jeudi 24 juin 2010

Associations de malfaiteurs

Rokhaya Diallo et ses amis ont beaucoup d’humour. Noir, surtout.
Il suffit, pour s’en convaincre, de lire la parodie de pétition qu’ils viennent de publier, intitulée « Pour les cinq de Villiers-le-Bel ». Dans ce texte désopilant, un mystérieux « collectif de soutien » (à quelle cause ?…) brocarde avec une ironie cinglante le misérabilisme larmoyant des médias et autres adeptes de la culture de l’excuse.
Comme de juste, c’est Libération, toujours prompt à déceler et à servir les causes nobles (on se souvient, entre autres engagements glorieux, des complaisances du quotidien pour la pédophilie), qui a pris le risque de publier ce texte fort subversif (liberation.fr/societe/0101642469-pour-les-quatre-de-villiers-le-bel).
Dès la première phrase, en effet, l’audacieux jeu de mots sur « renversement » donne le ton : les auteurs de cette pétition postiche n’ont aucun tabou. Leur humour est sans limite ; il va jusqu’à ignorer le respect dû aux morts. « A Villiers-le-Bel, les 25 et 26 novembre 2007, un renversement s’est produit » peut-on ainsi les lire bouffonner, légitimement très contents d’eux.

Après cette entrée en matière pour le moins osée, nos humoristes-pétitionnaires se lancent à l’assaut des stratégies et lieux communs du politiquement correct. Avec un rare sens de l’exagération comique, ils ridiculisent les renversements sémantiques opérés en permanence par les médias et les « associations », et les énoncés absurdes auxquels mènent ces renversements. Cela donne : la police, « force d’occupation » (critique de la reductio ad hitlerum oblige), « s’amuse » à « shooter des gamins », ce qui est évidemment très drôle si l’on s’avise que c’est précisément parce que des policiers se sont fait « shooter » par des « gamins » qu’un procès a lieu.

La charge de nos pétulants farceurs ne s’arrête pas là. Sans temps mort, ils enchaînent en se gaussant des analphabètes qui, promus éditorialistes au NouvelObs ou présidents de Sauvons-le-Racisme, s’emploient à dissimuler leur absence de pensée derrière la récitation de leur bréviaire droit-de-l’hommiste et l’excrétion d’envolées lyriques aussi ineptes que boursouflées : « Villiers-le-Bel entrera dans la longue chronique des soulèvements qui auront auguré de la fin d’un monde de malheur ». Une pépite. Notons également ce cocasse passé simple : « Aujourd’hui s’ouvrit à Pontoise le procès des prétendus «tireurs de Villiers-le-Bel » ».

Mais le passage le plus comique de ce texte est sans nul doute celui où, prétendant dénoncer les violences policières, nos clowns-pétitionnaires font mine de s’emmêler les pinceaux et affirment doctement que la population serait « objet permanent de la sollicitude policière ». Ouvrons un dictionnaire, et rendons-nous à « sollicitude ». Que lisons-nous ? « Sollicitude : Soins attentifs et affectueux, constants, prodigués envers une personne ou une collectivité ».
Vouloir présenter les policiers comme violents et employer un terme qui n’évoque que leur bonté, leur bienveillance, et leur douceur, quel délicieux lapsus !

Plus sérieusement, cette caricature de pétition est donc aussi un plaidoyer pour la langue française et l’emploi d’un vocabulaire précis. Pas étonnant que tant d’illustres écrivains l’aient signée (et aient peut-être participé à sa rédaction)…

On se demande, en revanche, pourquoi aucun historien n’a encore applaudi cette inénarrable pétition. En effet, nos indignés factices y moquent férocement les journalistes incultes, leur pédanterie incurable, et leur impayable manie de brandir des analogies historiques à côté de la plaque. Ils expliquent ainsi, avec un aplomb à la mesure de l’énormité de leur propos, que les émeutes de Villiers-le-Bel s’inscrivent dans la filiation des évènements de la Commune de 1871, sans oublier d’ajouter, pour « renforcer » leur crédibilité d’historiens, que « Tocqueville », comme ils disent, vivait en 1948. Hilarant. Satire magistrale de l’instrumentalisation de l’Histoire par des ignorants.

Le coup de grâce survient quand, faisant semblant de vitupérer contre la « guerre totale aux bandes » (comme si, à moins d’avoir de la sympathie pour ces bandes, on pouvait se plaindre de ce que le gouvernement ambitionne de les détruire), ils révèlent la connivence de certaines « associations » avec la délinquance et le crime... Associations de malfaiteurs…

Bref, les émeutiers de Villiers-le-Bel, ainsi que certaines « associations », ont du souci à se faire : avec les auteurs de cette pétition, ils ont trouvé leurs pires ennemis.

3 commentaires:

  1. Excellent... Les signataires sont pour la plupart des vieux débris maos-trotskards des beaux quartiers ; ils rejoignent les communautaristes à la sauce Diallo, dont on sait qu'ils sont bichonnés par Washington (cf. récent article du "Monde"). Quelle ironie de l'Histoire pour ceux-là même qui sont si prompts à la réécrire comme ça les arrange... Convoquer la Commune pour désigner ces misérables cailleras à la tête vide et au ventre plein, c'est vraiment lamentable...
    Cordialement

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  2. "Les lourdes condamnations frappant quatre jeunes hommes de Villiers-le-Bel, le 3 juillet 2010, voudraient faire oublier la mort de deux adolescents de cette même ville suite à un fâcheux contact entre leur minimoto et un véhicule de police, le 25 novembre 2007. En clair, les policiers ne seraient jamais coupables (ceux-là n’ont pas été inquiétés depuis), mais les jeunes des cités ne peuvent être que des délinquants potentiels.

