mercredi 14 décembre 2016

Populistes contre peoplistes

« Et j’aime l’asservi des chiottes médiatiques
Quand il voit démentis tous ses beaux pronostics. »
Philippe Muray

Le réel est cruel. Impitoyable. Brexit. Trump. « No » massif au référendum italien. A qui le tour ?

Oui, le réel est déchaîné. Il pilonne sans merci la chape de plomb médiatique qui, pendant trente ans, a maintenu à l’abri de la critique les discours et les agissements de nos élites médiatico-politico-artistico-intello-merdiques. Il envoie des peignées d’enfer à ces bataillons d’experts qui se trompent tout le temps, de sachants qui ne savent rien, de penseurs qui ne pensent rien, d’intellectuels qui ne comprennent rien, de spécialistes qui n’anticipent rien, d’éditorialistes qui n’expriment rien, de visionnaires qui ne voient rien venir, de tolérants qui ne tolèrent qu’eux-mêmes et de sondeurs qui ont perdu leur sonde — mais pas leur arrogance.

Pour ces êtres mi-flics mi-larbins, ces dociles chiens de garde de la pensée unique, la fin de règne est proche. Sous la pression de la réalité, leurs masques se fissurent. Leurs déguisements d’humanistes se déchirent. Leurs couillonnades idéologiques volent en éclats. Leurs entourloupes sémantiques ne dupent plus personne. La fable d’Andersen a pris un coup de vieux : ce n’est pas l’empereur qui est nu, mais le grouillement des petits marquis qui pullulent dans les rédactions parisiennes, sur les plateaux de télévision et derrière les micros de nos chères radios d’Etat ; tous ces serviles moulins à propagande qui, depuis trente ans, exercent une dictature étouffante sur la vie des idées. Leurs intimidations ne fonctionnent plus. Leurs mystifications sont de plus en plus vaines. C’est un immense éclaircissement. C’est le début de la fin de leur dogmatisme. De leur sectarisme. C’est le début de la fin de leur obscurantisme.
Mais ils ne s’en aperçoivent pas. Ces terroristes intellectuels ont tellement pris l’habitude d’écraser la contradiction sous les insultes, les hurlements d’indignation et les procès — faute d’arguments — qu’ils ne réalisent pas que plus personne ne les écoute. Ils se sont tellement crus l’incarnation du Progrès et de la Modernité, qu’il va leur falloir du temps pour prendre la mesure de leur ringardise et de leur gâtisme.
Pour la plupart, même, le temps ne fera rien à l’affaire — pour paraphraser Brassens. Car ils sont pris au piège de leur propre propagande. Englués dans le magma de mensonges, de désinformations, de falsifications, de foutaises idéologiques qu’ils déversent à flux tendu depuis trente ans. Ils ont tellement rabâché les évangiles médiatiques qu’ils ont fini par y croire. Ils ont tellement truqué l’information, falsifié les faits, ils ont si bien camouflé la réalité qu’ils ne la retrouvent plus.

Leurs lunettes médiatiques, qu’ils n’ont jamais ôtées une seule fois en trente ans d’« observation » et d’« information », les empêchent de percevoir les formidables mutations que nous vivons. Et à plus forte raison de les comprendre. Alors, à chaque fois que survient un évènement qui ne rentre pas dans leurs grilles d’analyse obsolètes, ils ne trouvent à lui opposer que des glapissements d’indignation et des injures impuissantes. « Celui-ci est fasciste, cet autre populiste. Celui-là stigmatise, et celui-ci divise. Quant à lui, très nauséabond, il est sexiste et xénophobe. ». Certains, même, résolvent leur impuissance spéculative par la démence pure, allant jusqu’à appeler au meurtre de ceux qui leur déplaisent. « Trump c'est le candidat qui redonne aux Américains l'espoir : l'espoir qu'il se fasse assassiner » a ainsi récemment déclaré un de ces bouffons hargneux. Ces philanthropes de salon, toujours ardents pour exhiber narcissiquement leur prétendu amour de la diversité, de la fraternité et de la tolérance, ont ainsi inventé le concept antinomique de tolérance à géométrie variable. De fraternité sélective.

Et de critique sans argument. En effet, vous aurez beau chercher : vous ne trouverez chez ces perroquets des médias aucune trace d’argument, ni d’explication. Juste un agrégat de stéréotypes, d’incantations et d’insultes. A force de croupir dans le prêt-à-penser médiatique, leur cerveau s’en est complètement imbibé, et est devenu impropre à construire une pensée articulée. Et ne parlons même pas d’une pensée personnelle…
Ces chiens de garde du système ne « pensent » qu’en meute. Ils ne se retrouvent qu’entre gens qui pensent comme il faut. C’est-à-dire qui ne pensent pas. Ils font la morale, bien plutôt. C’est ça, leur rayon. Ils n’argumentent pas : ils prêchent. Ils ne contredisent pas : ils excommunient. Leurs prétendus « débats d’idées » ne sont que des concours de vertu. Dans leur « esprit », il n’y a pas de contradicteurs : il n’y a que des blasphémateurs. Ces cul-bénits qui s’ignorent se croient areligieux, mais ils réhabilitent la mise à l’Index : toute analyse qu’ils ne retrouvent pas dans les évangiles médiatiques, c’est des rumeurs de la fachosphère. Tout ce qui n’est pas validé par les évêques du Monde ou de Libé, c’est des discours d’extrême-droite. Tout ce qu’ils ignorent, c’est du complotisme. Il y en a beaucoup… D’ailleurs quelqu’un qui voit des complots partout, c’est un complotiste, c’est entendu. Mais quelqu’un qui voit du complotisme partout ? Comment l’appelle-t-on ? Quoi qu’il en soit, ces pourfendeurs du complotisme voient des fachos partout…

D’où leur entre-soi forcené. D’où l’effarante uniformité idéologique qui règne dans les cercles médiatico-artistico-intello-politiques. Dans ces clubs de sosies, l’inceste intellectuel est la norme. Ils restent entre eux, se célèbrent entre eux, se confortent mutuellement dans leur déni de réalité et leur mépris du peuple. Entre miroirs, on s’entend bien. Et quand se profile quelqu’un qui ne pense pas comme eux, et risque donc d’ébranler leurs certitudes d’ignorants, ils font front (notamment « républicain »). « Populiste ! », glapit l’un. « Fasciste ! », rugit l’autre. « Heures les plus sombres de notre Histoire ! » reprennent-ils tous en chœur. Et ils se tapent la tête contre les murs.

C’est que la consanguinité idéologique génère des pathologies mentales désormais bien connues, car observables à grande échelle : abolition de l’esprit critique, haine de la liberté d’expression et de pensée, réflexe d’insulte, déni colérique du réel, prurit moraliste, paresse intellectuelle incurable. Même les plus brillants n’y échappent pas : car gros cerveaux ou non, ils tournent à vide. Refusent obstinément d’embrayer sur le concret. Saint Thomas ne croyait que ce qu’il voyait. Eux ne voient que ce qu’ils croient.

Autant dire qu’ils sont aveugles. Donc voués à se vautrer en permanence. Dernièrement encore, certains croient pouvoir anticiper une victoire écrasante de Fillon en mai prochain au motif qu’il vient d’obtenir, à l’occasion de la bien nommée primaire, les suffrages de… 6% du corps électoral. C’est d’ailleurs un mérite qu’il faut reconnaître à ces experts : celui de la constance. Ils sont tout le temps à côté de la plaque, et ils sont tout le temps épatés d’eux-mêmes. Plus ils se plantent, plus ils se vantent. Plus ils ont tort, plus ils s’adorent. C’est ce qu’on appelle l’aplomb de l’ignorant. L’arrogance des médiocres.
Le plus cocasse étant encore la méthode qu’ils ont trouvée pour conférer une apparence d’objectivité à leur déni de réalité : ils s’enivrent de fact-checkings caviardés, de décodeurs farcis de sophismes et de mauvaise foi, de dossiers désintox où les faits sont triés sur le volet et tordus dans tous les sens. Ces misérables opérations d’auto-intoxication ne servent qu’un but : tenir méthodiquement hors de portée de la réalité leurs utopies de plomb. Occulter tous les faits et tous les événements qui contredisent leurs fables. Et ainsi continuer à défendre, la conscience tranquille, les causes du désastre que nous vivons.

Ce club des aveugles autosatisfaits fait de plus en plus penser à certains aristocrates qui, au crépuscule de l’Ancien régime, s’avérèrent incapables d’entrevoir leur fin prochaine. L’esprit engourdi dans la torpeur de l’entre-soi, ils demeurèrent obstinément aveugles aux signes avant-coureurs du cataclysme qui s’annonçait. De la même manière que nos notables médiatiques, ils se glorifiaient entre eux, se faisaient mille grâces, mille minauderies, s'étourdissaient de pâmoisons flatteuses et caresses vaniteuses. Avant que surgisse la guillotine…

Bien sûr, cette analogie doit être nuancée : car il y a au moins deux différences majeures entre les aristocrates à la fin du XVIIIème siècle, et les médiacrates en ce début de XXIème siècle. La première étant que ces aristocrates étaient des géants d’intelligence et de raffinement comparés aux moins vulgaires de nos despotes médiatiques. Qu’ils contribuèrent de manière décisive à la grandeur et au rayonnement de la France, quand ces roquets enragés et aux trois-quarts illettrés ne font que l’avilir, la salir, la détruire. La deuxième étant que les médiacrates ne subiront pas le sort funeste des aristocrates à la Révolution. En effet Oscar Wilde, qui ne se trompe jamais, a écrit que « le journalisme justifie son existence par le grand principe darwinien de la survie du plus vulgaire. » Nos apparatchiks médiatiques survivront, donc. Ils prendront des raclées farouches, des torgnoles retentissantes, ils trépigneront de rage vengeresse à mesure que le réel taillera en pièces leurs utopies, ils s’en feront des ulcères inouïs, des dépressions féroces, mais ils survivront. Ils continueront de débiter leurs âneries, et de recevoir leurs subventions. Ainsi, faute de les lire et de les écouter, les citoyens continueront de financer leur train de vie. Et, en retour, de se faire insulter. Bref, rien ne changera à la routine actuelle. C’est d’ailleurs le seul clivage qui survivra à la recomposition en cours : le clivage entre ceux qui méprisent le peuple, lui font sans cesse la morale, et veulent en finir de toute urgence avec les référendums et la démocratie, et ceux qui compatissent aux drames que vit ce même peuple, à ses souffrances, à sa détresse. C’est d’ailleurs bien plus qu’un clivage : c’est une fracture. Profonde. Irréconciliable. La seule véritable ligne de démarcation. Celle qui oppose les élites politiques, médiatiques, « intellectuelles » et « artistiques », et leurs courtisans branchés et diplômés des grandes métropoles, au peuple. Les avocats de la mondialisation hideuse, à ses victimes. Peoplistes contre populistes. Un combat sans merci.

mardi 15 novembre 2016

Les Résistants

« On est toujours prêt à dépenser plus d’énergie dans la négation d’une évidence que dans son acceptation, si celle-ci entraîne le deuil d’une illusion. »
Philippe Muray

