mardi 5 février 2013

Le gauchiste




Notre époque, féconde en pitres,
En petits castrés pathétiques,
Piteux roquets tragi-comiques,
A donné naissance au gauchiste.

La gauchiste est un bon toutou
Que l’on retrouve un peu partout :
Gauche et droite, cocos, sarkozystes,
Et autres oppositions factices

(C’est qu’il n’a pas encore compris
Que gauche et droite sont des sosies
Et que de cette escroquerie
Il est le pigeon bien farci).

Le gauchiste habite un quartier
Intello-bio et convivial,
Avec des restos pas banals
Et des boutiques décalées,

Des ateliers d’écriture gays,
Des centres d’action poétique,
Des bars à vin très atypiques,
Et de charmants vide-greniers.

Dans sa cantine il recommande
La soupe de potirons bio
Et le bo bun façon bobo ;
Ici tout est fait sur commande.

Ouvrir en terrasse un Libé
Et porter des Converse aux pieds
Sont ses suprêmes voluptés
Et sa grandiose destinée.

Sur son pull Zadig améthyste
Tissé en cashmere équitable,
Ethique et développement durable,
Est brodé dans le dos « ARTIST » :

Comme tout gauchiste il est artiste,
Adepte d’un art subversif,
Dérangeant, explorant des pistes,
Et citoyennement actif.

Friand de concepts innovants
Par des artistes dissidents,
Indépendants, contestataires
(A qui l’Etat verse un salaire),

On peut le voir se prosterner
Devant des tas de fer rouillé
Et des surfaces de peinture noire :
Il nomme ça « Renouveau de l’art ».

C’est qu’il est ouvert au changement,
Et non réac, vieux et borné ;
Avant-gardiste et tolérant,
Il combat pour la nouveauté

Et changer les mentalités :
« Il faut, martèle-t-il, que cesse,
La différenciation des sexes,
Cette conception dépassée,

Vieux concept hétérocentré
De l’hégémonie masculine,
Archaïsme que, sans tarder,
Il faut œuvrer à mettre en ruines. »

Pour éradiquer le machisme,
Il ose à fond le féminisme ;
Mais gaffe ! il ne supporte pas
Qu’on mette en cause la burqa.

Alors il tourne furibond :
« Il ne faut pas stigmatiser ! »
Hurle-t-il, tout congestionné,
« Halte aux propos nauséabonds ! »

En roulant de gros yeux outrés,
Tout rouge, à deux doigts d’exploser.
C’est que lui n’est que tolérance,
Fraternité et bienveillance,

Compassion télévisuelle,
Philanthropie par sms,
Myopathes-show, sida-festival,
Et autres charity-business ;

Il pleure devant les Enfoirés,
Mais il est tout horripilé
Quand il se fait solliciter
Par un clochard sale et concret.

Pour la liberté d’expression
Il combat héroïquement
En achetant dévotement
Toutes les nouvelles éditions

Du catalogue des reporters
Sans peur, ni reproche, ni frontières
(En revanche il est à fond pour
Qu’on fasse taire Eric Zemmour).

Il chérit la diversité
L’insolence, la provocation,
Les esprits libres et effrontés,
Les vrais rebelles façon Guillon,

Mais il glapit « Procès ! Procès !! »
Dès qu’il entend une objection.
« Ah ! Dérapage nauséabond ! »
« Oh ! Heures sombres ! Vite, un procès ! ».

Inlassable pour fustiger
La brûlante actualité
De l’inquisition, des croisades,
Par les cathos, ces grands malades,

Il hurle à l’islamophobie
Dès qu’on critique la charia.
« Intolérance ! », alors, il crie
Et puis « Ne stigmatisons pas ! »

« Tordons le cou aux préjugés ! »
« IL NE FAUT PAS STIGMATISER ! »
(Mais les cathos sont des fachos
Ou au mieux des débiles mentaux).

Il vomit le colonialisme
Qui vraiment fait honte à la France,
Mais au nom du vrai humanisme
Prône le devoir d’ingérence ;

Saturé d’universalisme
Comme en son temps Saint Jules Ferry,
Il soutient le militarisme
Promu par Saint Bernard-Henri :

A coups de bombes philanthropiques
Il offre au Moyen-Orient
Des perspectives idylliques :
Chaos, charia et bains de sang.

Indigné par l’odieux suivisme
De ses ancêtres moutonniers,
Par ces siècles d’obscurantisme,
Ces collabos, ces résignés,

Il n’a pourtant jamais rien dit
De mal sur son époque à lui
(A part le credo médiatique
Et les clichés sociologiques).

Du passé sans cesse il critique
Les approbateurs frénétiques
Mais applaudit frénétiquement
Les atrocités du présent :

L’Europe uniformisatrice,
Sa dictature technocratique,
Le despotisme médiatique,
Qui le broient et l’infantilisent ;

C’est qu’il faut aller de l’avant,
Ne surtout pas être en retard,
S’inscrire dans le sens de l’Histoire,
En un mot vivre avec son temps

(Ce qui est très exactement
Ce que clamaient les collabos,
Qui d’ailleurs étaient socialos,
Pour masquer leurs renoncements).

Entre son dogme écologique,
Son catéchisme médiatique,
Ses homélies droits-de-l’hommistes,
Et son credo antiraciste,

Sans compter sa vénération
Pour l’iPhone et sa dévotion
A la Sainte Consommation,
Il s’imagine sans religion.

Comme son journal de déférence,
Il pardonne tout à Lénine
Mais ne peut pas saquer Poutine :
Il a le sens de l’indulgence.

« Et Pie XII, alors, ce fumier ! »
Crie-t-il en t-shirt du Che,
« Et Papon alors le fasciste ! »
(On lui dit qu’il était gauchiste ?),

« Et Le Pen alors ce salaud ! »
Devant son Warhol de Mao,
« Et Benoît XVI le pro-sida ! »,
Puis son préservatif craqua.

Il faut, dit-il, c’est sa manie,
Veiller à son hygiène de vie,
Manger sain et équilibré,
Soigner son capital santé ;

Pour rester jeune et donc heureux,
Il faut être précautionneux
Et bien prendre soin de son corps :
Très peu d’excès, beaucoup de sport.

Alors mardi et vendredi,
Il sort son short le plus sexy
Et court retrouver ses sosies
Qui courent en rond à l’infini.

Il pratique aussi le yoga
Pour épanouir ses chacras
Et boit bien sûr beaucoup d’Evian
Pour retrouver son âme d’enfant ;

C’est un vrai papa-kangourou
Jamais avare de poutous,
Qui faute de virilité,
Sait torcher le cul de bébé :

Il faut admirer sa fierté
Et son intense gravité
Quand il inflige à son morpion
Le supplice du biberon ;

C’est qu’une étude publiée
Dans son journal de révérence
Par des chercheurs assermentés,
Des autorités en sciences,

Etablit que l’embrouillement
Entre les rôles des parents
Aide à l’épanouissement,
A l’équilibre de l’enfant.

Alors tout fier, tout frétillant,
Dans son t-shirt PCCC
Et ses jolies Converse aux pieds,
Il équilibre son enfant.

Il en fera un bon gauchiste
Encore plus dérangé que lui,
Plus moutonnier, plus extrémiste,
Quel merveilleux projet de vie !

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