de la vie intérieure la plus intime, est collectivisée. Uniformisée. Formatée. Nous n’avons plus à offrir que du prêt-à-compatir.

Mais revenons à notre cyber-conard et à ses cornets de frites anti-Daech. Ce tweet, s’il est bien sûr d’une indécence à vomir, et d’une sottise plus écœurante encore, a une valeur inestimable. Car il nous en dit plus sur l’humanité contemporaine que n’importe quel baratin de sociologue ou de psychologue. Ce tweet résume notre époque. Sa vulgarité. Sa sottise satisfaite. Son narcissisme illimité. Sa haine du réel. Son refus du tragique de l’existence. Mieux que tout, ce tweet révèle que notre époque est celle où règnent sans partage le principe de plaisir et la pensée magique. Mieux que tout, ce tweet révèle que notre époque est celle de l’enfance au pouvoir.

Des cornets de frites contre des bombes. Que dis-je, des cyber-cornets de frites contre des bombes. Des cornets de frites en pixels pour anéantir les djihadistes. Ces derniers doivent être terrifiés. Réaliser avec effroi que leur ennemi est plus coriace qu’ils ne le pensaient. Etre épatés par tant de lucidité et, plus encore, de courage. Et, enfin, se mettre à respecter notre grandiose civilisation…
Même dans les dessins animés, les personnages sont moins naïfs : ils neutralisent leurs ennemis en leur lançant des peaux de bananes, mais des vraies. Pas des peaux de bananes de réseaux sociaux. Dans aucun cartoon on n’a vu Jerry se connecter à son compte twitter pour envoyer une peau de banane numérique à Tom. Non. Tom et Jerry vivent dans un monde moins virtuel que celui de l’humanoïde contemporain.

Ces cornets de frites sont une névrose. La manifestation d’un refus pathologique du réel, d’un attachement éperdu à l’univers de conte de fées dans lequel l’Occidental évolue depuis trente ans. Bébé ne veut pas dire adieu à ses illusions pour entrer dans le vaste monde. Alors, à mesure que le bruit et la fureur du réel se rapprochent, il redouble d’incantations, de formules superstitieuses, de hurlements de plus en plus idiots pour ne pas voir que ses dogmes, un à un, volent en éclats. Aucune falsification, aucun sophisme, aucun baratin, aucun bafouillage tortueux ne sera trop ridicule pour éviter de voir la réalité en face. Sauf que cette fois, le ridicule tuera peut-être…

Quant aux djihadistes, ils ne sont évidemment pas moins grotesques que les gros bébés occidentaux. Ils se croient les ennemis d’un monde dont ils sont avant tout les produits. Les crétins sanguinaires du Bataclan et de Bruxelles sont nés en Occident. Ils sont pétris de ses « valeurs », même malgré eux. Leur fantasme d’unification islamique du monde est aussi puéril que notre utopie multiculturelle. Leurs foutaises oummanitaires sont aussi hors sol que nos fadaises humanitaires. Elles relèvent du même déni des réalités. Ces djihadistes sont des gros bébés, comme nous.
Le combat qui s’annonce, qui a commencé, est donc un combat de nains. Un combat horrible, certes, mais un combat ridicule. Aussi atroce que dérisoire.

Enfants contre enfants. Barbares contre barbares.

7 commentaires:

  1. Le souci est qu'il faut agir, à présent. Loin des réseaux électroniques. Du concret. Vous êtes intelligent et je crois que vous avez compris. Nul besoin d'en rajouter.

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    1. Je vous remercie, mais je suis navré de vous dire que vous surestimez mon intelligence! Qu'est-ce qu'agir loin des réseaux électroniques,comme vous dites drôlement?

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    2. Simple, mais demandant du courage :
      Constitution de groupe citoyen d'auto-defence en reponse au dictact des banlieusards (exo-nationnal de coeurs).
      La police est parfaitement incappable de tenir ce role on va vite le voir.
      Immaginez.... 1 ou 2 mois de RSA non-versé dans le 95....

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    3. Entre veau ou boucher, j'ai deja choisi mon camps.
      Entrainez-vous, exercez-vous à default de servir un jour, cela renforcera notre déterminisme à affirmer nos valeur francaise.

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  2. Si j'ai bien compris, vous dénoncez la naïveté de la société face au terrorisme, et plus largement face à une utopique multiculturalité.

    Je ne suis pas sûr de comprendre où vous voulez en venir, pourriez-vous développer ? Selon vous, quelles sont les actions concrètes qui auraient dû/devraient être faites ?

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  3. Si j'ai bien compris, vous dénoncez la naïveté des gens face au terrorisme et face à une utopique multiculturalité.

    Mais où voulez-vous en venir exactement ? Quelles sont les actions concrètes qui auraient dû/devraient être faites selon vous ?

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    1. Toutes les carences que je décris dessinent en creux l'inventaire de ce qu'il aurait fallu faire. Je ne peux pas être plus clair.

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