23 avril 2017. Portée par plus d’un électeur sur trois, Marine Le Pen se qualifie pour le second tour de l’élection présidentielle.
Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, l’incompréhension le dispute à l’effroi. Comment ? Un électeur sur trois est donc raciste ? Fasciste ? Nazi ? Nostalgique du IIIème Reich ? Mais où se cachent-ils donc, ces fumiers ? Ces brutes ? Ces salauds ? Un sur trois, merde, ça doit quand même finir par se voir !
Et pourtant. Pas le moindre fond d’écran à croix gammée sur les smartphones. Pas le moindre t-shirt « Je suis Hitler ». Ni le moindre hashtag « #JeSuisFacho ». Pas le moindre tatouage « Arbeit macht frei ». Ni même un petit discret pendentif stylisé « S.S. » autour du cou ou au poignet. C’est vraiment à n’y rien comprendre.
C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la souplesse d’esprit, on n’envisage pas un instant de se remettre en question ; on n’envisage pas un instant que sa vision du monde puisse être un tout petit peu caricaturale… un peu stigmatisante, pour reprendre un terme à la mode… et pas très tolérante…
Non. Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la finesse d’analyse, on vit avec l’idée très subtile que tous ceux qui ne pensent pas comme soi sont racistes, fascistes, nazis.
C’est qu’on n’est pas simpliste, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Pas binaire pour un sou. Au contraire : on est fraternel, ouvert à la diversité d’opinions et au débat d’idées. Un débat de haut vol, évidemment. Riche et argumenté. Car on est éduqué, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Instruit et raffiné. La preuve : face à la contradiction, les seules armes dont on use sont l’insulte, la caricature et le mépris. Ceux qui constatent les effets délétères de l’immigration massive ? Tous des racistes. Ceux qui ouvrent les yeux sur l’enfer multiculturel ? Tous des fascistes. Ceux qui voudraient qu’on sévisse enfin contre la barbarie qui se déploie en toute impunité sur des pans entiers du territoire ? Tous des nazis. Ceux qui pensent qu’il y a peut-être un lien de causalité entre les centaines de Molenbeek français qui nous agressent de plus en plus fréquemment et de plus en plus sauvagement, et la politique d’immigration menée depuis quarante ans ? Des fascistes racistes populistes réacs fachos vichystes nazis nauséabonds. Des bas du front, des nostalgiques de la France rabougrie, ratatinée, recroquevillée sur elle-même, de l’infâme France du repli sur soi. Qui rappellent les heures les plus sombres de notre histoire.
Quelques esprits moqueurs pourraient voir dans ce réflexe d’insulte la marque d’une extraordinaire pauvreté argumentative. D’une totale vacuité argumentative, même. Ils pourraient également observer que la haine et l’intolérance ne sont pas tout à fait là où on nous l’indique… Mais — devinez quoi ? — ils se feraient aussitôt traiter de fascistes et de nazis. Par les chantres de la Tolérance et du Padamalgam, tous ces champions du « Faut pas stigmatiser » qui stigmatisent un électeur sur trois. Et se prennent pour de grands démocrates…
D’autres esprits, plus ironiques, pourraient faire remarquer que le collage d’étiquettes « Fasciste » et « Nazi », outre qu’il révèle une inculture abyssale, une ignorance crasse de la réalité du fascisme et du nazisme, relève de la banalisation de crimes contre l’humanité. Ils pourraient développer en expliquant que grimer Marine Le Pen en Hitler pour la diaboliser, c’est nier la monstruosité d’Hitler, minimiser la gravité de ses œuvres, et au final dédiaboliser le nazisme. Ce qui est très malin… Ils pourraient conclure que les grands humanistes qui s’adonnent à ce petit jeu piétinent la mémoire des vraies victimes du fascisme et du nazisme. Mais — devinez quoi ? — ils se feraient aussitôt traiter de fascistes et de nazis. Par les grands humanistes, les immenses résistants du camp de la Tolérance et du Padamalgam — qui, comme on le voit, n’ont jamais un combat de retard.
D’autres esprits, encore plus friands de paradoxes, pourraient s’amuser de voir tant de haine et d’intolérance se déchaîner au nom de la lutte contre la haine et l’intolérance. Ils pourraient trouver piquante cette propension à la stigmatisation et à l’amalgame chez des gens qui passent leur temps à bêler qu’il ne faut pas stigmatiser ni faire d’amalgame. Ils pourraient même pousser l’esprit de paradoxe jusqu’à rappeler que l’essence du fascisme, c’est précisément ça : stigmatiser son contradicteur plutôt qu’argumenter. Insulter plutôt qu’expliquer. Intimider plutôt que persuader.
Mais ce retournement de perspective demanderait trop d’efforts. Il ébranlerait trop de stéréotypes, il bousculerait trop d’idées reçues chez ces contempteurs des stéréotypes et des idées reçues. C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on voit des fascistes partout, sauf dans son miroir.
Car dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est surtout pas le camp de l'inculture, on connaît l’Histoire. On la connaît si bien qu’on a une seule référence historique en tête : les années 30. C’est qu’on est moderne, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam : on a seulement trois quarts de siècle de retard. On croit donc qu’il est perspicace d’éclairer la situation actuelle à la lampe des heures les plus sombres de notre histoire et de la menace fasciste.
Comme si depuis les années 30, il ne s’était rien passé. Comme si entre temps n’avaient pas eu lieu des phénomènes inédits et décisifs. Comme s’il n’y avait pas eu la mondialisation sauvage et ses bataillons d’esclaves, de chômeurs et d’immigrés. Comme s’il n’y avait pas eu les délocalisations, la désindustrialisation, la précarisation, le déclassement de millions de Français. Comme si, surtout, il n’y avait pas eu ce phénomène sans précédent dans l’histoire de l’humanité : l’immigration massive. Comme si la France n’avait pas reçu depuis quarante ans des flux migratoires colossaux en provenance du Maghreb, c’est-à-dire d’une terre d’islam, c’est-à-dire d’une aire culturelle marquée par un antagonisme millénaire avec l’Occident. Un antagonisme non seulement historique, mais structurel, inhérent à la nature profonde de l’islam, à l’anthropologie exprimée dans ses textes et révélées par ses mœurs. Comme si cet import massif d’une autre civilisation n’avait eu aucune conséquence ; comme si, à défaut d’être amorti par l’assimilation, ce télescopage entre deux systèmes de valeurs que tout sépare, entre deux visions de l’homme (et singulièrement de la femme) rigoureusement incompatibles n’avait pas provoqué un repli identitaire, puis l’émergence de contre-sociétés en sécession de la France. Comme si, il y a quarante ans, il était nécessaire d’implorer les Français de vivre ensemble
Comme si dans les « territoires perdus » prévalaient aujourd’hui la même culture, la même identité, la même civilisation qu’il y a quarante ans ; comme si aux Mureaux, les femmes s’habillaient encore en jupe ; comme si on croisait beaucoup d’homosexuels à Aubervilliers ; comme s’il y avait encore des Juifs dans les écoles de Seine-Saint-Denis ; comme si on pouvait boire de l’alcool à Vénissieux, et acheter du porc à Sevran ; comme si à Trappes, on pouvait manger pendant le mois du ramadan sans risquer pour sa vie.
Comme si, en quarante ans, certains quartiers n’avaient pas changé de continent ; et comme si ces enclaves communautaristes ne posaient aucun problème… Comme si l’explosion des incivilités (pour parler dans le langage châtré des faussaires médiatiques), comme si la violence inouïe déployée contre les sales céfrans, les faces de craie, les kouffars, les roumis, les flics, les pompiers, les enseignants, les médecins, comme si les atrocités du Bataclan, de Nice et de Saint-Étienne-du-Rouvray n’avaient aucun lien avec cette fragmentation communautariste ; comme si les poudrières islamistes qui gangrènent la France, et nous enverront de plus en plus souvent leurs combattants répandre le carnage et la terreur, n’étaient pas LE défi majeur du XXIème siècle.

Mais non. Dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui est aussi le camp de la lucidité et du courage, le problème n’est pas l’islam conquérant (pléonasme) qui, dans les « zones de non-droit », voue une haine inexpiable à la France. Le problème, c’est Marine Le Pen. L’insécurité, la haine des kouffars, les attentats, tout ça, c’est de sa faute.
D’ailleurs toutes les violences, toutes les horreurs, toute la cruauté qu’on impute injustement à l’islam conquérant, c’est la faute à Marine Le Pen. Mais oui, c’est l’évidence même ! L’attentat islamiste de la rue des Rosiers en 82 ! Signé Marine Le Pen ! Et celui de Saint-Michel en 95 ! Et de Port-Royal en 96 ! Et la prise d’otages islamiste de Marignane en 94 ! Tout ça, c’est des coups sournois de Marine Le Pen ! Ah, la perfide ! Et les talibans, en Afghanistan ! Des rejetons de Marine Le Pen ! Mais oui ! Et Molenbeek en Belgique ! Et le cauchemar du Kosovo ! Tout ça, c’est la faute à Marine Le Pen ! Et la charia, dis-donc ! La vie rêvée des femmes en Arabie saoudite, au Qatar, au Nigéria, au Yémen ! C’est encore l’œuvre de Marine Le Pen ! Comme Al-Qaeda, tiens ! Une création de Marine Le Pen ! Et Mohammed Merah, tirant à bout portant dans la tête d’une petit Juive de 8 ans ! Commandité par la monstrueuse Marine Le Pen ! Et le 11 septembre 2001 ! Et Charlie Hebdo ! Tout ça, piloté par Marine Le Pen ! Par pur électoralisme ! Pour faire monter l’islamophobie, puis surfer sur la vague islamophobe ! Mais voyons, c’est limpide, enfin !
Un peu de clairvoyance : c’est évidemment la faute à Marine Le Pen si le Coran regorge d’appels au djihad, d’injonctions de soumettre les infidèles par la force, la menace, la terreur et le meurtre — injonctions qu’appliquent à la lettre les terroristes islamistes, qui « combattent dans le chemin de Dieu : ils tuent et sont tués. » (sourate 9, verset 111).
C’est la faute à Marine Le Pen si la vie de Mahomet — le « beau modèle » que tout bon musulman se doit d’imiter — est une litanie de pillages, de massacres, d’égorgements, de décapitations d’infidèles.
C’est la faute à Marine Le Pen, 48 ans, si depuis 1 400 ans, l’islam utilise la terreur et le carnage pour étendre à toute la planète le Dar al-Islam.

Parce que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est pas du tout le camp de l’angélisme et du déni, on sait que ce n’est pas ça, l’islam.
C’est qu’on est islamologue, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Mieux, on est omniscient : on connaît le contenu du Coran et de la Sunna sans les avoir lus. On sait donc que ces textes n’appellent qu’à la paix, à l’amour, à la parité et au respect des différences. Et que ceux qui, ayant étudié ces textes, y ont vu de la misogynie, de l’homophobie, de l’antisémitisme et d’innombrables incitations à la violence — jusqu’au meurtre — sont islamophobes. Ou commettent des erreurs d’interprétation.
Ainsi Mahomet lui-même, en multipliant les sévices contre les infidèles, était islamophobe. Ou alors il commettait des erreurs d’interprétation. Des erreurs d’interprétation d’un texte qu’il avait écrit. Bref, Mahomet n’avait rien compris à ce qu’est l’islam. Mahomet, « l’homme parfait » que tout bon musulman doit prendre pour exemple…
Voilà, en toute logique, ce que pensent les grands spécialistes de l’islam qui peuplent le camp de la Tolérance et du Padamalgam… et s’imaginent ainsi s’attirer les faveurs des musulmans… ils vont être servis…
Bref, dans l’esprit subtil et cultivé des champions de la Tolérance et du Padamalgam, si depuis 1 400 ans les combattants d’Allah recourent à la violence pour enrôler l’humanité entière dans l’Oumma, ce n’est pas à cause des prescriptions du Coran et de la Sunna : c’est parce que Marine Le Pen est méchante.
Il faut donc combattre non pas l’expansionnisme de l’islam — qui n’est qu’un fantasme islamophobe —  , mais Marine Le Pen. C’est elle l’ennemie, c’est elle la menace : une fois Marine Le Pen écartée, l’islam ne nous posera plus aucun problème. Parole d’Alain Juppé.

