lundi 1 avril 2013

L'ectoplasme émasculé

De petits yeux en trous de bite
Égarés au fond des orbites,
La prestance d’un gros oiseau,
Le charisme d’un bigorneau :

C’est moi le roi, c’est moi le boss !
Le patriarche, le molosse !
La puissance, l’autorité,
La force et la virilité !

Piteuse bonbonne avachie,
Je n’ai jamais rien entrepris
Et traite tout par le mépris :
Je gouverne comme je chie.

Contre la criminalité,
Je lutte avec ténacité.
Écoutez, si vous en doutez,
Mes terrifiants accents guerriers :

« Tremblez, voyous et criminels !
Tueurs, prédateurs sexuels !
Car notre arsenal répressif
Est puissamment dissuasif :

Parloirs intimes, remises de peines,
Sursis, vices de forme, appels,
Magistrats assoiffés de haine,
Psychiatres amis des criminels.

La prison, ultime sanction,
Doit devenir une exception
Réservée aux plus gros salauds :
Réacs, chauffards et alcoolos.

Il ne faut plus incarcérer
Mais sans délai réinsérer
Car ce sont les auteurs de crimes
Qui sont, au fond, les vraies victimes :

Discriminés, stigmatisés,
Tout les pousse à assassiner ;
Rejetés par la société,
Ces pauvres n’ont plus qu’à violer.

Je prône donc la compassion
Pour les violeurs en réunion
Qui ont, c’est leur péché mignon,
Des problèmes de séduction.

Je souhaite aussi que les experts
Libèrent un peu plus de pervers
Et que les magistrats Jean-Jacques
Fassent enfermer toute la BAC.

Ces racailles un brin impulsives ?
Aucun risque de récidive !
Et ces amateurs de tournantes ?
Leur libération est urgente !

Je veux amnistier les casseurs
— D’ailleurs ce sera fait dans l’heure —
Mais j’ai prévu pour les cathos
Un bon p’tit coup de lacrymo. »

Bureaucrate insipide et plat
Au tempérament délavé
Je débite un mou charabia
D’une insondable vacuité

Et récite les évangiles
Du progressiste assermenté
Sous le contrôle des vigiles
De la pensée homologuée ;

Mon enragée aux droits des femmes
D’une émouvante grandeur d’âme
Ne veut plus voir différencier
Les sexes. Enfin, c’est compliqué :

Distinguer les sexes, faut pas,
Mais il faut plus de parité.
« Hommes » et « femmes » n’existent pas,
Mais il faut plus de mixité.

Cette exceptionnelle humaniste
(Et donc, forcément, féministe)
A déclaré la guerre à mort
A l’exploitation des corps :

Elle offre des prostituées
Aux phallocrates handicapés
Et aux femmes nécessiteuses
L’enviable emploi de mère porteuse.

Pour exterminer le machisme
Et les partisans du sexisme
(Tous hétéros, blancs et aisés —
surtout ne pas stigmatiser),

Elle a confié aux lobbies gays
L’éducation sexuelle
Des enfants dès la maternelle ;
C’est un gage de neutralité.

Faisons confiance à ces chics types
Pour n’imposer aucun cliché,
Déconstruire les stéréotypes,
Et puis ne pas endoctriner.

Le cerveau sous anesthésie,
Pataugeant dans ma léthargie,
J’ai la vigueur et l’énergie
D’une grosse poule engourdie,

Et l’épaisseur, la consistance
D’un gros nuage bien joufflu ;
Malgré mes dehors très dodus,
Je suis fait tout en transparence.

Vague baudruche émasculée,
Je n’ai jamais rien décidé,
Sauf, c’est sans risque, de gazer,
Les cathos osant s’exprimer ;

Pour le reste c’est avec zèle
Que je me soumets en rampant
A mes amis néo-tyrans :
Les doux despotes de Bruxelles.

Bien servilement je me couche
Devant ces élites merdiques,
Ces cervelets technocratiques
Qui détruisent tout ce qu’ils touchent ;

Je souscris à tous leurs caprices :
Leur rage uniformisatrice
Leur monnaie et leurs lois maboules,
Et j’applaudis quand tout s’écroule :

J’approuve leurs actions piteuses,
Leurs décisions calamiteuses,
Leurs déclarations fallacieuses,
Leur communication menteuse,

Car, comme eux, je n’aurai de cesse
D’effacer d’une main vengeresse
Les traces de l’humanité
Qui, grandiose, nous a précédés.

Cette œuvre est bientôt achevée :
Tant d’âmes, déjà, dévastées,
Errent dans notre monde aride
Sans réconfort, absurde et vide,

Un monde terne, asexué,
Sans fougue ni vitalité,
Où l’humanité en déroute
Toujours plus amère s’encroûte ;

Bienvenue dans ce monde fade !
Dans cette infinie débandade !
Dans ce chaos que rien n’éclaire !
Oui, bienvenue dans notre enfer !