    Le tribunal de Pontoise ne disposait d’aucune preuve contre les jeunes expédiés en prison. Simplement l’intime conviction de l’avocat général. Lequel, en compagnie de l’avocat des parties civiles (les policiers blessés) s’appuyait essentiellement sur des dénonciations sous X, obtenues au prix d’on ne sait quelles pressions.

    Certains des délateurs s’étaient d’ailleurs rapidement rétractés. Il n’en reste pas moins, dès lors, que la présomption d’innocence cède la place à la certitude de culpabilité.

    La délation est un acte odieux. Il y a pire : l’incitation à la délation avec prime à la clef.

    Rappelons qu’à la fin du mois de novembre 2007 les habitants de Villiers-le-Bel avaient reçu, individuellement, un courrier les invitant à la délation. Avec promesse d’anonymat s’ils livraient des informations sur les possibles agresseurs de la police, au cours de la nuit qui avait suivi le décès des deux adolescents.

    Le lendemain, on pouvait voir, dans les bulletins d’information de France 3 Île-de-France, les poubelles de la ville débordant de ces lettres de dénonciation non utilisées.


    Une loi scélérate :

    C ’est la loi qui prévoit la délation, nous a-t-on dit tranquillement. Effectivement, mais cette loi est malsaine, et ses ressorts peuvent se révéler redoutables — surtout si des primes sont promises aux délateurs.

    Sans confondre les époques, et en nous gardant bien du moindre amalgame, il faut bien rappeler un passé lourd de mauvais souvenirs : de l ’été 1940 à l ’été 1944, plus de 3 millions de lettres de dénonciation — surtout anonymes — devaient arriver dans les kommandanturs allemandes et les commissariats de police français.

    La délation était devenue une plaie purulente au pays de la liberté. Dans cette atmosphère, on se méfiait les uns des autres. Durant ces quatre années, nombreuses ont été les victimes de cette pratique qui allaient se retrouver dans les camps de concentration.

    Fort heureusement, nous n’en sommes plus là et la démocratie a été retrouvée. Il n’en reste pas moins que, quotidiennement, des travailleurs sans-papiers sont dénoncés, haine xénophobe ou raciste oblige, par d ’excellents citoyens mais également par des guichetiers d ’administrations diverses. Ces parias se retrouveront rapidement dans des centres de rétention, avant expulsion vers un pays d ’origine parfois peu accueillant.

    Il ne faudrait pas que nos concitoyens retrouvent ces mauvaises manières, rappelant un sinistre passé, au prétexte qu’elles sont encouragées par une loi qu ’il est possible de qualifier de scélérate !"

    Maurice Rajsfus

    Rue 89, 5 juillet 2010.

    En espérant que ce texte éclairera votre vision falsifiée cher Nicolas.

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  3. Pour Stéropès : tu copies-colles un texte comme s'il provenait des Écritures sans aucun regard critique.

    Alors je vais le commenter à ta place : le terme "délation" se rapporte à la calomnie, au mensonge dans le but de nuire. S'il s'agit de renseigner les autorités sur l'auteur effectif d'un crime, on parle de "dénonciation". Dans une démocratie, c'est un devoir civique, tout comme aller voter ou respecter les feux rouges. Cela implique en particulier que l'État doit t'assurer que faire ton devoir civique ne t'expose à aucun risque. Pour prendre les mêmes exemples : pas de tonton macoute qui te surveille dans l'isoloir, pas de carrefour à 4 feux verts, pas de caïd du coin débarquant très énervé chez toi.

    Je voudrai rappeler que cette confusion entre les termes "délation" et "dénonciation" est un vieux truc inventé par une certaine extrême gauche pour saper les fondements de la justice, et par là-même de l'ordre public et donc de la société toute entière.

    Dans cette optique perverse, rapporter des renseignements corrects sur un criminel, c'est de la "délation", mais critiquer les propos d'un adversaire politique, c'est une "dénonciation". Vous savez, l'éternel titre de journal "Machin (de gauche) a dénoncé les propos de Truc (de droite)". Comme si un propos contradictoire se trouvait, sur l'échelle de gravité des crimes et délits au dessus du meurtre. Une conception très "cambodgienne" de la démocratie en somme. Connaissant le CV de la plupart de ceux qui manient cette langue de bois, ça n'est pas très surprenant.

    On notera, pour justifier ce glissement sémantique, l'éternelle référence aux lettres anonymes de l'Occupation, quand le gouvernement fantoche d'un peuple déstructuré servait la soupe à la pire dictature que la Terre ait connue, laquelle avait criminalisé le simple fait d'exister. On dirait que personne de s'est rendu compte que mettre sur le même plan une victime de la Shoah et un gugusse qui s'amuse à descendre dans la rue avec un fusil et à tirer, c'est assassiner une seconde fois la victime de la Shoah. L'explication la plus simple, c'est qu'aucun raisonnement fallacieux, aucun raccourci "malencontreux", aucune langue de bois, aucune mauvaise foi ne sauraient arrêter de vieux trotskars en croisade. Peut-être espèrent-ils que leurs points Godwin puissent s'accumuler sur leurs cartes Flying Blue afin de pouvoir prendre l'avion gratuitement ?

    Heureusement, en 2010, tout ça commence à se savoir et à ne plus impressionner grand monde.

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