D’autant plus que Marine Le Pen, c’est aussi l’incompétence économique. Une véritable calamité. Ah oui, oh là là, dites donc, Marine Le Pen est vraiment nulle, nulle, nulle en économie. Nullissime ! C’est les journalistes immensément talentueux et encore plus impartiaux de Challenges et des Echos qui l’affirment ! Oui, d’accord, mais pourquoi ? Bah… parce que. Non mais vraiment, c’est intéressant, expliquez-nous ? Ah, mais c’est comme ça, ne cherchez pas !
Eh oui, c’est comme ça : dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’a pas toujours besoin d’argumenter. Parfois on sait, c’est tout. C’est comme pour l’islam : il y des sujets sur lesquels on est spontanément éclairé, sans jamais avoir fait l’effort de lire et de se renseigner. Un don… Et il faut bien avouer que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on a le flair pour détecter les compétents en économie. L’intuition. L’instinct.
6 millions de chômeurs ; 2 millions de personnes au RSA ; 600 000 stages abusifs ; 85% des embauches en CDD en 2015 ; 15% de pauvres ; uberisation galopante de l’emploi — ce qui, en bon français, se dit « précarisation ». Voilà le bilan des compétents. Voilà les résultats des sachants ; de ceux qui savent comment nous mener sur les chemins de la réussite. Voilà les conséquences de leur merveilleux libre-échange sans frontières, et de leur enchanteresse concurrence libre et non faussée avec la Chine, avec le Bangladesh, avec la Bulgarie.
Délocalisations. Désindustrialisation. Chômage de masse. Textile, sidérurgie, automobile… Des régions entières ravagées, sinistrées, déprimées… Et un coût du chômage toujours plus lourd pour les finances publiques, qui se répercute sur les impôts, les taxes, la dette… Aucune dette il y a trente ans, plus de 2 000 milliards aujourd’hui…
Mais comment peut-il en être autrement ? Comment, si l’on ne se protège pas avec des barrières douanières, peut-on faire jeu égal avec des pays où le salaire mensuel est de 50 euros ? Comment, sans protectionnisme, peut-on empêcher les délocalisations massives, et le chômage massif qui en résulte ?
Eh bien c’est fastoche, en fait ! Demandez donc à nos experts économistes de plateaux-télé, tout à fait neutres et indépendants ! Et à nos spécialistes de l’Elysée ! Et à nos bons maîtres de Bruxelles ! Et puis surtout à nos si compétents et si bien-nommés « partis de gouvernement », si crédibles avec leurs résultats épatants depuis trente ans ! Oyez la bonne parole de tous ces grands prêtres de l’Eglise ultralibérale : il suffit de faire des réformes. Et puis d’autres réformes. Et encore des réformes. D’œuvrer dans le sens d’une plus grande flexibilité de l’emploi. De mettre de la souplesse dans les conditions d’embauche et de licenciement. Autant de périphrases qui, en bon français, veulent dire « baisser les salaires » et « démanteler la protection sociale »… jusqu’à atteindre la condition si enviable des Bulgares, des Roumains et des Bengalis, pour être enfin compétitifs. Belle perspective, non ? Belle ambition pour l’homme — pardon, pour le facteur humain de production ? Non, ça vous plaît pas ? Pardon ? Ah, on vous l’avait pas dit que c’était ça, le bout du chemin ? Mais enfin ? Pourquoi pensez-vous que les emplois sont de moins en moins rémunérés ? De plus en plus précaires ? De plus en plus uberisés ? Vous croyez donc que c’est arrivé comme ça, par hasard ? Qu’une malédiction divine s’est abattue sur nous ? Que c’est à cause d’un mauvais alignement des planètes que les jeunes n’arrivent plus à trouver de boulot ? Que c’est seulement la faute à pas d’bol, s’ils multiplient les stages et les jobs sous-payés, et vivent encore à trente ans chez leurs parents ou en coloc ?
Eh bien non, c’est beaucoup moins aléatoire, et beaucoup moins énigmatique que ça : baisser les salaires et précariser l’emploi, c’est l’esprit de toutes les réformes engagées depuis le virage libéral de Mitterrand en 1983. C’est l’esprit de l’Acte unique de Jacques Delors en 1986 — la bible ultralibérale de l’Union européenne. C’est l’esprit de la si emblématique directive détachement imposée par les humanistes de Bruxelles qui, en faisant venir en France, en remplacement des Français, des bataillons de travailleurs bulgares, roumains ou polonais, permet d’opérer une délocalisation à domicile. De vrais magiciens, les commissaires européens… et de grands philanthropes. C’est l’esprit du modèle économique appliqué en France depuis trente ans, et qui n’a abouti qu’à sabrer les salaires, à précariser l’emploi et, malgré tous ces sacrifices, à faire monter le chômage à des niveaux stratosphériques… Il faut dire que dans le cadre enchanteur de la concurrence libre et non faussée, le seul moyen de faire baisser le chômage est de s’aligner sur le plus petit dénominateur commun en termes de salaire, de protection sociale et, au final, de respect de la dignité humaine. Et ça, c’est pas facile, comme dirait l’autre. Il est même à craindre que ce chemin de croix soit sans fin : qu’aucune réforme, aussi brutale, aussi cruelle soit-elle, ne soit susceptible de nous rendre aussi bon marché que les Bulgares ou les Chinois ; et que par conséquent le chômage n’est pas près de baisser, si nous persistons dans ce modèle de « développement »… Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer, non ? D’ailleurs le jeuniste à tête d’œuf qui nous servira bientôt de Président s’y est engagé : il mettra le paquet, question réformes, pour que nous soyons enfin compétitifs. C’est-à-dire dociles et pas chers. De bons petits élèves de la mondialisation ultra-libérale. Capables nous aussi de nous vendre au moins-offrant. Merci Président !
La mondialisation ultra-libérale ne profite qu’à ceux qui l’organisent : grands patrons de multinationales, financiers, et surtout hommes et femmes politiques qui, par leurs lois complaisantes, font sauter tous les verrous à l’expansion de ce fléau. Ce n’est pas un hasard si la concentration des richesses atteint des niveaux sans précédent — 1% de la population détient 50% de la richesse mondiale. C’est la conséquence de l’ultra-libéralisme, qui consiste à exploiter des esclaves pour vendre à des chômeurs. Un gigantesque saccage social, à l’échelle mondiale, au profit d’une infime minorité…
C’est ce modèle répugnant auquel est acquise la quasi-totalité de la classe politico-experto-médiatique, qui nous martèle péremptoirement qu’il n’y a pas d’alternative, qu’on ne peut pas faire autrement dans un monde globalisé, que c’est le sens de l’Histoire, et que de toute façon si des millions de gens en souffrent c’est qu’ils sont trop cons pour réaliser à quel point ce modèle économique est efficace et humaniste… Comme l’a dit le président du Conseil européen, le bon Donald Tusk qui, lui, sait parfaitement ce que vivent les gens : « Le libre-échange et la mondialisation protègent, mais peu de gens le comprennent et le croient. » De la même manière que les esclavagistes, il y a trois siècles, expliquaient doctement qu’un modèle économique sans esclavage n’était pas viable… que c’était le sens de l’Histoire… qu’il n’y avait pas d’autre option… De la même manière que leur rhétorique de l’inéluctable, et leurs chantages au « sens de l’Histoire », visaient à défendre non pas la rationalité économique, mais leurs intérêts…
Au vu du chaos économique engendré par l’ultralibéralisme, des inégalités terribles qu’il produit, de la pauvreté qu’il répand en enrichissant une caste toujours plus restreinte, d’aucuns pourraient se dire qu’il est temps de se débarrasser de ce modèle. D’étudier sérieusement d’autres options. Par exemple celles proposées par Marine Le Pen : protectionnisme, barrières douanières, priorité nationale à l’emploi et dans les appels d’offres pour les marchés publics… Ah, ça alors, non ! Sûrement pas ! Tout ça c’est idiot ! C’est aberrant ! C’est insensé ! Le programme économique de Marine Le Pen est totalement farfelu, et puis en plus il n’existe pas ! Mettez-vous bien ça en tête : en économie, comme ailleurs, comme partout, Marine Le Pen est in-com-pé-tente !
Affirmations péremptoires auxquelles on pourrait rétorquer qu’entre l’incompétence supposée de Marine Le Pen, et la nocivité avérée des dévots de l’ultralibéralisme, il n’y a finalement pas grand chose à perdre à tester la première…
Mais ce n’est pas l’avis dominant, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam — qui est aussi le camp de la logique et de la raison. Pas du tout. Dans le camp de la logique et de la raison, qui n’est surtout pas celui du conservatisme, on est favorable à la perpétuation d’un modèle qui, depuis trente ans, a largement démontré sa toxicité. Un modèle qui a prouvé qu’avec lui, le pire est sûr. C’est que, voyez-vous, dans le camp de la logique et de la raison, on s’attache aux faits, rien qu’aux faits : on roule donc des calots épouvantés en évoquant la débâcle économique qui résulterait de l’application du programme de Marine Le Pen (sans jamais apporter le moindre début d’explication), mais on refuse tout examen de la débâcle économique qui se déroule là, sous nos yeux, et jette des millions d’individus dans la détresse, le désœuvrement et le mépris de soi.
On ne veut pas voir que le désastre économique, c’est maintenant. Et qu’il est l’œuvre de nos gouvernants depuis trente ans. On préfère s’enivrer d’ergotages sur le Code du travail, de pinaillages sur la fiscalité des entreprises, troufignoliser à n’en plus finir des broutilles microéconomiques pour ne pas voir que l’essentiel est ailleurs. Que le vrai problème est d’ordre macroéconomique. Que seul un changement de modèle économique peut nous sortir du chômage chronique et enrayer notre déclassement. Mais ça, on n’en veut pas du tout, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Ce n’est pas qu’on n’est pas ouvert au changement, bien sûr, puisqu’on est certifié progressiste. Mais bon, quand même, on y tient, à son petit confort intellectuel… A ses petites certitudes… A ses petits conservatismes… Ce qui fait que dans le camp de la logique et de la raison, qui n’est surtout pas le camp du gâtisme, on a un point commun avec les communistes : on s’agrippe de toutes ses forces à une idéologie dévastatrice en expliquant que si depuis plusieurs décennies elle n’engendre que ruine et désolation, c’est qu’on ne lui a pas laissé le temps de montrer à quel point elle est efficace et humaniste. Et tant pis pour ceux qui en crèvent… « La folie, c’est de faire encore et toujours la même chose en s’attendant à des résultats différents. », a écrit Einstein. Il faut croire qu’aujourd’hui, Einstein serait considéré comme pas assez logique, pas assez rationnel pour intégrer le camp de la logique et de la raison.
D’ailleurs, dans le camp de la logique et de la raison, qui est aussi le camp de l’argumentation béton, on ne manque pas d’arguments convaincants et raffinés pour contester le programme économique de Marine Le Pen : « programme d’extrême gauche », « planification de l’économie », « économie administrée à la soviétique », « elle a le même programme que Mélenchon ». Ce qui prouve, comme pour le Coran, qu’on a bien lu le programme de Marine Le Pen… que là encore, on maîtrise à fond son sujet… qu’on s’est bien informé avant de parler… Des caricatures, des collages d’étiquettes et des contrevérités ; aucun fait, aucune explication, aucune démonstration. Le camp de l’argumentation béton, on vous dit…
Mais là où on est encore le plus subtil et le plus percutant, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, c’est pour discréditer les options protectionnistes de Marine Le Pen. Jugez par vous-même de la puissance argumentative, de la profondeur, de l’intelligence ; attention tenez-vous, ça décoiffe : « Avec ses délires protectionnistes, elle est carrément dingo, la facho ! Le protectionnisme, c’est une utopie d’un autre âge ! Le protectionnisme, c’est le repli sur soi, c’est le symptôme d’une France fermée, rabougrie, ratatinée, recroquevillée sur elle-même ! Le protectionnisme, c’est la France nauséabonde qui a peur de l’échange avec l’Autre ! » Nous sommes ravis d’apprendre que, pour le camp de la Tolérance et du Padamalgam, Barack Obama est un être rabougri, ratatiné, recroquevillé sur lui-même, un xénophobe nauséabond qui a peur de l’échange avec l’Autre. Barack Obama qui, en 2009, a instauré des mesures de préférence nationale — le fasciste ! — pour que les grands travaux publics profitent essentiellement aux entreprises américaines ; Barack Obama qui, toujours en 2009, a imposé des droits de douane de 35% sur les pneus chinois pour protéger les producteurs de pneus américains ; Barack Obama qui, en 2016, a appliqué des taxes douanières de 522% (vous avez bien lu) aux importations d’acier chinois pour protéger les aciéristes américains. Barack Obama, donc, qui pour protéger les intérêts nationaux a pendant tout son mandat — à raison de trois mesures de défense commerciale par mois — mis en œuvre l’utopie protectionniste… Vous savez, ce truc dépassé qu’on ne peut plus faire, sauf à être complètement ringard, déconnecté du monde moderne, à rebours du sens de l’Histoire
Mais ces faits n’ébranlent en rien les grands esprits du camp de la Tolérance et du Padamalgam qui, loin d’être obtus, ont au contraire un don pour sentir où souffle le vent de l’Histoire. Ainsi, pour ces esprits pas du tout dogmatiques, et encore moins sectaires, c’est décidé une fois pour toutes : Marine Le Pen et son incompétence économique ne passeront pas. Car ses propositions sont nulles et folles. Et folles et nulles. Et absurdes et délirantes. Et délirantes et absurdes. Et peu importe que ses options protectionnistes commencent à être implémentées dans de nombreux pays (et pas des moindres, Royaume-Uni et Etats-Unis en tête) dont les dirigeants ont enfin pris acte des ravages du libre-échange sauvage. C’est que dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on vit avec son temps : on s’informe sur l’état du monde, sur les grands mouvements qui l’affectent, et on sent avec un instinct redoutable les perspectives qui se dessinent. Bref, le camp de la Tolérance et du Padamalgam est avant tout le camp des visionnaires.
C’est ainsi qu’il y a quelques mois, on s’y étranglait de rage quand les Anglais votèrent pour le Brexit. Furieux de ce vote totalement stupide, affreusement populiste, on annonçait un cataclysme, un avenir apocalyptique pour l’économie anglaise, un chaos inouï. C’était, prévenait-on gravement, un terrifiant saut dans l’inconnu… Eh oui, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam — et contrairement aux populistes — on ne joue pas sur les peurs, et on fait toujours appel à la sagesse et à la raison.
C’est pour cela, d’ailleurs, qu’on est toujours modéré dans ses réactions. On rivalisait donc de hurlements, de consternation, d’indignation, d’incantations vengeresses ; en revanche on était beaucoup moins inspiré, quand il s’agissait de donner des explications… Tout en continuant de fustiger, avec cet aplomb si caractéristique de l’inculte, les incultes faciles à manipuler qui ont voté pour le Brexit…
Depuis, la volonté de mettre en œuvre le Brexit a été confirmée. Les marchés, qui reflètent les anticipations pour l’avenir, se portent au mieux. Le chômage est historiquement bas. La confiance des consommateurs est historiquement élevée. Comme celle des entreprises. La baisse de la livre a donné un formidable coup de fouet aux exportations britanniques. Maintenant que l’hystérie médiatique est retombée, trois banquiers sur quatre estiment que la City ne sera pas affectée par le Brexit. Bref, c’est l’apocalypse.
Mais dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, qui n’est pas du tout celui des esprits bornés, on persiste à glapir que le Brexit est une terrible erreur ; et on assène pompeusement, en roulant des yeux effarés, que les nuages s’accumulent sur l’économie britannique… Toujours sans apporter la moindre explication... A part radoter que le Brexit est la victoire de l’ignorance, de l’intolérance et des préjugés. C’est ce qu’on appelle élever le débat… C’est, surtout, n’exprimer ni ignorance, ni intolérance, ni préjugés…
Pendant ce temps, Theresa May a annoncé les grands principes qui sous-tendront son action : relocaliser l’emploi ; réindustrialiser ; instaurer des frontières douanières ; faire du protectionnisme. Devant tant de chimères populistes, on ricane, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. On ne s’est jamais avisé que les ricanements sont l’antithèse des arguments ; qu’ils sont tout ce qui reste, quand on n’a plus rien à dire… les révélateurs d’une consternante faiblesse argumentative…
Pendant ce temps, la Banque d’Angleterre vient de doubler ses prévisions de croissance pour 2017 — année où le Brexit sera effectif. La Banque d’Angleterre doit être populiste. Idiote. Incompétente. Qui sait, peut-être est-elle infiltrée par Marine Le Pen ?

D’ailleurs Marine Le Pen, non contente d’avoir un programme économique qui non seulement n’existe pas, mais est aberrant et dangereux, Marine Le Pen cette dingue veut sortir de l’euro. Sortir de l’euro, vous vous rendez compte ? Pure folie ! Elle est folle ! C’est de la folie !
Bon, sortir de l’euro, c’est aussi ce que préconisent pas mal de prix Nobel d’économie, et d’universitaires, et d’enseignants d’établissements prestigieux (par exemple HEC et Dauphine), et de membres éminents de la Banque de France. Bref, un ramassis d’écervelés, de bas du front et d’incultes. Des gens mal formés, peu éduqués et donc enclins à se laisser berner par des discours simplistes. Des fascistes en puissance, probablement. Secrètement à la botte, c’est le cas de le dire, de Marine Le Pen.
Ces rabat-joie à tendance fasciste expliquent donc que l’euro est sûrement la plus grosse aberration de l’histoire économique ; qu’imposer une même monnaie à des économies aussi dissemblables que celles de l’Allemagne et du Portugal contrevient aux principes économiques les plus élémentaires ; que la compétitivité d’un pays nécessite entre autres un réglage subtil entre niveau de la monnaie et niveau des salaires ; que si on impose à une économie une monnaie trop forte eu égard à sa vigueur, la seule possibilité qui lui reste pour espérer rester compétitive est de baisser les salaires ; que c’est précisément ce qui se passe avec l’euro, monnaie dont le niveau très élevé ne convient qu’à l’Allemagne, et écrase les autres pays.
Ils en concluent, ces salauds d’eurosceptiques, que l’euro n’est pas viable, sauf à accepter des déflations salariales vertigineuses et le démantèlement de toute protection sociale.
Et puisqu’en bons fascistes, ils sont également complotistes, ils affirment que tout cela n’est pas fortuit : que c’est précisément le dessein des concepteurs de l’euro, ces ultralibéraux forcenés, de bloquer le levier monétaire pour ne laisser activable que le levier des salaires, et ainsi contraindre les pays d’Europe à une fantastique déflation salariale. Que l’euro est l’une des armes les plus efficaces de l’arsenal ultralibéral européiste (en plus de l’abolition des frontières) pour transformer la « zone euro » en zone de travail à bas-coût.
Ils ajoutent même, décidément sacrément complotistes, que tout cela n’a rien d’étonnant quand on sait que l’Union européenne est l’Eglise de la concurrence libre et non faussée ; que le clergé bruxellois vise à déployer à l’échelle européenne le libre-échange le plus sauvage, le plus cruel, le plus impitoyable.
Mais dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’est pas dupe : on sait que ceux qui développent ce genre de raisonnement ne peuvent être que des fumiers d’eurosceptiques. Des gens peu éduqués, qui ne disposent pas du bagage intellectuel suffisant pour apprécier les bienfaits de l’euro (qui sont pourtant flagrants). Et après tout, que valent des prix Nobel d’économie face aux technocrates de Bruxelles ? Que valent leurs arguments, leurs explications, leur démonstrations, face à l’excellent bilan de l’euro ? Que vaut le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, ce pseudo-z-intellectuel (comme dirait notre génie national Najat Vallaud-Belkacem), face à l’immense Jean-Claude Juncker, ce bienfaiteur des peuples aux résultats époustouflants ? Que valent 500 pages de démonstrations argumentées de Joseph Stiglitz face à cette profession de foi : « L’euro c’est l’Europe, et l’Europe c’est la paix » ? Que vaut la raison face à un slogan ?
Eh oui, il faut le dire et le répéter : on a des arguments puissants, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam. Contrairement aux prix Nobel qui, comme chacun sait, sont des esprits simples qui jouent sur les peurs et les passions les plus viles, on ne s’y contente pas de slogans, ni d’incantations : on raisonne, on argumente, on démontre. « L’euro nous protège » ; « Avec l’euro, on rit beaucoup plus » ; « Heureux avec l’euro » ; « L’euro, c’est une belle conquête des peuples ». Des arguments solides, on vous dit. Des explications consistantes, des démonstrations convaincantes. Et puis c’est vachement fastoche de les démentir, ces benêts de prix Nobel, puisqu’on a les faits pour soi. Eh oui, il suffit de se baisser pour ramasser à pleines mains les preuves de la bienfaisance de l’euro.
Après tout, c’est bien vrai que la zone euro détient des records de croissance : croissance économique la plus faible au monde (c’est un record comme un autre, après tout) ; croissance exponentielle de la pauvreté ; croissance à deux chiffres de la consommation d’antidépresseurs et de psychotropes ; croissance fulgurante du taux de suicide. Pas un seul pays à part l’Allemagne qui ne participe à cette avalanche de records. Performant, l’euro.
Ouvrez les yeux, et admirez : la Grèce se porte vachement mieux, depuis qu’elle a l’euro. Et le Portugal, alors, au top ! 20% des habitants y gagnent moins de 400 euros par mois. L’euro c’est la prospérité, on vous dit ! Et biglez donc du côté de l’Espagne : encore une preuve spectaculaire que l’euro nous protège. Que, comme nous l’annonçait le grand Jacques Delors, « l’euro nous apportera la paix, la prospérité, la compétitivité ». Et l’immense visionnaire Jack Lang : « Avec l’euro, on rira beaucoup plus ». Jugez par vous-même : en Espagne, un tiers des actifs touchent moins de 750 euros par mois ; 2 millions de foyers ont tous leurs membres en recherche d’emploi ; plus de la moitié des moins de 25 ans sont au chômage. Comme toujours, le prophète Jack Lang avait vu juste : ces gens passent leur temps à se tenir les côtes. Et en Italie ? Ah, là, là, euh aussi s’amusent comme des petits fous ! Beaucoup plus qu’avant l’euro ! Hi hi ! Ouh ouh ! L’insouciance, eh ! La dolce vita par l’euro ! Et puis si depuis l’introduction de l’euro, la production industrielle française a chuté de 12%, l’espagnole de 15% et l’italienne de 21%, tandis que la production industrielle allemande s’est envolée de… 34%, ça n’a évidemment rien à voir avec le fait que l’euro est taillé pour l’économie allemande — ça, c’est de la propagande de prix Nobel. C’est une simple coïncidence ; et il faut vraiment la mauvaise foi d’un prix Nobel pour y voir une relation de causalité. Bref, dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, la lucidité et la bonne foi sont aux commandes. On n’est pas obscurantiste, ni religieux, encore moins superstitieux (contrairement à nos abrutis d’ancêtres) ; on peut donc facilement démontrer que le bilan de Saint-Euro est merveilleux, et que s’en débarrasser mènerait à l’apocalypse. De la même manière qu’on savait très bien expliquer pourquoi le Brexit déclencherait un cataclysme… Décidément c’est indéniable : dans le camp de la Tolérance et du Padamalgam, on n’est pas un perroquet des médias, ni un moulin à propagande. D’ailleurs c’est bien connu : la propagande, c’est toujours chez les autres.

C’est donc en complète connaissance de cause, en se fondant sur un examen attentif des propos de Marine Le Pen — et non des relations médiatiques qui en sont faites — , qu’on s’apprête à faire barrage à Marine Le Pen.
C’est sur la base d’une analyse nuancée de la personnalité et de la pensée de Marine Le Pen, en s’interdisant les clichés et les caricatures, qu’on a décidé de mettre à bas cette femme toxique qui prône le fascisme et la haine de l’Autre.
C’est par héroïsme, et non par conformisme, qu’on a résolu d’entrer en résistance.
Ce choix glorieux — dont tous les historiens confirmeront la dimension héroïque — est un choix éminemment personnel. Libre de tout conditionnement, de tout endoctrinement. Un choix mûrement réfléchi, qui ne doit rien au suivisme ni à un quelconque mimétisme social.
Au contraire, c’est un choix qui dénote un courage et une indépendance d’esprit remarquables : il est soutenu seulement par la totalité des médias, des acteurs, des chanteurs, des sportifs, des présentateurs, des grands patrons et des politiques.
Face à une adversité aussi terrible, beaucoup auraient fléchi. Renoncé. Pas les immenses résistants du camp de la Tolérance et du Padamalgam. Ils sont faits d’un bois solide, le bois des Résistants. Et ils ont l’esprit de sacrifice : ils n’hésitent pas à risquer la mort sociale pour défendre ce en quoi ils croient. N’écoutant donc que leur courage, ils vont, lors de cet entre-deux-tours décisif pour l’avenir de la Démocratie et la République, multiplier les défilés fraternels contre la truie fasciste qui capitalise sur la haine et l’ignorance, et ses conards d’électeurs.
Il n’y aura dans ces défilés aucune trace d’hystérie collective, encore moins d’ivresse narcissique. Tous ces gens se prendront pour Jean Moulin, et ils auront raison. Il n’y aura pas non plus la moindre trace de haine ni d’intolérance. Oui, on aura beau chercher : on ne trouvera dans ces défilés humanistes aucune trace de ces détestables passions populistes qui agitent la France moisie du repli sur soi. Aucune trace d’ignorance, encore moins de préjugés ; seulement de l’intelligence, de la réflexion, de la raison. Et un profond respect de l’autre, au-delà des différences. Un sens aigu de la fraternité qui nous unit, nous, la grande famille humaine. Oui, ces défilés seront de poignants témoignages de ce que l’homme a en lui de plus beau, de plus grand, de plus noble. On n’y trouvera donc pas non plus la moindre trace de stigmatisation, puisqu’un des mots d’ordre de ces défilés fraternels sera justement : « Il ne faut pas stigmatiser. Ni faire d’amalgame. »
C’est donc dans un souci constant de ne pas stigmatiser, et de ne pas faire d’amalgame, qu’on traitera les électeurs de Marine Le Pen de racistes, de fascistes, de gros porcs nazis. En rugissant cela, on ne sera bien sûr sous l’emprise d’aucune propagande, contrairement aux électeurs de Marine Le Pen, ces ploucs qui, peu instruits et mal informés, sont extrêmement faciles à manipuler et à faire descendre dans la rue pour répéter n’importe quelle ânerie. Cette analyse — toute en nuance et en modération, ainsi qu’on peut s’y attendre de la part de gens instruits et informés — sera la première d’une longue série, toutes plus pertinentes les unes que les autres. Comme par exemple celle consistant à affirmer que les électeurs de Marine Le Pen sont misogynes et homophobes. Tellement misogynes, tellement homophobes qu’ils plébiscitent un parti dont le président est une femme et le vice-président un homosexuel. Et ainsi de suite : tout un tas d’analyses subtiles et irréfutables, car corroborées par les faits.
Puis, le jour J, ce jour déjà mémorable du 7 mai 2017, on ira poser l’acte de résistance suprême : on glissera son bulletin « Identité heureuse » dans l’urne. On ne tremblera pas. On se prendra même en selfie, pour immortaliser ce moment. Un geste pour l’Histoire.
Alors le jeuniste à tête d’œuf sera élu. Ainsi, on aura sauvé les générations futures de l’effroyable Marine Le Pen, et de son abominable programme fascisant. On aura bien travaillé. Nos enfants nous remercieront.
Nos enfants nous remercieront car, grâce à notre acte de Résistance, ils continueront d’ingurgiter les programmes scolaires crétinisants et culpabilisants concoctés par nos brillants idéologues et nos bienveillants pédagogistes. L’illettrisme sera leur lot commun. La haine de soi également. Contrairement à l’orthographe, la théorie du genre n’aura plus aucun secret pour eux. Ni le tissu d’horreurs que constitue l’histoire de la France et de l’Occident. Ni la chaîne ininterrompue de splendeurs qu’est l’histoire de l’islam. Bref, nos enfants recevront une éducation qui les élèvera, les épanouira, les accomplira. Ce sera l’identité heureuse.
Ce n’est d’ailleurs pas seulement leur identité qui sera heureuse, mais l’ensemble de leur existence : car s’ils se font agresser, racketter, tabasser ou violer (notamment nos filles, si elles ne portent pas le voile), nos enfants auront le bonheur de voir leur agresseur, leur racketteur, leur tabasseur ou leur violeur éviter la prison. Et récidiver. Une fois, dix fois, cinquante fois. Toujours en toute impunité. Car le jeuniste à tête d’œuf n’enrayera évidemment pas le laxisme pénal instauré par ses prédécesseurs via les lois Dati et Taubira. Il n’en a ni la force, ni l’autorité, ni l’envie.
Et puis, comme un bonheur n’arrive jamais seul, le jeuniste à tête d’œuf perpétuera l’immigration massive. Perpétuera, que dis-je ? Il l’intensifiera. Il la décuplera. Car en plus des flux migratoires colossaux que nous recevons déjà depuis des décennies, et qui nous ont apporté tant de joie et de sérénité, nous accueillerons désormais les fameux clandestins — pardon, les fameux « migrants » — pardon, les fameux « réfugiés ». La fracture communautariste se creusera. Encore. Et encore. Les contre-sociétés islamistes s’enhardiront. Deviendront de mieux en mieux armées. De plus en plus violentes. Elles nous enverront des équipées meurtrières de plus en plus dévastatrices. Et, comme l’annonce l’Etat islamique depuis plusieurs années, comme il l’a déjà mis à exécution pour les attentats du 13 novembre 2015, ces flux de « réfugiés » seront de plus en plus infiltrés par des djihadistes. Lesquels nous réservent des carnages dont nous peinons encore à imaginer l’atrocité, mais à côté desquels le bain de sang du Bataclan nous semblera un non-événement. Oui, décidément, nos enfants auront l’identité heureuse.
Mais ils auront mauvaise grâce de se plaindre : car nous les aurons sauvés du fléau Marine Le Pen. Du cataclysme Marine Le Pen. De l’apocalypse Marine Le Pen. Et s’ils sont sceptiques, s’ils ont l’impression que les fléaux, les cataclysmes et l’apocalypse, c’est plutôt ce qu’ils vivent, nous leur expliquerons que nous n’avions pas le choix. Qu’en ce jour terrible du 23 avril 2017, la République était en danger. La Démocratie menacée. Qu’une effroyable dictature menaçait de s’abattre sur la France. Qu’il était donc urgent, pour sauver la Démocratie, d’élire le jeuniste à tête d’œuf, afin qu’il transfère au plus vite nos derniers lambeaux de souveraineté à l’oligarchie bruxelloise. Cette oligarchie bruxelloise dont le patron Jean-Claude Juncker déclarait récemment : « Il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens. » Cette oligarchie bruxelloise dont le patron précédent, José Manuel Barroso, a récemment rejoint la banque d’affaires Goldman Sachs (ONG bien connue pour son attachement à la liberté et à la prospérité des peuples — les Grecs en savent quelque chose). Cette oligarchie bruxelloise qui, pour servir les intérêts des peuples, prend conseil auprès de 30 000 lobbyistes, et entretient un contact permanent avec les plus grandes multinationales. Cette oligarchie bruxelloise, dont les membres font une carrière en essuie-glace, alternant entre les institutions européennes et les multinationales ou les banques… Cette oligarchie bruxelloise, donc, garante de la démocratie et du respect de la volonté populaire.
Nos enfants réaliseront ainsi que, pour sauver la Démocratie, nous avons donné carte blanche à la lobbycratie et à la technocratie. Ils réaliseront que pour défendre la République, nous avons accordé les pleins pouvoirs aux dictateurs de Bruxelles.
Peut-être, alors, comprendront-ils mieux pourquoi ils sont au chômage. Ou sous-payés. Pourquoi ils sont de plus en plus pauvres. Car tout le monde aura compris, depuis le temps, que l’Union européenne a toujours eu pour but de se construire non pas comme un prolongement, mais comme un substitut des nations, pour faire régner en Europe l’ultralibéralisme le plus féroce. Au passage, ils trouveront étrange que nous ayons cru moderne de nous en remettre à des ultra-libéraux fanatiques au moment où les plus grandes puissances (Royaume-Uni et Etats-Unis), ayant pris acte des ravages du libre-échange sans frontières, amorçaient la démondialisation, signant le grand retour du protectionnisme et de la priorité nationale. Peut-être verront-ils dans notre anachronisme un signe de gâtisme précoce. Ou, tout au moins, d’une absence totale d’instinct. Mais nous leur expliquerons que nous n’avions pas le choix. Qu’il fallait à tout prix s’opposer aux délires fascisto-protectionnistes de Marine Le Pen.
Peut-être, aussi, nos enfants comprendront-ils mieux pourquoi ils vivent dans une anxiété permanente, une atmosphère étouffante de guerre civile larvée. Pourquoi ils sentent la civilisation millénaire de la France devenir chaque jour plus minoritaire, menacée d’enfouissement par une culture rétrograde, misogyne et ultra-violente. L’enfer communautariste que sera devenue la France, truffée de poudrières islamistes et autres territoires perdus, aura en effet pour eux une généalogie claire. Ils auront eu vent des projets de « migrations de remplacement » imaginés par l’ONU (et non par Renaud Camus) et approuvés par l’ensemble de nos élites. Projets de migrations de remplacement préconisant l’entrée en France de « 16 millions de migrants de 2020 à 2040, soit 800 000 personnes par an ». Ils auront lu également cette note officielle de l’INED, datée d’avril 2016 : « Alors que la crise économique va passer, la crise démographique va au contraire prendre de l’ampleur et sa résolution prendra du temps. Les migrations de remplacement pourraient faire partie des réponses de l’Europe à sa situation démographique. » Ils feront remarquer que nos experts en comptabilité démographique avaient juste oublié un point de détail : à savoir que les peuples ne sont pas interchangeables. Que le multiculturalisme mène immanquablement au communautarisme. Puis à la guerre. Ils en feront chaque jour l’expérience amère. Mais nous leur expliquerons qu’à l’époque, l’immigration était une chance pour la France. Que nous étions riches de nos différences. Et qu’en 2017, il était plus que temps d’être moderne, donc de plonger sans retour dans le grand bain de la société multiculturelle et de l’identité heureuse.
Peut-être nos enfants nous trouveront-ils à côté de la plaque. A rebours du prétendu sens de l’Histoire que nous ne cessons d’invoquer (à défaut d’arguments). Peut-être nous diront-ils qu’en élisant le jeuniste à tête d’œuf, nous nous croyions modernes, mais nous faisions en vérité le choix du conservatisme le plus figé. Qu’en imaginant sauver la démocratie, nous assurions un avenir en or à la lobbycratie, à la technocratie, à l’oligarchie. Peut-être, même, nous apprendront-ils qu’à l’ultra-libéralisme, au chômage de masse, à Schengen, à l’immigration massive, au communautarisme et au djihadisme, ils auraient préféré Marine Le Pen. Peut-être les plus cruels exhumeront-ils cette phrase de Lionel Jospin, en 2007 : « Avec le Front national, nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste, et même pas face à un parti fasciste. Tout antifascisme n’était que du théâtre. » Peut-être, alors, nous demanderont-ils comment nous avons pu être si aveugles, si dénués d’esprit critique, si dociles aux propagandes ; comment nous avons pu si longtemps croire à la fable de la menace fasciste, et ne rien voir des menaces terribles et bien réelles qui se déployaient devant nos yeux. Comment nous avons pu si obstinément nous complaire dans des postures morales socialement avantageuses, tout en laissant le champ libre aux pires charognes. Parodier la résistance, pour mieux masquer notre collaboration au désastre…
Oui, peut-être nos enfants nous diront-ils qu’au lieu de nous boucher le nez, nous aurions mieux fait d’ouvrir les yeux. Qu’avec nos simagrées narcissiques de résistants de salon, nous avons été terriblement naïfs. Et qu’ils paient désormais très cher les conséquences de notre naïveté. Peut-être, même, nous en voudront-ils, de les avoir sauvés de la menace fasciste. Les ingrats.

mardi 23 août 2016

Modernité et courage



« Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui […]
Le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin. »
Soljenitsyne

« Aucune vie, aucune brutalité sur terre
n’a fait verser autant de sang que la lâcheté humaine. »
Stefan Zweig

« Je ne suis pas sûr de réussir à faire comprendre l’effrayante solidarité qui lie certaines victimes complaisantes à leur bourreau. »
Bernanos


C’est l’œuvre d’un déséquilibré ; pas d’amalgame ; il ne faut pas stigmatiser ; cela n’a rien à voir avec l’islam ; attendons d’en savoir plus ; il souffrait de troubles mentaux ; il avait fait plusieurs séjours en hôpital psychiatrique ; ah bon, il a crié « Allah Akbar » ? ; il ne faut pas généraliser ; le terrorisme n’a pas de religion.

Votre routine de déni devient indécente. Répugnante. Votre fuite en avant dans l’aveuglement est odieuse. Lâche. Et coupable. Elle relève de la capitulation. De la complicité avec l’ennemi. Sauf que l’ennemi ne vous témoignera aucune gratitude pour avoir rampé devant lui… bien au contraire, il ne vous en méprisera que davantage… et vous ne serez pas les derniers à subir ses rigueurs…

A la nausée que provoquent les abominations des islamistes, vous ajoutez le spectacle écœurant de votre bonne conscience imperturbable. A la barbarie djihadiste, vous ajoutez la monstruosité de votre déni nonchalant. A la cruauté de ces terroristes, vous ajoutez l’inhumanité de votre angélisme. A la bassesse des islamistes, vous ajoutez la veulerie de votre soumission au politiquement correct. La vérité est que les horreurs engendrées par votre utopie multiculturelle vous laissent de marbre. Votre compassion ostentatoire est abstraite. Aride. Glaciale. Une bougie, un dépôt de peluche, un tweet narcissique (#JeSuisCharlie, #JeSuisNice ; mais le seul tweet qui vous siérait est #JeSuisComplice), une bonne niaiserie ronflante (« Vous n’aurez pas ma haine ») : voilà vos misérables réactions. Des petits rituels standardisés, impersonnels et hideusement lâches, qui vous épargnent toute remise en question de votre routine intellectuelle, toute réflexion de fond sur le moment historique que nous vivons. Le réel enterre vos dogmes l’un après l’autre ? Les évènements font voler en éclats vos foutaises idéologiques ? Peu vous importe : vous radotez de plus belle vos évangiles multiculturels, et prônez un renforcement de ce qui nous a menés à cet enfer. Comme si la fuite en avant dans l’erreur permettait de la rectifier…

Combien de temps encore allez-vous persister dans l’aveuglement ? Combien de temps encore allez-vous réciter le catéchisme médiatique ? Etre de serviles moulins à propagande ? De dociles perroquets des médias ? Combien de temps encore allez-vous vivre dans la soumission ? Ramper face au terrorisme intellectuel ? Croupir dans le mensonge et la lâcheté ?

Quand cesserez-vous de trembler ? Quand cesserez-vous d’avoir peur de tout, peur d’ouvrir les yeux, peur de prononcer des mots (tout en vous glorifiant, avec vos hashtags #NotAfraid et #TousAuBistrot, d’être de grands résistants) ? Quand cesserez-vous de craindre le réel ? Quand cesserez-vous de vivre à genoux ?

Combien de morts, combien de massacres de masse, de fusillades en terrasse, de décapitations en boîte de nuit, d’éviscérations en salles de concerts, d’égorgements dans des églises, combien d’écrasements de foules vous faut-il encore pour ouvrir les yeux ?

Tous ces morts nous regardent. Nous leur devons le respect. Nous leur devons le courage de nommer leurs bourreaux. Et de les combattre. Et pour cela, nous devons les connaître. Comprendre d’où ils viennent. Ce qui suppose de sortir de la pensée magique.

En effet, contrairement à ce que vous semblez « penser », ce qui nous arrive n’est pas une fatalité. Ni une malédiction divine. Il n’y a rien d’obscur, rien de surnaturel, rien d’inexplicable. Tous ces islamistes ne viennent pas d’apparaître sur le sol français, par je ne sais quelle œuvre de sorcellerie. Les centaines de Molenbeek qui gangrènent la France (et dont même le ministre de la ville actuel vient enfin de reconnaître l’existence) ne viennent pas de sortir de terre. Aussi étonnant que cela vous paraisse, ces poudrières islamistes ont une généalogie. Une histoire. Que vous refusez étrangement, et obstinément d’entendre.

Vous qui brocardez le supposé obscurantisme de vos ancêtres, et exaltez l’esprit logique, rationnel, cartésien qui serait le vôtre, vous semblez en l’espèce incapables de souffrir qu’on vous expose un raisonnement,  et d’y réagir à votre tour de manière rationnelle et argumentée. Vous apparaissez étrangement dogmatiques. Sectaires. Superstitieux. A l’intelligence de la situation, vous préférez des imprécations (« padamalgam ! »), des incantations (« le vivre-ensemble nous sauvera ») et des postures (« il ne faut pas stigmatiser »). Vous n’argumentez pas, vous prêchez. Vous ne démontrez pas, vous faites la morale. Avec vous, tout débat tourne au concours de vertu.

Il serait bon, pourtant, que vous mettiez enfin en œuvre vos émouvants principes. Qu’après les paroles, vous passiez enfin aux actes. Que vous accueilliez donc la contradiction avec la tolérance, le respect de la diversité et le refus de stigmatiser que vous prônez en permanence.
Soyez ouverts d’esprit, donc. Et tolérez d’entendre que les champions du vivre-ensemble qui, depuis cinq ans, enchantent votre quotidien — Adel Kermiche, Abdelmalek Petitjean, Mohamed Bouhlel, Larossi Abballa , Salah Abdeslam, Ismaël Omar Mostefaï, Samy Amimour, Foued Mohamed-Aggad, Yassin Salhi, Amedy Coulibaly, les frères Kouachi, Mehdi Nemmouche, Mohamed Merah — ne sont que la partie émergée de l’iceberg communautariste. Les premiers symptômes visibles par le grand public d’un mal très profond, ancré depuis longtemps dans notre pays. Un mal que nombre de Français endurent depuis des décennies, dans un silence médiatique assourdissant.

« Trop tard est un grand mot, un mot terrible de l‘histoire » a écrit Jacques Bainville. Toutes ces ordures qui kalachent, égorgent, éventrent, émasculent, écrasent et décapitent des innocents sont les révélateurs tardifs — trop tardifs, hélas — de la terrible sécession culturelle, identitaire, civilisationnelle qui ronge la France depuis des années. Ces fumiers ne font que porter à incandescence la haine que nous vouent, à nous les céfrans, les faces de craie, les kouffars, les roumis, de très nombreux habitants des « territoires perdus ». Peu à peu, les Français vont ouvrir les yeux sur l’atroce réalité ; peu à peu, ils vont prendre conscience qu’une fracture très profonde s’est creusée. Que la France est en proie à une fragmentation communautariste gravissime. Farcie de métastases du cancer islamiste.

Puis, en examinant les profils des « terroristes », ils vont réaliser que ceux-ci sont étonnamment semblables. Et banals. Tous ces « soldats », comme ils aiment à s’autoproclamer pour se consoler de leur insignifiance, sont des clones. Des sosies insipides. Des merdeux interchangeables. Uniformes de bêtise, de vacuité, de nullité. Ces glorieux « combattants d’Allah » sont des êtres terriblement sommaires, dénués de toute finesse, totalement atrophiés du cœur et du cerveau. Qu’on pense seulement à ce morveux de 19 ans qui tire une fierté d’égorger un prêtre de 84 ans, un vieillard inoffensif et infiniment vulnérable — un homme de paix… Quel héroïsme, en effet. Quelle intelligence. Et quel courage. Et ce crétin pense qu’un tel geste le mènera au Paradis…drôle de Paradis… drôle de Dieu…

Il y a dans le comportement de ces charognes toute la bassesse, toute l’imbécillité, toute la stupide cruauté des racailles. Et ce n’est pas un hasard. Certains experts évoquent l’existence d’un continuum entre délinquance et terrorisme islamiste. Mais c’est bien plus qu’un continuum : c’est une identité. Ces terroristes islamistes sont des racailles. Rien de plus. Rien de moins (si tant est qu’on puisse être moins qu’une racaille). Ces hystériques de la kalach’ sont des petites salopes de banlieue schnouffées jusqu’à l’os, des délinquants sans envergure qui drapent leurs instincts immondes dans un charabia mystico-héroïque. Des esclaves de leurs pulsions, aussi piteux qu’abjects, qui voudraient nous faire croire que s’ils égorgent, violent et décapitent, c’est pour défendre la veuve et l’orphelin. Que s’ils partent en Syrie partouzer avec des petites filles de douze ans, rafaler des gosses, étriper des innocents et massacrer des villages entiers, c’est pour venger leurs frères opprimés. Que s’ils lancent des camions dans des foules, c’est pour faire advenir un monde plus juste.
La réalité est beaucoup plus prosaïque : ces islamistes sont des psychopathes assoiffés de sang, avides de viol, de violence et de meurtre, et qui trouvent dans certains versets du Coran et certains passages de la vie du Prophète des justifications à l’assouvissement effréné de leurs instincts abjects. Ces mêmes versets du Coran, ces mêmes passages de la vie du Prophète au nom desquels des attentats, massacres, viols et exactions en tous genres sont commis chaque jour dans le monde. Ces mêmes versets du Coran, ces mêmes passages de la vie du Prophète qui régissent la vie merveilleuse en Arabie saoudite, au Qatar et dans tous les pays où règne la chouette charia.

Puis, après avoir compris à qui ils ont affaire, les Français vont réaliser que ces bonbonnes à pulsions incontrôlables sont des milliers. Des dizaines de milliers. Et, bientôt, des centaines de milliers. Une armée de clones déterminés, froids et sans pitié, dont la vie est tellement vide qu’ils sont prêts à mourir pour assouvir leurs pulsions sadiques — qui consistent héroïquement à ôter la vie à des innocents.
Viendra alors la terrible question : pourquoi ? Que font tous ces givrés sur le sol français ? Comment se sont-ils faits ? Que s’est-il passé, pour que nous produisions de tels cinglés ?
Il faudra, pour répondre à ces questions, remiser définitivement les lunettes médiatiques. Envoyer paître les idéologues, les terroristes intellectuels et les petits roquets médiatico-politiques. Rester sourd à leurs jappements. Résister fermement à leurs intimidations. Arracher calmement, et inlassablement, les étiquettes que ces champions du fopastigmatiser collent sur toute personne qui ne pense pas comme eux — faute d’arguments. Traiter par le mépris leurs manipulations.
Oui, il faudra jeter aux orties leurs grilles d’analyse mensongères. Se déconditionner. Se désendoctriner, pour reprendre un terme en vogue. Dissiper les rideaux de fumée dont les faussaires médiatiques ont enveloppé la réalité. Expurger son cerveau des couches de propagande accumulées depuis trois décennies. Il faudra, enfin, libérer sa pensée des enjeux politiques et médiatiques pour regarder lucidement l’histoire de ces quarante dernières années.

Alors, les choses deviendront limpides. Et les coupables aisés à identifier. Car il y a évidemment des coupables : cette barbarie, répétons-le, n’est pas le fruit du hasard. Elle est le résultat d’une longue chaîne de décisions, d’actions et d’inactions. Le cauchemar que de nombreux Français subissent déjà silencieusement depuis longtemps, et dans lequel nous entrons tous pour de longues décennies, résulte d’une accumulation de lâchetés, de complaisances, de renoncements, de capitulations, de sabotages, de destructions délibérées.

Les coupables se nomment grand patronat. Regroupement familial. Clientélisme électoral. Laxisme judiciaire. Enfumage médiatique. Terrorisme intellectuel. Ils se nomment également, et plus fondamentalement, déchristianisation. Et, bien sûr, islam. Voilà pour le cadre. Pour les grands déterminants.

D’un point de vue idéologique, les coupables se nomment utopie multiculturelle. Amour inconditionnel de l’Autre, poussé jusqu’à la haine de soi. Angélisme. Culture de l’excuse. Détestation de la France traditionnelle et, plus précisément, de son essence catholique.

Mais les premiers coupables se nomment Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac. Ce sont eux qui, en 1976, ont lancé la folle machine démographique du regroupement familial.
Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac sont les incendiaires. Les créateurs d’enfer. Ils portent une responsabilité historique dans les souffrances qu’endure le peuple français depuis quatre décennies. Et ils sont comptables du chaos dans lequel est en train de sombrer la France, et des innombrables tragédies qu’elle va essuyer. Car il n’était nul besoin d’être bien malin pour prévoir que l’immigration massive, donc non assimilée, mènerait au repli identitaire, puis à la formation d’enclaves communautaristes, « d’Etats dans l’Etat » en sécession de la France. Il n’était nul besoin d’avoir fait Polytechnique (contrairement à Valery Giscard d’Estaing) pour deviner que si ces enclaves étaient nourries d’une vision de l’homme et de la femme aux antipodes de celle prévalant en dans le pays d’accueil, elles finiraient par s’y montrer hostiles, puis par lui déclarer la guerre.
Bien sûr, si Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac ont pris la décision criminelle de déraciner des millions d’hommes et de femmes pour les importer en France et créer en un temps record un enfer communautariste, c’est qu’ils servaient ainsi des intérêts considérables — les leurs et ceux de leurs semblables.
Ce qui ne veut pas dire qu’il y eut complot. Ni même concertation. Il y eut seulement une convergence entre des intérêts financiers, politiques et idéologiques. Il y avait les avides, qui souhaitaient exploiter l’immigration massive pour faire pression à la baisse sur les salaires ; les idéologues, qui y voyaient un moyen d’effacer les dernières traces de l’infâme et obscurantiste civilisation chrétienne ; et enfin tous les larbins du système, les suiveurs, les opportunistes, tous les prostitués politico-médiatiques et autres invertébrés qui gagnent leur vie à ramper devant le modèle dominant, quel qu’il soit.

L’immigration massive fut donc pour une part essentielle une exigence du grand patronat, qui entendait ainsi exercer une pression baissière sur les salaires. On connait la réponse désabusée de Pompidou à son ministre de l’Intérieur s’inquiétant des effets délétères de l’immigration sur la cohésion sociale et, à terme, la paix civile (ce dès 1972…) : « C’est le patronat qui l’exige ». Grand classique du libéralisme, déjà analysé par Marx en 1840 chez les patrons anglais qui, de la même manière, recouraient dans leurs usines à une main-d’œuvre irlandaise pour niveler par le bas le traitement de leurs salariés. Vu les enjeux financiers colossaux, on imagine l’enrichissement du personnel politique qui a fignolé et voté les lois scélérates ouvrant les vannes de l’immigration massive, et par conséquent de la prospérité du grand patronat — pour le peuple, c’est une autre histoire…
Exploitée par le grand patronat à des fins d’enrichissement, l’immigration massive le fut également par la classe politique à des fins électoralistes… et donc, indirectement, d’enrichissement. De l’échelon national au niveau local, un nombre incalculable d’élus utilisèrent (et utilisent) les immigrés comme du vulgaire, mais ô combien précieux bétail électoral. Il serait impossible de dresser la liste de tous les hommes et femmes politiques qui doivent leur carrière et leur train de vie à la trahison frénétique et incessante des valeurs républicaines (comme ils disent tout solennels, tout frémissants du blaze, ces escrocs).
Véritables faux-amis de la diversité, ces charlatans de la tolérance ont multiplié (et multiplient) les prosternations obséquieuses devant la communauté musulmane pour obtenir ses suffrages et ainsi continuer d’encaisser leurs grasses indemnités de traîtres à la nation. Financements à peine déguisés d’écoles coraniques et de mosquées via des baux emphytéotiques et la requalification de bâtiments cultuels en « espaces culturels », aménagement d’horaires réservés aux femmes dans les piscines, élaboration de menus halal dans les cantines, participation aux célébrations de ruptures du jeûne du ramadan (qui prennent, dans des villes comme Roubaix, la dimension de véritables marathons) : voilà quelques unes des courbettes de nos élus de la République — fièrement laïcs — devant leur clientèle musulmane. A tel point qu’on se demande si le mot « clientélisme » n’a pas été inventé pour désigner les rapports entre la classe politique française et les populations immigrées.
Le seul problème, c’est que ce clientélisme (qui est d’ailleurs un grave corollaire des systèmes dits démocratiques — mais ce débat mériterait de longs développements), en enfermant les immigrés et descendants d’immigrés dans leur identité d’origine, les a délibérément maintenus à l’écart de la communauté nationale. Ce qui n’empêche pas les responsables de cette fracture de déplorer toute honte bue l’apartheid qui sévirait en France… 
Plus grave : cette assignation à l’identité d’origine ayant pour cadre un pays où prévaut un autre modèle identitaire, elle ne pouvait être totale. L’influence de la norme dominante devait se faire sentir, d’une façon ou d’une autre. Que ce soit par un désir spontané (et plus ou moins conscient) de s’assimiler à la communauté d’accueil, ou par les exhortations épisodiques à l’assimilation que formulaient malgré tout certaines personnalités politiques, médiatiques et intellectuelles, les immigrés et leurs descendants se sont trouvés tiraillés entre des aspirations et injonctions contradictoires. Devenez français, mais revendiquez vos origines. Assimilez-vous, mais cultivez vos différences, qui sont autant de chances. De cette indécision, de cet empêchement de trancher a résulté un flou identitaire épouvantable. Un véritable enfer intérieur. Peu de souffrances, en effet, sont plus aiguës que le chaos identitaire. Le défaut d’identité est un supplice. Errer perpétuellement dans un univers identitaire flottant, bancal, nébuleux, constitue une authentique torture.

Cette souffrance identitaire, souvent aggravée par l’absence de figure paternelle, est à la racine de l’extraordinaire violence des « jeunes » de banlieue. Leur folle impulsivité, leur nervosité indomptable, leur effarante agressivité résultent de ce flou identitaire, de la destruction en eux de tout repère, de toute structure propres à juguler leurs instincts.
Et on ne le répétera jamais assez : le grand patronat et la quasi-totalité de la classe politique sont les responsables de ce carnage. Ce sont eux — et non le peuple français — qui ont organisé ce véritable crime de masse ; ce sont eux qui ont sacrifié des générations entières de « jeunes » — sans parler du peuple français qui en est victime — à leurs intérêts financiers et électoraux. Avec un cynisme inouï, ils les ont dépouillés de tous les moyens de se contrôler, donc de grandir, donc de s’accomplir — tout en les flattant et en les gavant d’allocations ; tout en les flattant et en les gavant d’allocations, ils les ont rendus esclaves de leurs instincts, et donc terriblement nocifs pour la société. L’explosion sur les trente dernières années de la criminalité, des taux de vol, de viol et de violence, et de la population carcérale, est en grande partie la conséquence de ce saccage identitaire (et qu’on ne vienne pas m’opposer les poncifs de la « pauvreté » et de la « misère sociale » pour expliquer la délinquance : les trois départements les plus pauvres de France — le Lot, le Cantal et la Creuse — sont aussi les moins criminogènes).

Mais à cette situation, déjà terrible, est venu s’ajouter un facteur aggravant : les allégeances musulmanes de ces « jeunes ».
En effet, à part dans l’esprit logique, cartésien et rationnel des lecteurs de Libé, pour lesquels il n’y a aucun lien entre immigration et islam (c’est bien connu, l’immigration maghrébine qui submerge la France depuis quarante ans est essentiellement bouddhiste), il est un fait que les millions de Maghrébins arrivés en France ces dernières décennies (la population d’origine algérienne a été multipliée par 20 depuis 1950 ; l’immigration subsaharienne a été multipliée par 50 en 40 ans) ont amené avec eux une culture, une civilisation, une religion. Cette culture, cette civilisation, cette religion ont diffusé dans les quartiers où le grand patronat philanthrope et la classe politique humaniste les avaient parqués, jusqu’à y devenir la norme dominante. Cela a d’ailleurs engendré, pour les Français réfractaires à ce nouveau modèle de civilisation, un véritable exode, que les historiens documenteront peut-être un jour. Cela a également provoqué, avec une nette accélération ces dernières années, un phénomène d’« assimilation à l’envers » de certains « Français de souche », que ce soit par intérêt, par adhésion délibérée ou par cession à la pression du modèle dominant. Par la conjonction de cet exode et de cette assimilation à l’envers, les « territoires perdus » sont désormais homogènes culturellement ; ils ont fait sécession du reste de la France.

Cette composante musulmane, longtemps restée en sourdine chez la plupart des « jeunes », effectue aujourd’hui un puissant retour en force. En effet, après de longues années marquées par la violence, la délinquance, la drogue, la consommation frénétique et idiote — bref, par la vacuité de la « civilisation » occidentale contemporaine, que seuls les incultes croient encore en filiation avec l’Europe chrétienne —, ces jeunes sont arrivés au bout de l’impasse. Au bout de l’ennui. L’absurdité, la vanité de cette existence sont trop manifestes. Elles deviennent invivables. En effet, même une racaille crétinisée jusqu’à la moelle est susceptible de vouloir donner un sens à sa vie. Or les religions (les vraies, pas les fadaises mystico-nombrilistes modernes) sont de puissants pourvoyeurs de sens. Mais quelle religion choisir ? Le catholicisme, religion historique de la France ? Bien sûr que non : comme chacun sait, le catholicisme est une religion réactionnaire, fasciste, ringarde, obscurantiste, pédophile, inquisitrice, collaborationniste, et qui de surcroît n’a jamais produit que du malheur et de la laideur. C’est en outre la religion des boloss. Elle a été suffisamment raillée, ridiculisée, salie, calomniée pour que plus personne ne veuille s’approcher de ce bâton merdeux. Et puis, de par leurs origines, ces jeunes sont évidemment enclins à adopter l’islam. C’est ce qu’ils font.
Ils se ruent sur l’islam avec une ferveur à la mesure de leurs carences identitaires. Ils s’imprègnent de ce baume, s’en remplissent, s’en saturent, en dégoulinent, trop heureux d’enfin trouver une consistance, une signification à leur existence. Avec l’excès de zèle typique des nouveaux convertis, ils se livrent à une surenchère de rigorisme, d’autant plus délicieuse que les textes islamiques apparaissent, en de nombreux passages, justifier leurs comportements violents, machistes, homophobes et antisémites. L’islam est à leur vide identitaire ce que l’acide nitrique est à la glycérine. Il exacerbe leurs pulsions tout en les nimbant d’un certain prestige, d’un baratin pseudo-spirituel qui transfigure leurs exactions en actes héroïques au service d’Allah.
Le parcours des terroristes qui ont frappé la France ces dernières années est emblématique de ce cheminement : tous des petites frappes de banlieue, délinquants multirécidivistes, connus des services de police selon l’expression tristement consacrée, toxicomanes pour la plupart, ils ont fini par résoudre leur errance identitaire par un surinvestissement de la composante musulmane de leur identité.

Car le corpus de textes de l’islam, que les islamolâtres médiatiques et autres désinformateurs professionnels le veuillent ou non, comporte de nombreuses incitations à la violence. Ce qui ne veut pas dire, bien évidemment et fort heureusement, que tous les musulmans y souscrivent. Ce qui ne veut pas dire, bien évidemment et fort heureusement, qu’il faut regarder « les musulmans » comme une communauté homogène, uniformément menaçante. Ce serait imbécile, et profondément injuste pour tous les musulmans qui pratiquent leur foi avec discrétion et tempérance. De manière plus générale, réduire un homme aux obédiences dont il se réclame est une erreur de l’intelligence, et une faute du cœur. Mais il est une autre erreur de l’intelligence : c’est de refuser de se renseigner. De s’obstiner à ne pas savoir. Bref, de faire le choix de l’obscurantisme…
Or il suffit de lire : de nombreux versets du Coran exhortent à la conquête, à la soumission et au châtiment des infidèles par la menace, la violence, voire le meurtre. Il suffit de lire : de nombreux épisodes de la vie du Prophète — la référence suprême — consistent en des fourberies, des viols, des assassinats, des massacres de masse. Ce sont de vrais versets du vrai Coran que les « terroristes » invoquent pour justifier leurs exactions ; c’est à l’histoire vraie du Prophète qu’ils se réfèrent pour légitimer leurs atrocités. C’est encore l’islam qui régit les mœurs, les normes sociales, la politique pénale et la condition des femmes en Arabie saoudite, au Qatar, en Afghanistan (que les fanatiques du déni aillent y faire un tour, ils vont se prendre un sacré coup de réel sur la tête)… C’est cet islam dont se réclament les fondamentalistes qui, d’ores et déjà, occupent de nombreux bastions en France et en Europe (les fameux « territoires perdus »), et entendent soumettre l’ensemble du pays et du continent.

Face à cette menace, que faisons-nous ? Nous affaiblissons notre force publique. Nous affaiblissons nos renseignements. Nous affaiblissons notre justice. Nicolas Sarkozy a supprimé la double peine ; les renseignements généraux ; 54 000 postes de militaires ; 12 000 postes de policiers et de gendarmes ; 2 000 poste des douaniers. Via sa garde des sceaux Rachida Dati, il a institué un laxisme judiciaire sans précédent. Avec lui, les remises de peine — divisées par deux — sont devenues automatiques, les aménagements de peines quasi-systématiques. Plus sidérant encore, l’article 48 du projet de loi pénitentiaire de 2009 enjoint les juges d’application des peines de ne pas faire appliquer les peines de prison ferme de moins de deux ans. Pincez-vous, frottez-vous les yeux tant que vous voudrez : vous avez bien lu. En 2009, 80 000 peines de prison n’étaient pas effectuées. Il y a plus de viols chaque année que de places de prison. 75 000 viols par an, 67 000 détenus. Chaque année, au moins 500 violeurs, après condamnation, ne vont pas en prison. Un violeur n’effectue quasiment jamais plus de la moitié de la peine à laquelle il a été condamné. Et certains s’interrogent encore sur les causes de la récidive… et se grattent le crâne quand on leur parle d’explosion de la criminalité…
Christiane Taubira, que nombre de sarkolâtres fustigent pour son laxisme criminel et le sentiment d’impunité qu’elle suscite chez les délinquants, ne fait en réalité que mettre ses pas dans ceux de Rachida Dati. Contrairement à ce que croient les amnésiques volontaires, cette grande humaniste n’est pas à l’origine du laxisme ; elle le prolonge, et l’amplifie. Dans le domaine pénal plus encore qu’ailleurs, c’est bien « l’alternance unique » chère à Michéa qui est à l’œuvre depuis trente ans. « Gauche » et « droite » confondues, nos lois et leur application relèvent de la même idéologie. « Gauche » et « droite » confondues, notre réponse pénale est régie par le même angélisme, la même culture de l’excuse, la même compassion effarante pour les bourreaux, et le même mépris inouï pour les victimes. En tout cas le message a été bien reçu. La délinquance est le seul secteur en croissance en France. Cette délinquance qui, répétons-le, est le terreau du terrorisme islamiste… des bataillons intarissables…

Ce désarmement généralisé alors que la menace enfle, que les caves des cités se remplissent de kalachnikovs, que l’islam rigoriste étend son emprise, qu’une contre-société de plus en plus hargneuse multiplie les gestes d’hostilité, a un précédent troublant. C’était il y a plus de quatre siècles. En 1560. Deux ans avant qu’éclate en France une effroyable guerre civile… L’attitude adoptée alors par le chancelier L’Hospital (assistant la reine mère Catherine de Médicis pendant l’enfance de Charles IX) vis-à-vis du protestantisme présente d’étonnantes similitudes avec l’attitude actuelle de nos « élites ». L’Hospital a cru éviter l’affrontement avec les protestants en cédant à leurs revendications communautaristes (comme on ne disait pas à l’époque). En réalité, il n’a fait que les enhardir : en semblant légitimer leurs exigences, il les a incités à la surenchère. Il n’a pas vu l’engrenage funeste dans lequel il entrait ; pas compris qu’aucune concession ne suffirait jamais ; que chaque revendication satisfaite en appellerait une nouvelle, dans un cercle vicieux sans fin. Michelet, presque malgré lui, fustige cette naïveté criminelle : « Aux flots de la mer soulevée, aux éléments furieux, au chaos il dit : "Soyez rois." » Que n’aurait-il dit de Sarkozy, qui a fait de l’Union des organisations islamiques de France l’interlocuteur privilégié de la République sur les questions d’islam ? L’Union des organisations islamiques de France, émanation des Frères musulmans, classée terroriste par de nombreux pays, dont l’Egypte et les Emirats arabes unis…

Mais l’analogie ne s’arrête pas là : car en même temps qu’il ployait sous la pression communautariste, L’Hospital, ce Sarkozy avant l’heure, affaiblissait considérablement la force publique. Au moment même où les tensions croissantes, et les menaces de plus en plus manifestes, nécessitaient au contraire un renforcement d’une ampleur sans précédent, il décidait de diminuer les effectifs et les traitements de la police intérieure. En affermissant la puissance des protestants, et en affaiblissant celle de l’Etat, L’Hospital-Sarkozy n’a pas empêché l’affrontement : il l’a simplement retardé, et rendu plus violent. Plus sauvage. Plus chaotique. L’Hospital-Sarkozy porte une responsabilité majeure dans les horreurs qui ont marqué les quatre dernières décennies du XVIème siècle — jusqu’à l’Edit de Nantes —, ainsi que dans les vives tensions qui persistèrent durant les quatre premières décennies du XVIIème.

De la même manière, la couardise, l’angélisme, les capitulations incessantes de nos dirigeants actuels nous mènent au bain de sang. Ce n’est pas une prévision apocalyptique ; cela a commencé… La comparaison, cependant, ne peut être prolongée : car « l’affrontement » qui approche sera d’une toute autre nature que celui qui, à l’époque, opposa catholiques et protestants. Il n’y aura pas de Saint-Barthélemy. Ou alors, à la rigueur, une Saint-Barthélemy inversée. Mais non, décidément, le parallèle n’est pas pertinent : car à l’époque, les deux camps avaient quelque chose à défendre, et étaient prêts à se battre ; nous n’avons rien à défendre, et ne sommes prêts qu’à nous soumettre. Certes, il y aura des actes de résistance, héroïques et désespérés ; mais la reddition de la majorité fait peu de doutes. Il suffit de voir les réactions…« Vous n’aurez pas ma haine », « Pas d’amalgame », « Je suis Charlie », « Paix »… Comme si on combattait la barbarie avec des slogans et des bons sentiments…

C’est que ces dernières décennies s’est déroulé quelque chose de bien plus grave que le désarmement de nos renseignements, de notre police et de notre justice : c’est notre désarmement moral.

En effet, pour mettre à l’abri de toute critique leurs agissements abjects, le grand patronat, la classe politique et les francophobes de tous poils ont érigé une forteresse de propagande sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Relais médiatiques, politiques, associatifs et syndicaux : une fantastique armada idéologique s’est déployée qui, inlassablement, a occulté, falsifié, dénaturé la réalité, et terrorisé ceux qui s’obstinaient à utiliser leurs yeux et leur intelligence pour appréhender le monde. Sous la pression, ces derniers se sont faits de plus en plus rares ; peu à peu, les réflexes ont remplacé la réflexion ; les slogans ont remplacé la discussion ; les intimidations ont remplacé l’argumentation. Les débats ont tourné au concours de vertu. On n’expliquait plus, on prêchait. On ne démontrait plus, on insultait. Bref, on laissait un système d’essence authentiquement fasciste imposer son hégémonie sur la vie des idées, tout en bêlant contre la prétendue « menace fasciste » qu’incarnaient ceux qui le critiquaient… On récitait le catéchisme médiatique sans le moindre recul critique, tout en donnant de pompeuses leçons d’esprit critique… On devenait un parfait perroquet des médias, tout en croyant développer une pensée personnelle. On se vautrait dans le prêt-à-penser le plus dogmatique et le plus sectaire, tout en se proclamant un magnifique héritier des Lumières et de la Raison… On tournait moulin à propagande, tout en dénonçant héroïquement la propagande qui sévirait ailleurs, en Russie par exemple. Mais c’est bien connu : la propagande, c’est toujours chez les autres…

Ce pilonnage incessant des esprits a permis d’imposer un silence de plomb sur LE phénomène capital de ces quarante dernières années : l’immigration massive. Il a permis de masquer les formidables mutations à l’œuvre dans les « territoires perdus ». Il a empêché que soit connue l’ampleur du repli identitaire dans les « quartiers », et par conséquent que soient plébiscités des décideurs qui souhaitaient enrayer cette folie. Plus fourbe encore, cette extraordinaire campagne d’endoctrinement a réussi le tour de force de retourner les torts : toute critique de la politique authentiquement raciste du grand patronat et de la classe politique fut taxée de… racisme. Condamner l’exploitation des immigrés à des fins lucratives et clientélistes ? Raciste ! Déplorer la fracture communautariste, et suggérer de la résorber par l’assimilation ? Raciste ! Glorifier la culture française tout en pensant que chacun, quelles que soient sa couleur de peau, son origine ethnique, est capable de se l’approprier ? Raciste ! Par le miracle de cette propagande en miroir, ceux qui dénonçaient l’immigration massive devenaient des racistes, des fascistes, quasiment des nazis ; et ceux qui l’exploitaient étaient des humanistes. Les exploiteurs de la misère humaine drapés dans la vertu, et salissant ceux qui s’opposent à leurs sombres œuvres. Le sommet du cynisme…

L’opération de dressage « Touche pas à mon pote » fut à ce titre un chef-d’œuvre de perversité. Cette campagne de culpabilisation — la plus emblématique et la plus odieuse de ces trente dernières années — s’est révélée doublement délétère : d’une part, elle a empêché toute critique du phénomène migratoire (assimilée à du racisme) et toute exigence d’assimilation (vue comme une ratonnade en puissance) ; d’autre part, elle a ancré dans l’imaginaire des populations immigrées le fantasme d’une menace raciste et xénophobe. Prodigieuse perfidie du slogan : en prétendant les protéger d’une hostilité imaginaire, elle a suscité chez les populations immigrées une défiance et une hostilité bien réelles, elles, envers le peuple accueillant — tout en désarmant ce dernier. Paranoïa d’un côté, mauvaise conscience de l’autre : voilà les fruits toxiques de cette campagne stalinienne, qui a largement contribué à monter les Français les uns contre les autres… tout en condamnant, avec une mauvaise foi et un culot prodigieux, « ceux qui montent les Français les uns contre les autres, qui « cherchent à diviser les Français » et « refusent le vivre-ensemble »… Mais c’est précisément l’assimilation, et elle seule, qui permet le « vivre-ensemble » ; cette assimilation que les rentiers de l’antiracisme ont criminalisée, fascisée, nazifiée, et finalement rendue impossible (il est vrai que sinon, ils se seraient retrouvés au chômage technique). Ainsi, à partir d’une situation tranquille et gérable a priori, les charlatans de l’antiracisme ont créé de toutes pièces un enfer communautariste, où les uns s’imaginent persécutés et les autres persécuteurs. Magnifique malentendu. En langage courant, c’est ce qu’on appelle foutre la merde. Les antiracistes sont des fouteurs de merde. Pire : au vu des derniers développements de la haine qu’ils ont instillée, les antiracistes sont des fauteurs de guerre. Mais cela ne les empêche aucunement de poursuivre leur œuvre de fragmentation du peuple français. En témoigne leur dernière trouvaille : le procès en islamophobie. C’est, à trente ans d’intervalle, le portrait craché de « Touche pas à mon pote ». Il poursuit exactement les mêmes buts, et procède exactement de la même « logique » : mettre hors de portée de la critique un phénomène — l’islamisation de la France — en faisant croire que ceux qui l’incarnent seraient menacés par d’infâmes « islamophobes », des fachos, des bas du front prêts à sévir contre eux avec la plus grande violence. Ce qui provoque naturellement une défiance et un raidissement chez les musulmans, alors enclins à interpréter toute critique ou demande de conciliation de leurs préceptes religieux avec les normes occidentales comme une agression relevant de l’islamophobie. « Touche pas à mon pote » et l’imputation d’islamophobie : même combat, mêmes méthodes, même sournoiserie. Prôner la tolérance, mais attiser la défiance. Prêcher l’apaisement, mais susciter la psychose. Louer la fraternité, mais exacerber le repli communautariste. Exalter la paix, mais mener à la guerre. Confusion du langage du bien et du mal, pour paraphraser Nietzsche… Le prince des contrefaçons en pleine action…

Ininterrompue depuis trente ans, cette longue chaîne de manipulations, de propagande, de terrorisme intellectuel a fonctionné au-delà de toutes les espérances. Les notables de l’antiracisme ont gagné. Ils ont soumis le peuple, après l’avoir sali. Trois longues décennies de conditionnement, d’endoctrinement, de dressage idéologique ont totalement désarmé les Français. Ils n’osent plus rien dire, de peur de passer pour des fachos. Ils n’osent plus rien penser. Ils n’osent plus rien voir.
Il faut sentir leurs raidissements, leurs crispations, la terreur qui leur vrille l’estomac dès qu’on effleure le sujet de l’immigration. Il faut voir leurs regards paniqués, leurs mâchoires qui se serrent à bloc, leur précipitation désespérée à changer de sujet quand ils entendent le mot « islamisation ». La terrible vérité est que, pour la plupart, les Français ont intériorisé les insultes que la nomenklatura antiraciste leur déverse sur la tronche depuis trente ans. Ils ont fini par accepter les crachats. Par trouver normal ce bombardement d’injures. Ils ont fini par se dire qu’il devait bien y avoir une bonne raison, s’ils se faisaient pourrir ainsi. Qu’ils devaient bien tout compte fait être d’énormes immondes dégueulasses, puisque tout le monde semblait s’accorder sur ce point.
Les Français sont humiliés. Rabaissés. Tétanisés par la culpabilité, alors qu’ils n’ont rien fait (qu’on me cite un seul, je dis bien un seul acte raciste d’envergure commis par un Blanc ces trente dernières années). « Liberté d’expression ! », glapissent les bataillons de Charlie en brandissant triomphalement leurs crayons. Et ces archétypes de la pensée magique croient que leurs incantations puériles recouvrent une quelconque réalité. Mais la réalité est que les Français n’ont jamais été aussi peu libres de s’exprimer. Jamais été aussi peu libres de critiquer. Or, comme disait Philippe Muray, « plus on critique, plus on comprend ». Mais les Français préfèrent la préservation de leur existence sociale à la critique, et donc à la compréhension du monde. On ne peut pas leur en vouloir. La pression est immense.

Quoi qu’il en soit, les historiens écriront que notre ennemi a prospéré pendant quarante ans sans que nous en sachions rien. Ou plutôt, sans que nous n’ayons le droit d’en dire, ni même d’en penser quoi que ce soit. L’opération de désinformation, d’escamotage de la réalité et de dressage idéologique que nous subissons depuis trente ans est un succès sans précédent. Il s’agit, à n’en pas douter, de la plus grosse manipulation de masse jamais menée. Staline doit en pâlir de jalousie d’outre-tombe. Réussir à dissimuler pendant plusieurs décennies une réalité aussi massive, aussi décisive, aussi préjudiciable à l’avenir du pays, cela relève du prodige. Du chef-d’œuvre de propagande. Ce serait admirable, si ce n’était cauchemardesque. Ce serait grandiose, si ce n’était criminel.

Pourtant, cette humiliation doit cesser. Notre duperie doit prendre fin. C’est, désormais, une question de vie ou de mort. Car si nous ne retrouvons pas le courage d’ouvrir les yeux et de dire les choses, nous ne trouverons a fortiori jamais le courage de nous battre. Or il faudra se battre, ou se soumettre. L’alternative, maintenant, est celle-là. C’est la seule. Voilà où nos dirigeants nous ont menés.
Il faudra donc commencer par rejeter l’ensemble de ces « dirigeants », qui nous ont dirigé tout droit en enfer. Opposer une fin de non-recevoir aux boniments de cette classe politique qui, depuis quarante ans, n’a rien fait pour empêcher l’immigration massive, ni pour résorber la fracture communautariste. On juge l’arbre à ses fruits : ces apparatchiks ne méritent pas la moindre considération, ni le moindre crédit. Ils ont trop menti, manipulé, désinformé, trahi, et détruit ; ils ont fait trop de mal. Leur parole est définitivement démonétisée. Leur nuisance définitivement avérée.

Il faudra aussi, bien sûr, cesser d’être dupe de l’escroquerie sémantique consistant à employer indifféremment « Union européenne » et « Europe ». Il faudra enfin dissiper les rideaux de fumée médiatiques, et comprendre que l’Union européenne, loin de pouvoir être confondue avec l’Europe, en est l’ennemie mortelle. L’Union européenne est intrinsèquement, passionnément immigrationniste. D’une part car elle voue une haine profonde à la civilisation européenne, c’est-à-dire chrétienne ; d’autre part car son logiciel économique, d’essence esclavagiste, la pousse à vouloir réduire toujours plus le coût du travail, jusqu’aux limites de l’absurde et de la cruauté.
L’Union européenne réalise la plus belle synthèse des idéologues qu’on puisse imaginer. Elle est l’alliance magnifique entre les citoyens du monde progressistes, antiracistes, multiculturalistes, et le grand patronat ultralibéral ; entre les utopistes et les esclavagistes. L’angélisme au service de la cupidité… classique… Il suffit de penser au traité de Schengen, la mise en œuvre la plus dévastatrice de l’idéologie sans-frontiériste et de l’utopie de libre-circulation ; il suffit de considérer le traité de Lisbonne (2007), par lequel l’immigration est devenue une compétence communautaire (c’est-à-dire relevant non plus de l’unanimité, mais de la majorité qualifiée du Conseil) ; il suffit d’observer la gestion criminelle par l’UE de la crise des « migrants » ; il suffit, surtout, de lire le premier article des Principes de base communs de l’Union européenne en matière d’intégration des immigrants (2004). Cette profession de foi multiculturaliste (où l’injonction de propagande se trouve à peine voilée) se passe de commentaires :
« 
"L’intégration est un processus dynamique, à double sens, de compromis réciproque entre tous les immigrants et résidents des pays de l’UE". La Commission propose au niveau national:
·              de renforcer la capacité de la société d’accueil à s’adapter à la diversité;
·              de renforcer le rôle du secteur privé dans la gestion de la diversité;
·              de promouvoir la confiance et les bonnes relations dans les quartiers;
·              d’encourager la coopération avec les médias.
 »
Oui, il faut que tombent les masques, afin que l’Union européenne apparaisse comme ce qu’elle est : un ennemi essentiel des peuples européens et de la civilisation chrétienne. Il faut donc la rejeter de toutes nos forces, sans la moindre réserve, ni la moindre concession. Elle nous est hostile de naissance. Par construction.

Mais ces mesures d’ordre politique, si elles sont d’une urgence vitale, ne suffiront pas. Il faudra aller beaucoup plus loin. C’est une véritable révolution intellectuelle, psychologique, et spirituelle qui sera nécessaire. Car le véritable problème qui se pose à nous n’est pas un problème de politique ou d’institutions ; c’est un problème de civilisation. Il faudra commencer par systématiquement remettre en cause le langage de l’oligarchie médiatico-politico-artistique, pour en finir avec les mots qui mentent ; il faudra notamment réaliser que le concept de « civilisation occidentale » est une escroquerie. Que cette locution n’a plus aucun sens, dans l’Occident d’aujourd’hui. En effet, les productions artistiques, la vie intellectuelle, les normes sociales, les ambitions existentielles, le système de valeurs, l’anthropologie dont procède l’Occident contemporain ne méritent pas le beau nom de civilisation. Ils n’ont plus aucun lien avec la civilisation occidentale fondée à Athènes et à Rome, celle qui pendant des siècles a inondé le monde de beauté, et offert à l’homme de livrer les plus bouleversants témoignages de sa dignité. Il faut bien comprendre que cette civilisation a été effacée. Par conséquent, et contrairement à ce qu’on peut entendre et lire, les islamistes ne détruisent pas notre civilisation : ils prospèrent sur ses ruines.

« Détruisez le christianisme et vous aurez l’islam » avait prophétisé Chateaubriand. En détruisant le catholicisme, nous avons arraché le cœur de la civilisation européenne. Et nous nous étonnons qu’elle meure… Et nous persistons à rejeter le catholicisme au nom de la sacro-sainte laïcité, et de tous les poncifs diffamatoires colportés sur lui depuis la Révolution. En effet, malgré les innombrables témoignages de la beauté, de l’intelligence, de la grandeur du catholicisme qui pendant des siècles a transcendé l’Europe, malgré Saint Louis, Saint Thomas d’Aquin, Rome (capitale du catholicisme, et capitale de la beauté ; coïncidence ?), les cathédrales, les églises, les abbayes, les tableaux, la musique, les œuvres de charité, personne de nos jours ne doute que le catholicisme est une religion obscurantiste, obtuse, arriérée, cruelle, pédophile, misogyne, homophobe, réactionnaire, superstitieuse, ennemie de la raison, de la science et de l’intelligence. Puissance des stéréotypes… Ravages de la propagande post-révolutionnaire, matraquée sans discontinuité jusqu’à aujourd’hui…

« Dieu rit de ceux qui déplorent les conséquences dont ils chérissent les causes » écrivait Bossuet. Nous mourons de notre vacuité spirituelle. De notre rejet de toute transcendance. De notre dérision pour ce qui nous ferait grandir. De notre haine pour ce qui nous rendrait libres.

Nous prenons pour le triomphe de notre raison ce qui n’est que le renoncement à notre âme.

Sayyid Qutb, penseur des Frères musulmans, touche du doigt une vérité quand il écrit : « L’islam ne peut que gagner, car la modernité est intrinsèquement incapable d’étancher la soif de spiritualité de l’homme. »…

Il est grand temps de rejeter les valeurs desséchantes de la prétendue « modernité », et de devenir attentifs à notre soif de spiritualité. Il est grand temps de renouer avec notre âme. Il est donc temps de réhabiliter le catholicisme. De balayer le prêt-à-penser cathophobe accumulé contre lui depuis deux siècles. De regarder avec clairvoyance les fruits magnifiques qu’il a produits, pendant des siècles et des siècles.
Ce sera un énorme effort intellectuel, qui nous conduira à relire toute l’Histoire sous une lumière nouvelle. A dissiper le fatras de clichés qui peuplent notre tête. A rejeter les caricatures, à démonter les contrevérités dont on nous a farci le cerveau. A réfuter les énormités historiques que nous prenons pour des certitudes, à force des les avoir lues et entendues partout.
Oui, il faudra se débarrasser du catéchisme anticatholique qu’on nous a rentré dans le crâne à grands coups de propagande. Réaliser que l’Europe ne fut grande que tant qu’elle fut irriguée par le catholicisme.
Ce sera alors la fin d’une immense imposture. Et le début de nombreux éclaircissements. Bref, une libération. Certes ce sera aussi, dans un premier temps, une douloureuse blessure narcissique. Admettre que nous avons été dupés, manipulés, que tout ce que nous croyions penser sur le catholicisme n’était qu’une gigantesque intoxication, un tissu de propagandes et de désinformations, cela ne se fera pas sans secouer sévèrement notre ego. Mais cette blessure de notre fierté sera toujours moins douloureuse que celles qui nous menacent, si nous ne faisons pas cet effort de lucidité.
Nous n’avons pas le choix : il faut que notre civilisation renoue avec ses racines spirituelles. Il faut que de nouveau, le souffle du catholicisme l’anime, la fortifie, et lui inspire le sens du dépassement qui a fait sa grandeur. Il faut redonner une âme à notre civilisation. Tout le reste n’est que vaines gesticulations. Sans cette révolution intellectuelle et spirituelle, qui n’est pas un retour en arrière mais au contraire un formidable bond en avant, l’Occident ne survivra pas aux attaques dont il est la cible. Ou plutôt, il ne renaîtra pas. Car il est déjà mort.